jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2002643 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PILONE |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement n° 2002643 en date du 12 mai 2022, le Tribunal, avant de statuer sur les conclusions de la requête présentée par M. C et Mme B D tendant à l'indemnisation des préjudices résultant de l'accident de la circulation dont a été victime M. D le 25 février 2011 à Sigean, a ordonné une expertise en vue d'apprécier l'étendue des préjudices subis par M. D.
Le rapport de l'expert a été enregistré le 13 janvier 2023 au greffe du tribunal.
Par un mémoire enregistré le 30 mars 2023, M. et Mme D, représentés par Me Pilone, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la commune de Sigean à verser à M. D la somme totale de 1 245 324,78 euros ainsi que 557,22 euros par trimestre au titre de la rente viagère et une somme de 211 568,92 euros à Mme D en réparation des conséquences dommageables de l'accident dont a été victime M. D le 25 février 2011:
- s'agissant de M. D :
- 458 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 17 470,17 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 80 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- 35 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- 35 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- 48 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
- 35 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
- 40 000 euros au titre du préjudice d'établissement ;
- 22 394,14 euros au titre de la perte de gains professionnels subie par ce dernier jusqu'au jour de sa consolidation ;
- 23 929,17 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs ainsi qu'une rente trimestrielle de 557,22 euros ;
- 85 000 euros au titre de l'incidence sur la retraite ;
- 365 131,20 euros au titre de l'aide par une tierce personne ;
- s'agissant de Mme D :
- 81 568,92 euros au titre de ses pertes de revenus ;
- 35 000 euros au titre de son préjudice moral ;
- 30 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence ;
- 30 000 euros au titre de son préjudice d'établissement ;
- 35 000 euros au titre de son préjudice sexuel.
2°) de mettre à la charge de la commune de Sigean la somme de 3 600 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- les préjudices dont ils font état sont établis et la responsabilité de la commune de Sigean a été reconnue ;
- la somme versée par AXA, assureur de M. D avait uniquement pour objet d'indemniser, partiellement, l'aide apportée par une tierce personne mais il n'y a pas lieu d'écarter toute indemnisation due par la commune.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 15 mars 2023 et le 20 avril 2023, la commune de Sigean, représentée par la SCP HGetC Avocats, conclut :
1°) à la réduction des prétentions indemnitaires de M. et Mme D et de la caisse primaire d'assurance maladie aux proportions suivantes :
- pour M. D :
- 106 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 14 102,82 euros à verser au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 20 800 euros au titre des souffrances endurées ;
- 6 400 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- 5 600 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- rejet du préjudice d'agrément ou à défaut 5 600 euros ;
- 9 600 euros au titre du préjudice sexuel ;
- rejet du préjudice d'établissement ou à défaut 4 000 euros ;
- rejet des préjudices tirés de la perte de gains professionnels et de l'incidence sur la retraite subies par ce dernier et à défaut, 17 915,31 euros jusqu'à la date de consolidation, 24 934,34 euros jusqu'au 30 juin 2023 et une rente viagère de 566,32 euros par trimestre ;
- 16 000 euros au titre de l'incidence professionnelle en l'absence d'indemnisation de la perte de gains professionnels ;
- 44 323,20 euros au titre de l'aide par une tierce personne avant consolidation et 87 155,27 euros pour la période entre la consolidation et le 30 juin 2023 puis une rente viagère de 2 966,40 euros par trimestre ;
- pour Mme D :
- rejet du préjudice des pertes de revenus ;
- 9 600 euros au titre de son préjudice moral ;
- 5 600 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence ;
- rejet du préjudice d'établissement ou, à titre subsidiaire 4 000 euros ;
- 9 600 euros au titre de son préjudice sexuel ;
- pour la caisse primaire d'assurance maladie :
- 81 694,70 euros au titre de la prise en charge des frais hospitaliers ;
- rejet des dépenses de santé futures ;
- 32 268,51 euros au titre des indemnités journalières ;
- rejet du préjudice tiré du versement d'une rente pour accident de travail et à défaut, 34 881,72 euros jusqu'au 30 juin 2023 et une rente annuelle de 4905,82 euros ensuite.
2°) à ce que soit mise à la charge de M. et Mme D et de la caisse primaire d'assurance maladie une somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les préjudices en raison de pertes de gains professionnels, d'incidence sur la retraite et d'agrément allégués par M. D ainsi que le préjudice d'établissement dont se prévalent M. et Mme D ne sont pas établis ;
- Mme D n'établit pas le lien entre la réduction de son activité professionnelle et l'accident de son époux ;
- les autres préjudices que font valoir M. et Mme D sont surévalués ;
- la responsabilité de la commune se limite à 80% des préjudices subis ;
- il y a lieu de déduire l'indemnité de 200 000 euros versées par l'assureur de M. D ;
- les préjudices dont fait état la caisse primaire d'assurance maladie au titre des frais futurs et de la rente pour accident de travail ne sont pas liés à l'accident en litige et n'engagent pas la responsabilité de la commune.
