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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2001128

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2001128

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2001128
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP RASTOUL-FONTANIER-COMBAREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 mars 2020 la présidente de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 2 mars 2020 et des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Montpellier les 11 septembre, 30 octobre et 4 novembre 2020, M. B C, représenté par Me Laurent, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier et le centre hospitalier (CH) de Millau à lui verser, chacun, la somme de 148 684,50 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réclamation préalable, en réparation des préjudices subis du fait de la mauvaise prise en charge de l'infection nosocomiale contractée lors de l'intervention chirurgicale réalisée le 23 juin 2010 à l'hôpital Gui de Chauliac ;

2°) de condamner solidairement le CHU de Montpellier et le CH de Millau aux entiers dépens ;

3°) de mettre solidairement à la charge du CHU de Montpellier et du CH de Millau la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ressort du rapport d'expertise que ni la prise en charge par le CHU de Montpellier de l'infection nosocomiale contractée lors de l'intervention chirurgicale du 23 juin 2010, ni la prise en charge par le CH de Millau de la récidive de cette infection nosocomiale n'étaient conformes aux règles de l'art ; dès lors, en raison de ces fautes, la responsabilité des deux établissements hospitaliers est engagée sur le fondement des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; il y a lieu de retenir, comme l'a proposé l'expert, que le CHU de Montpellier et le CH de Millau supporteront chacun 50 % de la réparation des préjudices subis ;

- le préjudice subi au titre des dépenses de santé actuelles, correspondant au montant des franchises restées à sa charge, s'élève à 500 euros ;

- le préjudice subi au titre des frais divers, correspondant aux honoraires du médecin de recours, s'élève à 2 550 euros ;

- le préjudice subi au titre de l'assistance par une tierce personne avant consolidation peut être évalué à 13 088 euros ;

- le préjudice subi au titre des dépenses de santé actuelles, correspondant à des frais de fauteuil roulant demeurés à sa charge, s'élève à 665,65 euros ;

- le préjudice subi au titre des frais de logement adapté au handicap s'élève à 14 298 euros ;

- le préjudice subi au titre des frais de véhicule adapté, correspondant au coût d'une boîte automatique, peut être évalué à 12 546 euros ;

- le préjudice subi au titre des frais d'assistance par une tierce personne après consolidation peut être évalué à 118 667 euros ;

- le préjudice subi au titre du déficit fonctionnel temporaire peut être évalué à 10 120 euros ;

- le préjudice subi au titre des souffrances endurées peut être évalué à 40 000 euros ;

- le préjudice esthétique temporaire subi peut être évalué à 1 600 euros ;

- le préjudice subi au titre du déficit fonctionnel permanent peut être évalué à 52 000 euros ;

- le préjudice d'agrément subi peut être évalué à 10 000 euros ;

- le préjudice esthétique permanent subi peut être évalué à 10 000 euros ;

- le préjudice sexuel subi peut être évalué à 10 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juillet 2020, 1er octobre 2020 et 15 novembre 2021, le CHU de Montpellier et la société hospitalière d'assurance mutuelle, représentés par Me Armandet, concluent à ce que le tribunal réduise à de plus justes proportions le montant de l'indemnisation à allouer au requérant.

Ils soutiennent que :

- ils s'en remettent à l'appréciation du tribunal sur le principe de l'engagement de la responsabilité de l'établissement ;

- la part de responsabilité incombant au CHU de Montpellier ne saurait être supérieure à 50 %, au regard du rapport d'expertise ;

- les indemnisations demandées par le requérant doivent être ramenées à de plus justes proportions ;

- il y a lieu de déduire des sommes à allouer au requérant les provisions d'un montant de 4 000 euros et 10 000 euros qui lui ont été versées les 21 août 2012 et 10 octobre 2014.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 août 2020, 7 octobre 2020 et 12 novembre 2021, le CH de Millau, représenté par Me Grillon, conclut à ce que le tribunal réduise à de plus justes proportions le montant de l'indemnisation à allouer au requérant ainsi que le montant de la somme due au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au rejet des conclusions relatives aux intérêts.

