lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2000343 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP PHILIPPE GRILLON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 janvier et le 31 juillet 2020, Mme D A, représentée par Me Briant, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal (CHI) du Bassin de Thau à lui verser la somme de 837 419,57 euros en réparation de ses préjudices déduction faite des provisions déjà accordées ;
2°) de déclarer le jugement à intervenir opposable au fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO) ;
3°) de statuer ce que de droit sur les dépens ;
4°) de mettre à la charge du CHI du Bassin de Thau la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la responsabilité :
- une infection nosocomiale, liée soit au site opératoire, soit à la désunion de la cicatrice, est à l'origine de ses préjudices ;
- l'ampleur de perte de chance ne peut être inférieure à 90%, pourcentage retenu par le docteur C, le 18 août 2016, dans le cadre d'une expertise amiable diligentée conjointement par les parties ;
- les pertes de gains professionnels et l'incidence professionnelle sont des postes de préjudices qu'il convient d'indemniser intégralement ;
Sur les préjudices :
- les pertes de gains professionnels actuels sont à fixer pour la période du 29 juillet 2009 au 30 septembre 2015 et doivent être indemnisés à hauteur de la somme de 15 267,42 euros ;
- les pertes de gains professionnels futurs sont à retenir à hauteur d'une somme totale de 285 266,52 euros ;
- les frais actuels d'assistance par une tierce personne, composés d'une aide non spécialisée de 2 heures par jour, sur la base d'un taux horaire de 18 euros, doivent être réparés par une somme de 76 824 euros ;
- les frais futurs d'assistance par une tierce personne ;
- l'incidence professionnelle des séquelles est à évaluer à la somme forfaitaire de 50 000 euros ;
- les frais divers liés au règlement des honoraires de l'expertise du docteur C sont de 3 000 euros ;
- le préjudice esthétique temporaire, évalué à 3,5 ou à 5, selon les experts, sur une échelle de 1 à 7, sera réparé par une somme de 20 000 euros ;
- le déficit fonctionnel temporaire, total et partiel, peut être réparé par une somme totale de 41 725 euros ;
- les souffrances physiques et morales, estimées à 6 ou à 7, selon les experts, sur une échelle de 1 à 7, doivent être réparées, après application du taux de perte de chance, par une somme de 80 000 euros ;
Par un mémoire, enregistré le 16 juillet 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Hérault demande au tribunal de recevoir son intervention et de lui octroyer le remboursement des débours avancés au profit de son assurée sociale à hauteur de la somme de 189 609,97 euros en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale avec intérêts de droits à compter du jugement et la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire.
Elle soutient qu'elle produit, à l'appui de sa demande de remboursement de débours, une attestation d'imputabilité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet et 31 août 2020, le CHI du bassin de Thau, représenté par Me Grillon, demande au tribunal de dire et juger que sa responsabilité dans les conséquences dommageables de l'infection nosocomiale subie par Mme A doit se réduire à un pourcentage de 60%, de ramener les postes de préjudices à de plus justes proportions et d'appliquer ce même pourcentage aux demandes de remboursement des débours présentées par la CPAM de l'Hérault.
Il soutient que :
- le versement de provisions ne vaut pas reconnaissance de sa responsabilité, et ce, d'autant qu'en l'espèce aucune faute n'a été retenue par les différents experts ;
- dans l'hypothèse d'une indemnisation, il convient de prendre en compte les provisions versées dans le cadre d'une procédure juridictionnelle ou de façon amiable qui s'élèvent à la somme totale de 97 000 euros ;
- la victime, au regard de pathologies antérieures et d'un tabagisme actif, ne présente pas seulement des préjudices en lien avec l'infection nosocomiale de sorte que l'ampleur de perte de chance ne saurait être fixée à 90% ;
-des préjudices patrimoniaux sont dénués de toute justification, notamment les pertes de gains professionnels et ne sont, au surplus, nullement établis, au regard des sommes perçues pour la période ;
- le remboursement des débours correspondant aux frais futurs d'assistance par tierce personne n'est pas en lien avec l'infection nosocomiale ;
- le volume horaire sollicité dans le cadre des frais actuels d'assistance par tierce personne ne correspond pas au besoin d'aide établi par les experts à six heures par semaine ; de même le tarif horaire retenu par Mme A ne correspond pas à une aide non spécialisée et est par là même disproportionné ;
- il en va de même des frais futurs d'assistance par tierce personne ;
- en l'absence d'inaptitude à toute profession et au regard du caractère multifactoriel de l'incidence professionnelle évoquée, ce poste de préjudice, au demeurant, non suffisamment étayé, ne sera pas indemnisé ;
- la perte de droits à retraire n'est pas justifiée ;
- la demande relative aux troubles temporaires dans les conditions d'existence est trop élevée ;
- il en va de mêmes des préjudices extrapatrimoniaux temporaires et permanents.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.