Une ordonnance de clôture d'instruction à effet immédiat a été prise le 12 mai 2023 en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire, présenté par M. et Mme D, représentés par Me Pilone, a été enregistré le 6 juin 2023.
Une note en délibéré, présentée par M. et Mme D, représentés par Me Pilone, a été enregistrée le 27 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- les observations de Me Ortial, représentant M. et Mme D et celles de Me Pailles, représentant la commune de Sigean.
Une note en délibéré a été présentée pour les requérants le 27 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 février 2011, alors qu'il circulait en moto, M. D a été victime d'un accident de la circulation sur la commune de Sigean. Par un jugement avant dire droit, en date du 12 mai 2022, Le Tribunal a reconnu la responsabilité de la commune dans cet incident du fait d'un défaut d'entretien de la voie publique. Il a, par ailleurs, jugé qu'une faute d'imprudence de M. D était de nature à exonérer partiellement la responsabilité de la commune, celle-ci étant reconnue à hauteur de 80%. A la suite du dépôt des conclusions de l'expertise demandée par le Tribunal, M. et Mme D demandent la condamnation de la commune de Sigean à verser à M. D la somme totale de 1 245 324,78 euros ainsi que 557,22 euros par trimestre au titre de la rente viagère et à Mme D une somme de 211 568,92 euros.
Sur les préjudices subis par M. D :
2. Il résulte de l'instruction que l'accident dont M. D a été victime, alors qu'il était âgé de 31 ans, lui a causé un état de coma durant quinze jours, puis une dizaine d'hospitalisations jusqu'à consolidation de son état de santé le 26 février 2016. Il conserve des séquelles qui consistent, principalement, en une mobilité très limitée du membre supérieur droit au niveau de l'épaule, une instabilité du poignet droit du fait d'une arthrose radio-cubitale, une déformation abdominale, une sévère perte de l'odorat et, l'atteinte de son système nerveux central conduit à des pertes de mémoire, des difficultés de concentration, des fonctions cognitives altérées et une appréhension des contacts avec l'extérieur.
3. S'agissant du déficit fonctionnel permanent, si l'expert relève un taux de 50%, un jugement du 23 octobre 2018 du tribunal du contentieux de l'incapacité de Montpellier a fixé un taux d'incapacité partielle permanente de 70% et une invalidité de 80% dont 10% à titre professionnel. Alors que l'expert ne motive pas le taux ainsi retenu, en ne détaillant notamment pas le taux d'incapacité induit par chaque poste de préjudice identifié, il résulte de l'instruction que l'ampleur des séquelles conservées par le requérant justifie que soit retenu un déficit fonctionnel permanent de 70%. M. D étant âgé de près de 37 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à la somme de 50 000 euros.
4. Il résulte de l'instruction que M. D a subi, avant consolidation de son état de santé, 288 jours d'hospitalisation aux cours desquels son déficit fonctionnel temporaire peut être fixé à 100%. S'agissant des 1 539 jours où l'intéressé n'était pas hospitalisé, il y a lieu de fixer son déficit fonctionnel à hauteur de 70%, étant donné que celui-ci a peu évolué entre les cinq années de soins dont a bénéficié M. D et la date de sa consolidation. Le préjudice subi par M. D est alors évalué à 20 000 euros.
5. S'agissant des souffrances endurées, fixées à 6/7 par l'expertise diligentée par le tribunal, il n'est pas contesté que l'accident a été à l'origine de soins intensifs et de plusieurs hospitalisations de M. D sur une période relativement longue de cinq années. Toutefois, les douleurs subies ou ressenties par le requérant durant cette période sont peu documentées alors qu'un compte rendu de sortie du centre de réadaptation fonctionnelle, établi en 2012, relève l'absence de douleurs. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 20 000 euros.
6. L'expertise a évalué le préjudice esthétique de M. D à 5/7 avant consolidation et à 4/7 après consolidation. Si le choc subi par M. D a notamment conduit à des altérations corporelles et à ce que ce dernier soit plâtré, l'essentiel des préjudices subis sont définitifs et comprennent plusieurs cicatrices importantes au niveau de l'abdomen, du cou, du poignet, du flanc et surtout en une déformation bilatérale de l'abdomen consistant en une voussure sous-costale. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en les évaluant à une somme globale de 15 000 euros.