Il soutient que :

- il s'en remet à la sagesse du tribunal quant à la reconnaissance de sa responsabilité et quant au partage de responsabilité à hauteur de 50 % ;

- les indemnisations demandées par le requérant doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Par des mémoires, enregistrés les 22 septembre et 7 décembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Tarn, représentée par Me Rastoul, demande la condamnation du CHU de Montpellier et du CH de Millau à lui verser, chacun, la somme de 48 099,77 euros en remboursement des prestations versées à son assuré, ainsi que la condamnation solidaire du CHU de Montpellier et du CH de Millau à lui verser les sommes de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à demander le remboursement des prestations servies à son assuré en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

- elle justifie que le montant des prestations, en lien avec les fautes imputables au CHU de Montpellier et au CH de Millau, s'élève à 74 734,88 euros au titre des frais d'hospitalisation, 1 673,10 euros au titre des frais médicaux, 1 791,81 euros au titre des frais pharmaceutiques, 3 610,35 euros au titre des frais d'appareillage, 821,34 euros au titre des frais de transport, 5 476,66 euros au titre des frais futurs échus et 8 109,39 euros au titre des frais futurs viagers.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, rapporteur ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- les observations de Me Laurent, avocat de M. C ;

- les observations de Me Le Junter, avocat du CHU de Montpellier et de la SHAM ;

- les observations de Me Roche, avocat du CH de Millau.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 juin 2010, M. C, qui présentait une symptomatologie sévère de canal lombaire rétréci, a subi une intervention chirurgicale dans le service de neurochirurgie de l'hôpital Gui de Chauliac de Montpellier. A la suite d'une infection du site opératoire, une reprise chirurgicale a été réalisée le 29 juin 2010 et une antibiothérapie a été mise en place. La persistance du foyer infectieux a conduit M. C à être hospitalisé au CH de Millau le 26 octobre 2011. Une antibiothérapie a été à nouveau mise en place, jusqu'au 31 août 2012. Le 27 août 2013, M. C a été hospitalisé en urgence au CH de Millau pour une méningite à staphylococcus aureus. M. C demande la condamnation du CHU de Montpellier et du CH de Millau à lui verser, chacun, la somme de 148 684,50 euros en réparation des préjudices subis du fait de la mauvaise prise en charge de l'infection nosocomiale qu'il a contractée. La CPAM du Tarn demande la condamnation du CHU de Montpellier et du CH de Millau à lui verser, chacun, la somme de 48 099,77 euros en remboursement des prestations versées à son assuré.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute./ Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur D, assisté du professeur A, sapiteur spécialiste en maladies infectieuses, qu'au cours de l'intervention du 23 juin 2010, M. C a été victime d'une infection profonde du site opératoire, due à la bactérie cutanée Staphylococcus aureus, présentant un caractère nosocomial. Selon l'expert et le sapiteur, faute d'avoir recherché l'avis d'un infectiologue, la prise en charge antibiotique de cette infection par le CHU de Montpellier n'était pas adaptée, les médicaments Pyostacine et Flagyl n'étant pas indiqués en l'espèce, de sorte qu'un foyer infectieux a persisté. Il ressort également du rapport d'expertise que M. C a été victime le 26 octobre 2011 d'une récidive du foyer infectieux du site opératoire, due au même staphylococcus aureus, ayant nécessité son admission dans le service des urgences du CH de Millau. Selon l'expert, la posologie de l'antibiotique Orbenine qui lui a été administré par voie intraveineuse pendant son hospitalisation était insuffisante et en outre, la prescription de ce médicament administré par voie orale pendant plusieurs mois n'était pas conforme aux règles de l'art, de sorte qu'une récidive du foyer infectieux s'est manifestée, ce qui a nécessité l'hospitalisation en urgence de M. C le 27 août 2013 au CH de Millau puis son transfert, le 3 septembre 2013, dans le service des maladies infectieuses du CH de Rodez. Il en résulte que la prise en charge inadaptée de l'infection nosocomiale, tant par le CHU de Montpellier que par le CH de Millau, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de ces établissements de santé. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de retenir, comme l'a proposé l'expert, que le CHU de Montpellier et le CH de Millau supporteront chacun 50 % de la réparation des préjudices subis par M. C.