- et les observations de Me Roche pour le CHI du bassin de Thau.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une abdominoplastie, précédée d'un pneumopéritoine thérapeutique selon la technique de Goni-Moreno, réalisée le 29 juillet 2009 au centre hospitalier intercommunal du Bassin de Thau, avec pose de plaques en Vicryl, et destinée à remédier à une éventration sus-pubienne majeure, Mme A, alors âgée de 41 ans, a été victime de complications liées à la présence d'un staphylocoque aureus multi-résistant, nécessitant plusieurs nouvelles hospitalisations et des soins infirmiers. Le 30 mai 2012, elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, laquelle a, dans un avis rendu le 7 janvier 2014, reconnu le caractère nosocomial de l'infection et a estimé qu'elle ouvrait droit à réparation des préjudices subis par Mme A à hauteur de 60 %. Après avoir obtenu de l'assureur du CHI du bassin de Thau des provisions d'un montant respectif de 10 000 euros et 4 000 euros, la victime a saisi le juge des référés du tribunal, lequel a accordé, par une ordonnance rendue le 6 mars 2019, une provision de 53 000 euros. Des provisions amiables à hauteur d'une somme de 30 000 euros lui ont également été accordée, soit un montant provisionnel total de 97 000 euros. Par la présente requête, Mme A, recherche la responsabilité du CHI du bassin de Thau.
Sur la responsabilité :
2. En application du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du même code, les professionnels de santé et les établissement, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère.
3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens de ces dispositions une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
4. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que l'infection que Mme A a contractée, dans les suites de l'abdominoplastie subie, le 29 juillet 2009, liée à l'apparition d'un staphylocoque aureus multi-résistant, a un caractère nosocomial, sans que la preuve d'une cause étrangère soit rapportée par le CHI du bassin de Thau.
5. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction que les suites immédiates de l'intervention du 29 juillet 2009 ont été marquées d'abord par une suppuration pariétale de la partie basse de la cicatrice nécessitant des soins dès le mois d'août 2009, ayant induit une désunion cicatricielle, puis, le 12 mars 2010, compte tenu de la présence d'un phlegmon, une intervention en urgence, qui a mis en évidence la colonisation de la paroi abdominale par un staphylocoque aureus. Toutefois, selon les conclusions des expertises ordonnées par la commission de conciliation, au regard de la circonstance que la paroi abdominale avait été précédemment irradiée dans le cadre d'un traitement de radiothérapie d'un cancer de l'utérus, d'une précédente cure d'éventration en 2005 prise en charge par la mise en place d'une plaque, d'une surcharge pondérale importante, d'un tabagisme actif et d'un état très vraisemblablement pré-diabétique, Mme A a seulement perdu une chance de se soustraire aux complications liées à cette infection nosocomiale et de voir les conséquences de son éventration sus-pubienne se réduire. Au regard de l'ensemble de ces éléments, cette perte de chance doit être fixée à 60% sans qu'il soit possible de retenir le taux de 90% proposé par le docteur C, et au demeurant, non réellement étayé, dans le cadre de l'expertise amiable et contradictoire réalisée, le 25 juillet 2016, par le docteur B, dans la mesure où cette expertise avait pour seule finalité la fixation de la date de consolidation de la victime et l'évaluation de préjudices permanents.
