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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2001569

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2001569

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2001569
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat PASTOR
Avocat requérantGIMENEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2020 et le 16 juin 2022, Mme A C et Mme B C, représentées par Me Gimenez, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et le département de l'Hérault ont rejeté leurs demandes indemnitaires ;

2°) de condamner solidairement la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et le département de l'Hérault à leur verser une somme de 118 020,15 euros en réparation des préjudices résultant de la suspension illégale des droits à l'aide personnalisée au logement de M. D pour la période du 1er juillet 2004 au 31 mars 2015 ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Hérault et de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'elles ont la qualité d'héritière de M. C ;

- la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a commis une faute en procédant à la suspension des droits à l'aide personnalisée au logement de M. C sur le fondement d'un indu d'allocation aux adultes handicapés dont elle ne pouvait légalement solliciter le remboursement ; la caisse d'allocations familiales a définitivement été déboutée de son action aux fins de recouvrement de cette dernière allocation par un arrêt du 4 septembre 2012 de la Cour d'appel de Nîmes ;

- la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a commis une faute en persistant à solliciter le remboursement d'un indu d'allocation aux adultes handicapés ;

- elles sont fondées à solliciter le versement d'une somme de 29 400 euros correspondant au montant de l'aide personnalisée au logement de 350 euros par mois que M. C aurait dû percevoir entre le mois de juillet 2004 et le mois de juin 2011 si ses droits n'avaient pas été illégalement suspendus ;

- elles sont fondées à solliciter le versement d'une somme de 11 620,15 euros correspondant au solde des droits restant à verser à M. C pour la période du 1er juin 2011 au 31 janvier 2015 ;

- elles sont fondées à solliciter le versement d'une somme de 77 000 euros dès lors que la suspension des droits à l'aide personnalisée au logement de M. C et l'acharnement dont il a été victime ont causé à ce dernier et à sa famille un préjudice moral évalué à 7 000 euros par an sur une période de onze ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que Mmes C ne justifient pas de leur qualité d'héritière de M. C, ni même que l'indivision successorale soit intervenante à la procédure ;

- aucune faute ne lui est imputable dès lors que les droits de M. C ont été suspendus en raison de la non-communication de ses ressources, puis rétroactivement ouverts et versés à compter de juin 2011 dans la limite de la prescription biennale ;

- elle n'était pas tenue de faire droit à la demande de mainlevée de la prescription ;

- les requérantes ne sont pas fondées à demander l'indemnisation du préjudice lié à la perte du droit à l'aide personnalisée au logement à hauteur de 350 euros par mois dès lors que le droit à l'aide personnalisée au logement de M. C s'élevait à 61 euros par mois en janvier 2015 ;

- les requérantes ne sont pas fondées à demander l'indemnisation d'un préjudice moral à hauteur de 77 000 euros.

Le département de l'Hérault a été mis en demeure de produire ses observations en défense le 8 juillet 2020.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 juin 2020.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pastor, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, magistrate désignée,

- et les observations de Me Gimenez, représentant Mmes C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C était bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement et de l'allocation aux adultes handicapés dans le département de l'Hérault. Par un courrier du 3 juillet 2004, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a informé M. C, père des requérantes, de la suspension de ses droits à l'aide personnalisée au logement au motif de l'absence de communication par le bénéficiaire de sa déclaration de ressources pour l'année 2003. Par un arrêt du 4 septembre 2012, la cour d'appel de Nîmes a annulé a, d'une part, annulé le jugement du 1er septembre 2008 du tribunal des affaires de sécurité sociales de Montpellier condamnant M. C au paiement d'un indu de de 15 252,03 euros d'allocation aux adultes handicapés pour la période du 1er novembre 2001 au 30 septembre 2003 et, d'autre part, rejeté la demande de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault comme irrecevable. Alors que les droits de M. C à l'aide personnalisée au logement avaient été rétablis pour la période du 1er juin 2011 au 31 décembre 2014, M. C a sollicité en premier lieu par un courrier du 2 septembre 2014 adressé à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault le rétablissement de ses droits à cette allocation pour la période du 1er juillet 2004 au 31 mars 2015. Par la présente requête, Mmes C demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner solidairement la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et le département de l'Hérault à leur verser une somme de 118 020,15 euros en réparation des préjudices résultant de la suspension illégale de l'aide personnalisée au logement à laquelle M. D avait droit pour la période du 1er juillet 2004 au 31 mars 2015.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 351-8 du code de la construction et de l'habitation alors applicable : " L'aide personnalisée au logement et la prime de déménagement prévue à l'article L. 351-5, l'allocation de logement relevant du titre III du livre VIII du code de la sécurité sociale, l'allocation de logement familiale prévue à l'article L. 542-1 du même code et la prime de déménagement prévue à l'article L. 542-8 dudit code sont liquidées et payées pour le compte du fonds national d'aide au logement et selon ses directives par les organismes ou services désignés par décret parmi ceux qui sont chargés de gérer les prestations familiales ". Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales, désignées pour assurer le versement de l'aide personnalisée au logement, en arrêtent le montant, en tenant compte, notamment, de la situation de famille du demandeur, de ses ressources et de la dépense de logement supportée par la famille.

3. En premier lieu, pour établir la faute de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, Mmes C soutiennent que la suspension des droits à l'aide personnalisée au logement de M. C à compter du mois de juillet 2004 était fondée sur un indu de 15 252,03 euros d'allocation aux adultes handicapés pour la période du 1er novembre 2001 au 30 septembre 2003. Si, par un arrêt du 4 septembre 2012, la cour d'appel de Nîmes a annulé le jugement du 1er septembre 2008 du tribunal des affaires de sécurité sociales de Montpellier condamnant M. C au paiement de cet indu et a rejeté la demande de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault comme irrecevable, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du courrier adressé le 3 juillet 2004 par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault à M. C que la suspension du versement de ses droits à l'aide personnalisée au logement a résulté de l'absence de communication par ce dernier de ses ressources. En outre, il résulte des termes du courrier du 11 décembre 2014 adressé par M. C à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault que celui-ci avait sollicité, par un courrier du 2 septembre 2014 adressé à cette même caisse, le versement de ses droits à l'aide personnalisée au logement à compter du 1er juillet 2006. Dans ces conditions, Mmes C ne peuvent être regardées comme établissant, d'une part, que la suspension du versement de l'aide personnalisée au logement au bénéfice de M. C résulte de l'indu d'allocation aux adultes handicapés mis à sa charge et, d'autre part, que la caisse d'allocations familiales aurait reconnu sa faute en le rétablissant dans ses droits pour la période du 1er juin 2011 au 31 décembre 2014.

4. En second lieu, si Mmes C soutiennent que les conditions dans lesquelles il aurait été procédé au recouvrement de l'indu d'allocation aux adultes handicapés par la voie de retenues sur les prestations de M. C procèdent d'une faute de la caisse d'allocations familiales, il résulte de l'instruction, en particulier des termes du courrier adressé le 4 mars 2015 par la caisse d'allocations familiales à ce dernier, qu'aucune retenue sur ses droits n'a été opérée depuis la notification de cet indu. Par suite, Mmes C ne sont pas fondées à soutenir que la caisse d'allocations familiales a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, que les conclusions de la requête de Mmes C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et du département de l'Hérault, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par Mmes C au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mmes C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Mme B C, à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, au département de l'Hérault et à Me Gimenez.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

I. PastorLa greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 11 avril 2023.

La greffière,

A. Junon

No 2001569

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