Sur les préjudices :

4. Il ressort du rapport d'expertise que l'état de santé de M. C, né le 8 juin 1946, était consolidé au 31 janvier 2014.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

5. La CPAM du Tarn justifie, notamment par la production d'une attestation établie le 24 novembre 2020 par son médecin-conseil, que les frais d'hospitalisation au CHU de Montpellier pendant la période du 29 juin au 12 juillet 2010, s'élevant à 20 168 euros, les frais d'hospitalisation au centre de réadaptation fonctionnelle de Montredat pendant la période du 12 juillet au 17 septembre 2010, s'élevant à 14 575 euros, les frais d'hospitalisation au CH de Millau pendant les périodes du 26 octobre au 10 novembre 2011 et du 28 août au 3 septembre 2013, s'élevant à 6 637,50 euros et 3 758 euros, les frais d'hospitalisation au CH de Rodez pendant la période du 3 au 25 septembre 2013 s'élevant à 20 248,53 euros et les frais d'hospitalisation au centre de convalescence Maurice Fenaille à Séverac-le-Château s'élevant à 9 347,85 euros, lesquels sont en lien direct et certain avec l'infection nosocomiale contractée par M. C et la prise en charge inadaptée de celle-ci. La CPAM du Tarn justifie également avoir exposé des frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport, en lien direct et certain, s'élevant respectivement à 1 673,10 euros, 1 791,81 euros, 3 610,35 euros et 821,34 euros. Dès lors, la créance de la CPAM du Tarn au titre des dépenses de santé actuelles s'élève globalement à 82 631,48 euros.

6. M. C ne justifie pas avoir supporté, depuis l'intervention réalisée en 2010, une franchise d'un montant de 50 euros par an, que la CPAM du Tarn aurait laissée à sa charge. Dès lors, il ne peut prétendre au remboursement de la somme globale de 500 euros qu'il demande à ce titre.

Quant aux frais divers :

7. M. C justifie, par la production d'une facture du 29 juillet 2016 d'un montant de 1 050 euros, d'une facture du 31 août 2018 d'un montant de 900 euros et d'une facture du 18 juillet 2019 d'un montant de 600 euros, avoir supporté, pour un montant global de 2 550 euros, des honoraires pour se faire conseiller et assister aux opérations d'expertise par un médecin. Le requérant a droit au remboursement de ces frais.

Quant aux frais d'assistance par tierce personne jusqu'à la date de consolidation :

8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le besoin d'assistance temporaire par une tierce personne dont a eu besoin le requérant peut être estimé à trois heures par semaine pendant la période du 20 au 30 novembre 2010 et à une heure par jour pendant la période du 11 novembre 2011 au 31 janvier 2014. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de retenir pour l'indemnisation, sur la base d'une année de 412 jours, un taux horaire de 13 euros pour l'aide non médicalisée requise. Les frais liés à l'assistance temporaire par une tierce personne non spécialisée doivent ainsi être évalués à la somme globale de 11 199 euros. Dès lors que, d'une part, M. C justifie, par la production d'une lettre de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du 10 juin 2020, que la prestation de compensation du handicap lui a été refusée et que, d'autre part, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait perçu l'allocation personnalisée d'autonomie, il n'y a pas lieu de déduire le montant de cette prestation et de cette allocation.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :

Quant aux dépenses de santé futures :

9. La CPAM du Tarn justifie avoir pris en charge, après la consolidation de l'état de santé de M. C, des dépenses de santé d'un montant total de 5 476,66 euros, correspondant à des frais d'examens complémentaires et de rééducation.

10. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. C nécessite des frais d'appareillage. La CPAM du Tarn justifie que le montant annuel de ces dépenses s'élève à 793,25 euros. Pour la période postérieure à la mise à disposition du présent jugement, compte tenu du barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2020 au taux d'actualisation nul, pour un homme âgé de 76 ans à la date du présent jugement, le montant des dépenses de santé futures s'élève à 8 669,43 euros.

11. M. C demande l'indemnisation des frais d'acquisition d'un fauteuil roulant, de cannes, de semelles orthopédiques et d'un siège de baignoire. Toutefois, il se borne à produire un devis daté du 14 septembre 2020, d'une durée de validité de deux mois, portant sur un fauteuil roulant. Ce devis, d'un montant de 603,05 euros, ne justifie pas que cette somme serait restée à sa charge. Dès lors, ce poste de préjudice ne peut être indemnisé.

Quant aux frais de logement adapté :

12. Il ressort du rapport d'expertise qu'en l'absence de déménagement, le logement du requérant nécessite l'installation de rampes permettant l'accès au 1er étage. Le requérant n'apporte aucun élément permettant d'évaluer les frais correspondants. S'il produit des devis concernant les plans d'extension du premier étage de son habitation, l'installation d'un fauteuil monte-escaliers et l'aménagement de la salle de bains, il ne résulte pas de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le handicap de M. C nécessite de tels aménagements.

Quant aux frais de véhicule adapté :

13. L'expert a estimé que le handicap de M. C nécessite de disposer d'un véhicule doté d'une boîte de vitesses automatique. Le requérant justifie que le préjudice constitué par la différence de prix entre un véhicule équipé d'une boîte de vitesses manuelle et un véhicule équipé d'une boîte de vitesses automatique, s'élève à 2 245 euros pour un véhicule de marque Volkswagen, modèle Touran, ce qui n'est pas contesté. Il y a lieu d'évaluer les frais d'adaptation de véhicule que devra exposer M. C en retenant ce montant, en tenant compte d'un renouvellement prévisible de son véhicule tous les sept ans et en faisant application du coefficient de capitalisation retenu par le barème de la Gazette du Palais actualisé en 2020 au taux d'actualisation nul, eu égard à l'âge de 83 ans de M. C à la date du premier renouvellement, soit une somme totale de 2 150,36 euros.

Quant aux frais d'assistance par tierce personne à compter de la date de consolidation :

14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. C nécessite, à compter de la consolidation intervenue le 31 janvier 2014, une aide non spécialisée d'une tierce personne à raison d'une heure par jour, qui doit être évaluée en retenant un coût horaire de 13 euros jusqu'au 31 décembre 2017, de 14 euros du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020, et de 15 euros à partir du 1er janvier 2021. A raison de 412 jours, pour tenir compte des coûts liés aux congés payés et jours fériés, les frais échus pour la période du 31 janvier 2014 à la date de mise à disposition du présent jugement, le 19 septembre 2022, s'élèvent à la somme de 48 934,31 euros.

15. Pour la période postérieure à la date de mise à disposition du présent jugement, eu égard aux éléments retenus ci-dessus, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre des frais liés à l'assistance par une tierce personne en l'évaluant à 67 541,22 euros, sur la base du montant de l'euro de rente, fixé à 10,929 par le barème publié par la Gazette du Palais 2020 au taux d'actualisation nul, pour un homme âgé de 76 ans à la date du présent jugement.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. C a subi un déficit fonctionnel temporaire total pendant les périodes du 29 juin au 30 septembre 2010, du 26 octobre au 10 novembre 2011 et du 27 août au 8 novembre 2013, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel, évalué par l'expert à 50 % pendant les périodes du 11 novembre 2011 au 31 août 2012 et du 9 novembre 2013 au 31 janvier 2014, à 25 % pendant la période du 20 au 30 novembre 2010 et à 10 % pendant la période du 1er décembre 2010 au 25 octobre 2011. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant globalement à la somme de 8 183 euros, à raison de 20 euros par jour.

