lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2001208 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS THEMIS CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 10 mars 2020, la Sas Fimed représentée par la société d'avocats Themis Conseil, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- L'article 208 de l'annexe II du code général des impôts n'est pas applicable car la créance de taxe sur la valeur ajoutée déductible de l'année 2016 a été comptabilisée à l'actif du bilan de clôture des exercices 2016 et 2017 et par la même portée à la connaissance de l'administration fiscale ; le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée a été sollicité lors de l'établissement de la déclaration CA3 rectificative du mois de novembre 2018, transmise le 20 mai 2019, afin de tenir compte des derniers éléments du bilan de clôture de l'exercice 2018 qui impactaient la taxe sur la valeur ajoutée ;
- une réclamation est possible en cas de compensation, selon la doctrine fiscale publiée au bulletin officiel des impôts le 12 septembre 2012 référencée BOI-CF-PGR-30-50 n° 60 ;
- il serait illégitime et non conforme au principe d'égalité devant les charges publiques de ne pas bénéficier du délai spécial fixé par l'article R.196-3 du livre des procédures fiscales alors qu'il est possible d'en bénéficier en cas de compensation ;
- l'article R.196-3 du livre des procédures fiscales, pour être la reprise de l'article ancien 1932-5 du code général des impôts, est du domaine de la loi et est donc classé dans la hiérarchie des normes au-dessus de l'article 298 de l'annexe II du code général des impôts qui est du domaine réglementaire qui lui est contraire et ne devait ainsi pas être applicable en application de l'article L.90 du livre des procédures fiscales, ce qui justifie l'abandon des rectifications.
- le fait que l'ouverture du délai spécial soit à la discrétion de l'administration fiscale contrevient au principe des droits de la défense garantie par les dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas opérants ou fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la 6ème directive n° 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977 en matière d'harmonisation des législations des Etats membres relatives aux taxes sur le chiffre d'affaires ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société Fimed a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée ayant porté sur la période de janvier 2016 au 31 mars 2019. Au terme d'une proposition de rectification n° 3924-V-SD du 1er août 2019, à laquelle il a été répondu le 13 septembre 2019 et une réponse aux observations de la contribuable faite le 30 septembre 2019, un avis de recouvrement du 15 novembre 2019 a considéré la société redevable, en matière de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, de la somme de 109 495 euros en principal assortie de la somme de 1 533 euros au titre des intérêts de retard. Par décision du 11 février 2020, l'administration fiscale a rejeté la réclamation adressée par la société le 12 décembre 2019 par laquelle était demandée la décharge de la somme de 109 495 euros et la réouverture du délai spécial de réclamation. Par la présente requête, la SAS Fimed doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des rappels de la taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, soit la somme de 109 495 euros au principal et 1 533 euros au titre des intérêts de retard.
Sur les conclusions principales à fin de décharge :
Sur l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance ". Aux termes du 1 de son article 287 : " Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est tenu de remettre au service des impôts dont il dépend et dans le délai fixé par arrêté une déclaration conforme au modèle prescrit par l'administration ". Aux termes de l'article 208 de l'annexe II du code général des impôts : " Le montant de la taxe déductible doit être mentionnée sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration doit figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission ".
3. Il résulte de ces dispositions, que le délai imparti pour réparer une omission de déclaration de la taxe sur la valeur ajoutée déductible court à compter de la date d'exigibilité de la taxe chez le redevable et expire le 31 décembre de la deuxième année suivant la date à laquelle la déclaration devait être effectuée. Lorsqu'un assujetti a omis de reporter le montant de la taxe déductible qu'il a déclaré dans les délais prévus, le délai de régularisation de son omission, à peine de péremption du droit à déduction, expire le 31 décembre de la deuxième année suivant la date limite à laquelle il devait déclarer ce premier report.