7. M. D fait par ailleurs état d'un préjudice d'agrément dans la mesure où il ne pratique plus la natation ni la moto ou le quad, il est empêché de cuisiner, il rencontre des difficultés importantes pour jardiner, bricoler, utiliser les outils informatiques ou pratiquer la musculation et il a, enfin, oublié les langues étrangères qu'il pratiquait. S'il est vrai que peu d'éléments sont transmis par le requérant quant aux loisirs ou aux habitudes qui étaient les siennes avant son accident, il est constant que ce dernier avait une formation de cuisinier, qu'il faisait usage d'une moto et était propriétaire d'un quad et, eu égard à l'âge de 31 ans qui était le sien lors de l'accident ainsi qu'aux limitations importantes qui sont les siennes désormais, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'agrément en le fixant à 10 000 euros.
8. S'agissant du préjudice d'établissement, M. et Mme D font état de l'existence d'un projet d'adoption avant que ne survienne l'accident. Toutefois, celui-ci n'est pas établi et, alors que le couple a accueilli un enfant à compter de l'année 2020, aucun élément ne permet de conclure que les requérants auraient pu fonder une famille plus tôt. En revanche, il est établi que du fait de ses séquelles tant physiques que psychologiques, M. D rencontre des difficultés pour s'occuper de son enfant en bas âge. Dans ces conditions, il ne peut prétendre à une vie familiale normale et y a lieu de reconnaître l'existence d'un préjudice d'établissement à hauteur de 10 000 euros.
9. Il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de M. D, résultant d'une baisse de libido à cause du choc frontal et des difficultés positionnelles à cause du membre supérieur droit en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.
10. Il résulte de l'instruction que M. D, cuisinier de formation, est demeuré sans emploi de 2006 jusqu'au 27 octobre 2010, date à laquelle il a débuté un stage de formation professionnelle d'agent d'entretien du bâtiment. Alors que cette formation, rémunérée à hauteur de 1 699,32 euros par mois, devait se poursuivre jusqu'au 24 juin 2021, l'accident a privé M. D de la possibilité de poursuivre ce stage et de bénéficier d'une rémunération de 6 797,28 euros. Par ailleurs, si l'intéressé prétend qu'il pouvait espérer des perspectives professionnelles lui procurant une rémunération équivalente à celle perçue pendant cette formation, il ne l'établit nullement puisqu'aucune pièce ne vient étayer son projet allégué de création d'entreprise spécialisée dans les travaux du bâtiment ni les qualifications qui permettraient le succès d'un tel projet. En revanche, l'expertise diligentée par le tribunal relève que M. D ne peut plus exercer la formation de cuisinier ni assurer, de façon professionnelle, des travaux de rénovation intérieure ou extérieure et, si toutes perspectives professionnelles ne sont pas exclues, un poste à responsabilité ou nécessitant précision et autonomie n'est pas envisageable. Dès lors, l'accident en litige a une incidence sur la capacité de M. D à percevoir des revenus à l'avenir et justifie un préjudice à hauteur de 50 000 euros. Le préjudice allégué d'une incidence sur la pension de retraite doit néanmoins être écarté du fait de son caractère incertain eu égard à l'âge de M. D, à l'inactivité précédant son accident et à la possibilité qui lui est ouverte d'exercer à l'avenir une activité professionnelle.
11. Pour ce qui est, enfin, du préjudice lié à l'aide d'une tierce personne, l'expertise relève la nécessité d'une telle aide à hauteur de 3 heures par jours avant et après consolidation, hors périodes d'hospitalisations.
12. Le coût de cette aide non spécialisée peut être fixé au taux horaire de 13,5 euros jusqu'à la date de consolidation, montant supérieur au salaire minimum, incluant les charges sociales et des majorations de rémunération dues les dimanches et jours fériés. Après consolidation, ce taux pourra être fixé à la somme de 14 euros. Dès lors, il sera fait une exacte appréciation du coût de cette aide en la fixant à une somme de 62 329,50 euros jusqu'au 26 février 2016, 97 726,50 euros jusqu'à la date du jugement et 527 735,25 euros pour couvrir les frais futurs engagés, eu égard à son âge de 44 ans à la date du jugement et à l'application d'un prix de l'euro de rente viagère égal à 34,425.
13. Dès lors, les préjudices subis par M. D sont évalués à la somme totale de 874 588,53 euros.
Sur les préjudices subis par Mme D :
14. Si l'indemnisation des frais d'assistance par une tierce personne ne peut intervenir qu'au profit de la victime, les proches qui lui apportent une assistance peuvent prétendre à être indemnisés par le responsable du dommage au titre des préjudices qu'ils subissent de ce fait. Il convient notamment de réparer la perte ou la diminution de revenus subie par les proches de la victime directe lorsqu'ils sont obligés, pour assurer une présence constante auprès de la victime handicapée d'abandonner temporairement, voire définitivement, leur emploi. Toutefois, la réparation de ce chef de préjudice ne saurait conduire le proche de la victime directe à bénéficier d'une double indemnisation à la fois au titre de l'indemnisation de ce poste et de celle qu'il pourrait également percevoir au titre de l'assistance par une tierce personne, s'il décidait de remplir cette fonction auprès de la victime.