Quant aux souffrances endurées :

17. L'expert a évalué à 4 sur une échelle de 7 les souffrances endurées par M. C. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 10 000 euros.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

18. L'expert a évalué à 1 sur une échelle de 7 le préjudice esthétique subi par M. C, résultant d'une apparence physique altérée pendant la marche, rendue difficile. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant globalement à la somme de

1 500 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

19. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. C est atteint d'un déficit fonctionnel permanent, lié aux troubles de la marche et aux troubles sensitifs au niveau des membres inférieurs, évalué par l'expert à 35 %. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par C, âgé de 67 ans à la date de consolidation, en l'évaluant à la somme de 50 000 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

20. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel permanent dont est atteint M. C le prive de la possibilité de pratiquer les activités sportives et de loisirs telles que pêche, spéléologie, randonnée et cueillette des champignons. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par le requérant en l'évaluant à 3 000 euros.

Quant au préjudice sexuel :

21. L'expert a retenu l'existence d'un préjudice sexuel, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à 2 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

22. L'expert a évalué à 1 sur une échelle de 7 le préjudice esthétique subi par M. C, résultant d'une apparence physique altérée pendant la marche, rendue difficile. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant globalement à la somme de

3 000 euros.

Sur les sommes dues par le CHU de Montpellier et le CH de Millau :

23. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé du point 4 au point 22 que M. C a droit à une indemnisation d'un montant total de 210 057,89 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices.

24. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé aux points 5, 9 et 10 que la CPAM du Tarn a droit au remboursement de la somme de 96 777,57 euros au titre des prestations servies à son assuré.

25. Conformément au partage de responsabilité énoncé au point 3, le CHU de Montpellier et le CH de Millau verseront, chacun, à M. C, la somme de 105 028,94 euros, sous déduction, pour le CHU de Montpellier, de la somme de 14 000 euros versée à titre provisionnel par la SHAM, et, à la CPAM du Tarn, la somme de 48 388,78 euros.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

26. Aux termes de l'article 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ". L'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 fixe à 1 114 euros le montant maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

27. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner le CHU de Montpellier et le CH de Millau à verser, chacun, à la CPAM du Tarn, la somme de

557 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

28. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

29. Il y a lieu de mettre à la charge définitive du CHU de Montpellier et du CH de Millau, à proportion de 50 % chacun, les frais et honoraires de l'expert, liquidés et taxés à la somme de 2 376 euros par ordonnance de la présidente du tribunal du 21 juin 2019.

30. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

31. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Montpellier et du CH de Millau le versement, à M. C, d'une somme de 1 000 euros chacun, et, à la CPAM du Tarn, de la somme de 600 euros chacun au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le CHU de Montpellier et le CH de Millau verseront, chacun, à M. C, la somme de 105 028,94 euros en réparation de ses préjudices, sous déduction, pour le CHU de Montpellier, de la somme de 14 000 euros versée à titre provisionnel par la SHAM.

Article 2 : Le CHU de Montpellier et le CH de Millau verseront, chacun, à la CPAM du Tarn, la somme de 48 388,78 euros en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : Le CHU de Montpellier et le CH de Millau verseront, chacun, à la CPAM du Tarn, la somme de 557 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 376 euros, sont mis à la charge définitive du CHU de Montpellier et du CH de Millau, à proportion de 50 % chacun.

Article 5 : Le CHU de Montpellier et le CH de Millau verseront, chacun, à M. C, une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le CHU de Montpellier et le CH de Millau verseront, chacun, à la CPAM du Tarn, la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au centre hospitalier universitaire de Montpellier, au centre hospitalier de Millau, à la société hospitalière d'assurance mutuelle et à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn.

Copie en sera transmise à l'expert.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseur le plus ancien,

B. Pater

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 septembre 2022.

Le greffier,

S. Sangaré

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