Sur les préjudices :
7. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme A est consolidé au 30 septembre 2015.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé :
8. La CPAM de l'Hérault justifie de dépenses de santé avancées au profit de la victime à hauteur de la somme totale de 189 609,97 euros et composées de frais d'hospitalisation dans divers établissements de santé à hauteur de 113 016,51 euros pour la période du 12 mars 2010 au 5 juin 2015, de frais médicaux et pharmaceutiques pour la période du 12 mars 2010 au 22 septembre 2015 à hauteur de 75 953,15 euros, des frais de transport à hauteur de 398,69 euros, ainsi que des frais futurs liés à une scanographie de l'abdomen et du petit bassin annuelle pour une période de trois ans et à la consultation annuelle d'un médecin spécialiste en chirurgie viscérale pour la même période à hauteur de 241,62 euros mais n'en revendique, au regard de l'attestation d'imputabilité qu'elle joint à sa demande, l'indemnisation qu'à hauteur de l'ampleur de la perte de chance de 60%. Dans la limite de sa demande et, en l'absence d'un détail des débours permettant de déterminer les dépenses exclusivement liées à l'infection nosocomiale, la CPAM, compte tenu de l'ampleur de perte de chance retenu au point 6, est fondée à solliciter la somme de 113 765,98 euros.
S'agissant des frais pour assistance d'une tierce personne :
9. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit, à cette fin, se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
10. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire d'une indemnisation allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet, hors le cas où une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune. Cependant, les règles rappelées au point précédent ne trouvent à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime. Par suite, lorsque la personne publique responsable n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, notamment parce que le fait dommageable qui lui est imputable n'a, comme en l'espèce, entraîné qu'une perte de chance d'éviter ce dommage, la déduction ne se justifie, le cas échéant, que dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et des prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne.
11. Ainsi qu'il a été dit au point 10, lorsque le responsable du fait dommageable n'est tenu de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction n'a lieu d'être que lorsque le montant cumulé de l'indemnisation incombant normalement au responsable et de l'allocation aux adultes handicapés excéderait le montant total des frais d'assistance par une tierce personne. L'indemnisation doit alors être diminuée du montant de cet excédent.
Quant à la période antérieure à la consolidation :
12. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme A nécessitait pour la période du 3 août 2009 au 29 septembre 2015 un besoin d'assistance par une tierce personne non spécialisée de six heures par semaine pour les courses et le ménage. Il y a lieu, pour cette période, de déduire les 157 jours d'hospitalisation, soit 22 semaines pour lesquelles elle bénéficiait de cette même aide. Sur la base d'un taux horaire de 13 euros et, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, d'une année de 412 jours, soit 59 semaines, les frais d'assistance s'élèvent pour la période à la somme de 26 313 euros. Compte tenu de l'ampleur de perte de chance fixée au point 6, l'indemnisation due par le CHI du bassin de Thau est de 15 788 euros. Si Mme A a perçu la somme 13 992,04 euros au titre de l'allocation aux adultes handicapés pour la période du mois de juillet 2013 à septembre 2015, il n'y a pas lieu de déduire cette allocation, qui n'a pas pour objet d'indemniser ce besoin d'assistance.
Quant à la période postérieure à la consolidation :
Pour la période du 30 septembre 2015 au 4 juillet 2022 :
13. Le besoin d'une aide, non spécialisée, a été évalué à 4 heures par semaine, par le docteur B, dans le cadre de l'expertise amiable. En se bornant à soutenir que le besoin d'assistance par une tierce personne doit être fixé à 6 heures par semaine alors que, dans le même temps, il relève que la composante douloureuse est moins élevée qu'antérieurement à la consolidation et que les contraintes thérapeutiques confinant Mme A à son domicile sont moindres, le docteur C, qui assistait Mme A dans le cadre de cette expertise, ne contredit pas sérieusement le besoin ainsi fixée. Sur la base d'un taux horaire de 13 euros par jour pour la période du 30 septembre 2015 au 31 décembre 2017, puis de 14 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020 et de 15 euros pour la période du 1er janvier 2021 au 4 juillet 2022 et, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, d'une année de 412 jours, soit 59 semaines, les frais d'assistance s'élèvent pour la période à la somme totale de 22 128 euros. Compte tenu du taux de perte de chance, le montant de l'indemnisation est de 13 277 euros. Par ailleurs, Mme A justifie ne pas être bénéficiaire de la prestation de compensation du handicap et aucune déduction n'a à être opérée en ce qui concerne l'allocation aux adultes handicapés comme l'allocation supplémentaire d'invalidité, il n'y a pas lieu de procéder à une quelconque réduction.