15. Mme D soutient avoir été conduite à réduire son activité professionnelle entre septembre 2011 et août 2018 afin de porter assistance à son époux. Si elle fait état d'une perte de près de 82 000 euros de salaire, il résulte de ce qui précède que l'indemnisation pour assistance par tierce personne, reconnue au profit de son époux pour la période en litige couvre les pertes de revenus de Mme D. Par ailleurs, Mme D n'établit pas que l'exercice de son activité professionnelle à temps partiel résulterait de l'accident en litige puisqu'elle ne justifie pas d'une activité auparavant exercée à temps complet. Dès lors, l'incidence sur les revenus professionnels de Mme D ou sur sa carrière n'est pas établie.
16. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les souffrances de M. D ont été à l'origine d'une souffrance morale pour Mme D et l'altération de l'état physique et psychique de son époux ont des répercussions sur son quotidien. Dès lors, il y a lieu de fixer les préjudices moraux et les troubles dans les conditions d'existence de Mme D à la somme globale de 20 000 euros.
17. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 9 du présent jugement, il y a lieu de reconnaître l'existence d'un préjudice d'établissement et d'un préjudice sexuel affectant Mme D et dont il sera fait une juste appréciation en les évaluant aux sommes de 10 000 euros et 5 000 euros.
18. Il résulte de ce qui précède que les préjudices subis par Mme D sont évalués à la somme de 35 000 euros.
Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie :
19. La caisse primaire d'assurance maladie établit avoir engagé 102 119,37 euros de frais hospitaliers en lien avec l'accident en litige. Elle demande par ailleurs la prise en charge de soins futurs à hauteur de 7 605,40 euros qui correspondent à une séance de kinésithérapie ostéo-articulaire par semaine pendant 4 ans. Dans la mesure où il résulte de l'expertise que le poignet de M. D est atteint d'arthrose et qu'il existe un risque d'aggravation de ce symptôme, ces frais sont suffisamment certains pour ouvrir droit à indemnisation.
20. Il résulte de l'instruction que M. D a perçu des indemnités journalières à hauteur de 43,91 euros jusqu'au 30 septembre 2016, puis une rente pour accident de travail dont le montant mensuel atteint 1 513,78 euros en 2023. Pour ces dépenses passées et futures en faveur de M. D, la caisse primaire d'assurance maladie demande le remboursement de 44 085,64 euros et 513 985,77 euros. Toutefois, les seuls préjudices en lien direct avec l'accident, ayant donné lieu à indemnisation de la part de la CPAM, sont les préjudices professionnels de M. D, évalués à la somme de 56 797,28. Dès lors, le préjudice de la caisse primaire d'assurance maladie doit être fixé à cette somme.
21. Il résulte des éléments développés aux points 19 et 20 que la commune de Sigean, reconnue responsable de l'accident en litige à hauteur de 80%, doit être condamnée à verser à la CPAM la somme totale de 133 217,64 euros.
Sur les demandes des époux D :
22. Il résulte de l'instruction que M. D a été indemnisé de ses préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux par son assureur conducteur, AXA, à hauteur de 200 000 euros.
23. L'indemnisation des préjudices subis par les requérants, du fait de la responsabilité de la commune de Sigean, ne pouvant avoir pour effet de procurer aux victimes une réparation supérieure au montant du préjudice subi, il y a lieu de diminuer la somme mise à la charge de la commune dans la mesure requise pour éviter que le cumul de cette somme et des indemnités que la victime a pu obtenir par ailleurs excède le montant total des préjudices ayant résulté, pour elle, de l'accident.
24. Par ailleurs, dans la mesure où les préjudices professionnels de M. D ont été entièrement pris en charge par la CPAM et que celle-ci a présenté un recours subrogatoire, il n'y a pas lieu de condamner la commune à indemniser M. D de ces préjudices. Dès lors, il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune à verser à M. D 80% de la somme de 617 791,25 euros soit 494 233 euros. Par ailleurs, la commune de Sigean versera 80% de la somme de 35 000 euros à Mme D soit 28 000 euros.
Sur les frais du litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par la commune de Sigean au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge des époux D ou de la CPAM, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sigean une somme de 2 000 euros à verser à M. et Mme D sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Sigean est condamnée à verser les sommes de 494 233 euros à M. D et 28 000 euros à Mme D.
Article 2 : La commune de Sigean est condamnée à verser 133 217,64 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Article 3 : La commune de Sigean versera une somme de 2 000 euros à M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.
Article 5 : La présenta décision sera notifiée à M. C et Mme B D, à la commune de Sigean et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Copie en sera adressée, pour information à M. A en sa qualité d'expert désigné par le tribunal.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 juin 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026