4. Selon ces dispositions, interprétées à la lumière des articles 17 paragraphes 1 et 2 et 18 paragraphes 1, 2 et 3 de la sixième directive du Conseil du 17 mai 1977, ce délai, qui n'est pas moins favorable que celui prévu pour présenter une réclamation, n'est pas contraire aux dispositions de la sixième directive dont l'article 18 paragraphe 3 n'interdit pas que soient prévues en droit national des forclusions du droit à déduction.
5. Il est constant en l'espèce que la SAS Fimed, créée en 1993, exerçant une activité de marchand de biens immobiliers, et soumise au régime de la taxe sur la valeur ajoutée, a omis de porter la taxe sur la valeur ajoutée déductible au 31 décembre de l'année 2016, pour un montant de 97 633,91 euros correspondant à un premier loyer de crédit-bail du bateau Lazio Princess et un montant de 11 861 euros pour diverses opérations, dans ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée déposées avant le 31 décembre 2018. Elle a fait l'objet d'un rappel de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 208 précité pour la somme de 109 485 euros assortie des intérêts pour la somme de 1 533 euros.
6. En premier lieu, la société Fimed conteste la péremption opposée par l'administration fiscale, faisant valoir avoir inscrit ladite somme à la clôture des bilans relatifs aux exercices clos en 2016 et 2017 dont le remboursement a été sollicité par déclaration rectificative CA3 établie en novembre 2018 mais déposée le 20 mai 2019 afin de tenir compte des derniers éléments du bilan de clôture de l'exercice 2018. Toutefois, l'inscription de la créance à l'actif du bilan de la société avant le 31 décembre de l'année 2018 puis sur une déclaration de taxe rectificative déposée postérieurement au 31 décembre de l'année 2018, date d'échéance du délai prévu par ledit article 208 de l'annexe II du code général des impôts, ne peut être regardée comme constituant une inscription de la taxe sur une " déclaration ultérieure déposée avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission " au sens de ces dispositions. La société Fimed ne saurait davantage utilement se prévaloir de ce qu'elle a exposé dans sa réclamation contentieuse, remplir les conditions pour obtenir la déduction de ladite somme, une telle démarche ne pouvant également être regardée comme constituant, au sens de l'article 208 précité, une inscription de la taxe sur une déclaration ultérieure déposée avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Le moyen de l'absence de péremption soulevé par la société Fimed doit donc être écarté.
7. En second lieu, la société Fimed soutient pouvoir disposer, jusqu'au 31 décembre 2022, du délai spécial de réclamation prévu à l'article R.196-3 du livre des procédures fiscales aux termes duquel : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ". Toutefois, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir, à cet égard de ces dispositions, dont l'application ne présente pas un caractère discrétionnaire et qui ne sont relatives qu'au délai de réclamation ouvert au contribuable ayant fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification. Par suite, en admettant même que ces dispositions du livre des procédures fiscales présentent dans la hiérarchie des normes une autorité supérieure à celles de l'article 208 de l'annexe II du code général des impôts, elles restent en l'espèce sans incidence sur l'appréciation du délai de forclusion. Enfin, la société ne saurait davantage utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe d'égalité devant les charges publiques à l'encontre d'une imposition établie, ainsi qu'il vient être dit, conformément à la loi.
Sur l'interprétation de la loi fiscale :
8. La société Fimed fait valoir une possible réclamation en cas de compensation, selon la doctrine fiscale publiée au bulletin officiel des impôts le 12 septembre 2012 référencée BOI-CF-PGR-30-50 n° 60, aux termes de laquelle " la compensation entre des droits rappelés pour défaut de déclaration d'opérations imposables et une surtaxe résultant de l'omission par erreur, de déductions autorisées est possible même si le délai fixé par le I de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts (CGI) pour opérer les déductions susvisées est venu à expiration ". Toutefois, la société requérante ne peut se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L.80 du livre des procédures fiscales, des énonciations contenues dans la documentation administrative ainsi référencée qui portent sur la procédure d'imposition et ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins de décharge, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Fimed est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Fimed et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.
Délibéré après l'audience publique du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme. Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 octobre 2022,
Le greffier,
S. Sangaré
1
N° 1901371
sa
6
N° 1901371
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026