Pour la période postérieure au 4 juillet 2022:
14. Pour la période postérieure à la date de la présente décision, il apparaît que l'indemnisation du coût de l'assistance par une tierce personne sous la forme d'une rente annuelle constitue, dans les circonstances de l'espèce, la modalité de réparation la plus équitable. Le montant de cette rente, versée annuellement, doit être déterminé selon les principes et modalités exposés au point précédent, à raison de 4 heures par semaines et en application d'un taux horaire actualisé de 15 euros. Compte tenu de l'ampleur de perte de chance, il convient de retenir une rente dans la limite d'un montant total indemnisable de 2 119 euros avec une revalorisation en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. La rente sera versée à chaque trimestre échu, sous déduction, le cas échéant, d'une prestation de compensation du handicap si le montant de cette allocation, ajouté à l'indemnisation due par l'établissement de santé, excède le montant total des frais d'assistance par tierce personne.
S'agissant des pertes de gains professionnels :
15. Mme A a été agent des services hospitaliers, stagiaire puis titulaire au sein du CHI du bassin de Thau. Elle a bénéficié d'un congé de longue maladie de sorte que son traitement mensuel d'un montant de 1 321,87 euros, avant le fait dommageable, lui a été maintenu pour la période du 29 juillet 2009 au 11 août 2013 et pour la période du 11 mars au 11 août 2014. Elle a perçu un demi-traitement pour une période de deux ans et, à compter du 12 mars 2015, une pension d'invalidité. Pour la période au cours de laquelle elle a perçu un demi-traitement, cette perte a été intégralement compensée. En outre, pour cette même période, et selon les documents versés au dossier, elle a perçu un montant de 11 565,33 euros au titre de l'allocation aux adultes handicapés. Par suite, la perte de gains professionnels actuels pour cette période n'est pas établie.
16. Pour la période postérieure à la mise à la retraite pour invalidité, à partir du 12 mars 2015, il appartient au tribunal d'indemniser de manière distincte la perte de revenus que Mme A subirait jusqu'à l'âge auquel, en l'absence d'infection nosocomiale, elle aurait pris sa retraite ainsi que le préjudice patrimonial qu'elle subirait, le cas échéant, au cours de la période ultérieure, en raison notamment d'une perte éventuelle de droits à pension. L'âge auquel l'intéressée aurait pris sa retraite est, en principe, celui auquel il aurait pu prétendre à une pension à taux plein, à moins que l'instruction ne fasse ressortir qu'elle l'aurait prise à un âge différent. Compte tenu des pathologies dont est atteinte l'intéressée, elle aurait vraisemblablement fait valoir ses droits à retraite à l'âge de 55 ans, à savoir le 25 septembre 2023. Pour cette période de 102,5 mois, elle aurait dû percevoir, si elle avait pu continuer son activité professionnelle, la somme de 131 391,68 euros. Or, elle n'a perçu et ne percevra que sa pension de retraite d'un montant mensuel de compter du mois du 12 mars 2015 jusqu'au 30 juin 2016, puis sa pension de retraite augmentée de l'allocation d'invalidité, pour un montant total de 69 290,21 euros, auquel s'ajoute depuis mai 2020, l'allocation aux adultes handicapés pour un montant total de 6 879,23 euros. La perte de gains professionnels pour cette période s'établit à la somme de 55 222, 24 euros, soit, compte tenu de l'ampleur de perte de chance, un montant indemnisable de 33 133,34 euros. En revanche, la perte de droits à pension n'est nullement justifiée.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
17. L'état séquellaire de Mme A lui interdit la reprise de son activité antérieure et toute reprise d'activité et ce chef de préjudice, contrairement à ce que soutient le CHI, ne correspond pas à celui indemnisé au titre de la seule perte de gains professionnels futurs, mais correspond notamment à la nécessité d'abandonner une profession exercée avant le dommage. Compte tenu des fonctions exercées et des pathologies, il y a lieu de fixer ce préjudice à la somme de 12 000 euros, soit un montant indemnisable de 7 200 euros.
S'agissant des frais divers :
18. Mme A justifie de frais d'assistance à l'expertise amiable à hauteur de la somme de 3 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance fixé au point 6, le montant indemnisable est de 1 800 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
19. Il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel total correspond à une période de 157 jours, tandis qu'un déficit partiel au taux de 75 % doit être pris en compte pour une durée de 1 101 jours, ainsi qu'un déficit partiel au taux de 50 % pour une durée de 985 jours. Sur le fondement de 20 euros par jour, et après application du taux de perte de chance, le montant indemnisable de ce poste de préjudice est de 17 703 euros.
20. Les souffrances physiques et morales de Mme A ont été fixées à 6 sur une échelle de 1 à 7, dans le rapport d'expertise amiable et contradictoire rédigé par le Dr B, compte tenu de deux interventions intervenues depuis l'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation et de la durée substantielle des soins. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 24 000 euros, soit une somme de 14 400 euros après application du taux de perte de chance fixé au point 6.
21. Le préjudice esthétique provisoire a été fixé à 3,5 sur une échelle de 1 à 7 et se confond, selon les conclusions de l'expertise, avec le préjudice esthétique permanent. Ces postes peuvent donc être fixés à la somme de 6 000 euros, soit un montant indemnisable de 3 600 euros, après application du taux de perte de chance fixé au point 6.
S'agissant des préjudices permanents :
22. Il résulte de l'instruction que, au regard des séquelles fonctionnelles, qui sont celles d'une éventration permanente, avec incontinence musculaire totale et nécessitant le port d'un appareillage, mal toléré, le déficit fonctionnel permanent de Mme A, âgée de 47 ans à la date de la consolidation, a été fixé à 20%. Sans qu'il y ait lieu de porter ce taux à 23%, comme le demande la requérante, il convient de fixer ce poste de préjudice, incluant les troubles dans les conditions d'existence et donc le vécu de cette déficience et le syndrome dépressif réactionnel, relevé par son médecin gynécologue traitant, à la somme de 31 000 euros, au demeurant, proposée par le défendeur, soit la somme de 18 600 euros, après application du taux de perte de chance fixé au point 6.
23. Le préjudice d'agrément lié à l'abandon d'activités de randonnée et de loisirs avec ses petits-enfants sera retenu à hauteur de la somme de 3 000 euros, soit la somme de 1 800 euros après application du taux de perte de chance fixé au point 6.
24. Le préjudice sexuel concerne tant les difficultés mécaniques et algiques que les difficultés psychologiques liées à la profonde altération de la paroi abdominale et sera fixé à la somme de 5 000 euros, soit la somme de 3 000 euros après application du taux de perte de chance fixé au point 6. En revanche, au regard de son état antérieur à l'intervention, Mme A, qui a eu trois enfants, n'est pas fondé à invoquer un préjudice d'établissement.
En ce qui concerne le montant de l'indemnisation :
25. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu de rendre le jugement opposable au fonds de garantie des assurances obligatoires, que le montant indemnisable du préjudice de Mme A, outre la rente mentionnée au point 14, s'élève à la somme totale de 130 301,34 euros à laquelle il convient de condamner le Chi du bassin de Thau dont il y aura lieu de déduire les provisions accordées à hauteur de la somme totale de 97 000 euros. En outre, le montant des droits de la CPAM de l'Hérault, ainsi qu'il a été dit au point 8, est de 113 765, 98 euros.
Sur les intérêts :
26. Aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement () ". Il résulte de ces dispositions que même en l'absence de demande en ce sens et même lorsque le juge ne l'a pas explicitement prévu, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts, du jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues d'objet.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
27. La CPAM de l'Hérault a droit à l'indemnité forfaitaire prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale à hauteur du montant de 1 114 euros fixé par arrêté interministériel du 14 décembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
28. En l'absence de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, Mme A n'est, en tout état de cause, nullement fondée à demander la condamnation du CHI du bassin de Thau à lui verser une somme à ce titre.
29. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHI du bassin de Thau, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHI du bassin de Thau est condamné à verser à Mme A la somme de 130 301,34 euros en réparation de son préjudice dont il y aura lieu de déduire les provisions à hauteur de 97 000 euros déjà versées.
Article 2 : : Le CHI du bassin de Thau est condamné à verser à Mme A, pour la réparation des frais futurs d'assistance par tierce personne, une rente d'un montant annuel de 2 119 euros euros. La rente sera versée selon les conditions définies au point 14.
Article 3 : Le CHI du bassin de Thau est condamné à verser à la CPAM de l'Hérault la somme de 113 765,98 euros et la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion en application du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 4 : Le CHU de Montpellier versera la somme de 2 000 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête et de la CPAM de l'Hérault est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et au centre hospitalier intercommunal du bassin de Thau.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Besle, président,
- M. Verguet, premier conseiller,
- Mme Teuly-Desportes, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
La rapporteure,
D. E
Le président,
D. Besle
La greffière,
G. Munoz
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 juillet 2022.
La greffière,
G. Munoz
N°2000343gm
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026