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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2003714

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2003714

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2003714
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantGALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2020, Mme D A, représentée par Me Gallon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 100 euros en réparation des préjudices du fait de la faute de l'administration dans la mise en œuvre de ses obligations au titre du droit au logement opposable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle n'a fait l'objet d'aucune offre de logement dans le délai imparti en exécution de la décision de la commission départementale de médiation du 17 décembre 2018 par laquelle sa situation a été reconnue prioritaire et justifiant l'attribution en urgence d'un logement et le jugement du tribunal de céans rendu le 26 juin 2019 n'a pas été exécuté ; la responsabilité de l'Etat est donc engagée ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation du préjudice moral qu'elle subit dans ses conditions de vie quotidienne pour une durée anormale, à hauteur de 2 100 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2020, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la difficulté à reloger Mme A n'est pas due à une inaction de l'administration mais s'explique par sa situation de grande précarité financière ;

- la requérante n'était pas sous la menace d'une expulsion dès lors les services de l'Etat n'ont pas accordé le concours de la force publique pour procéder à celle-ci ;

- la requérante n'apporte pas la preuve matérielle d'un quelconque préjudice moral, ayant pu conserver son domicile dans l'attente d'une attribution de logement conforme à ses capacités et besoins.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de M. B, représentant la Préfecture de l'Aude.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été reconnue comme prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 17 décembre 2018 de la commission de médiation du département de l'Aude. Il a été enjoint au préfet de l'Aude, par jugement de ce tribunal rendu le 26 juin 2019, de reloger Mme A conformément aux préconisations de la commission de médiation dans sa décision, sous astreinte de 30 euros par jour de retard à compter du 1er octobre 2019. Une proposition d'hébergement a été adressée le 10 septembre 2020 à Mme A. Celle-ci a saisi, par courrier réceptionné le 19 février 2020, le préfet de l'Aude d'une demande indemnitaire préalable tendant à obtenir réparation des préjudices résultant pour elle du retard fautif à lui proposer le relogement auquel elle avait droit. Une décision implicite de rejet est née sur sa demande. Par la présenté requête, Mme A demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 2 100 euros à ce titre.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'urbanisme : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " ; qu'aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnait prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région, la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement / () Le représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région, désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondants à la demande. () / en cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservations. () " ;

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du même code : " I. Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. () ". En application de l'article R. 441-16-1 du même code, " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements contenant au moins une agglomération, ou une partie d'agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitat impartissent au préfet pour proposer une offre de logement, ainsi que de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

5. Il est constant qu'après la décision du 17 décembre 2018 par laquelle la demande d'hébergement présentée par Mme A a été reconnue comme prioritaire et urgente par la commission de médiation, aucune proposition de logement n'a été soumise à l'intéressée dans le délai de 3 mois dès lors qu'un logement lui a été proposé seulement le 10 septembre 2020, que l'intéressée a accepté. En outre, le jugement du 27 juin 2019 rendu par ce tribunal enjoignant au préfet de l'Aude d'assurer le relogement de la requérante sous astreinte de 30 euros par jour de retard à compter du 1er octobre 2019 n'a ainsi pas été exécuté dans le délai imparti. Cette double carence est constitutive de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

6. Mme A demande la réparation des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle a subis en conséquence de l'absence de relogement. Il résulte de l'instruction que la commission de médiation de l'Aude avait reconnu, le 17 décembre 2018, le caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement au motif qu'elle était menacée d'expulsion, sans solution de relogement. La requérante soutient que l'éventualité d'une expulsion forcée l'a plongée dans un état de stress et d'angoisse, lui causant un préjudice moral. Toutefois, la mesure d'expulsion prononcée par décision judiciaire à l'encontre de l'intéressée n'a pas été mise à exécution en raison, d'une part, de la trêve hivernale et, d'autre part, du refus du préfet de l'Aude d'accorder le concours de la force publique pour procéder à cette expulsion. Mme A a ainsi pu demeurer, sans droit ni titre, dans son logement de type T4 de 60 m², adapté à son foyer, composé de deux enfants, dont un mineur. Compte tenu de la durée de la carence, du 18 mars 2019 au 24 septembre 2020, et des conditions de logement de Mme A et de sa famille, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la requérante en évaluant l'indemnisation due à la somme de 1 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépends, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour de raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () " ;

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Gallon, son avocat, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 1 000 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : L'Etat versera à Me Gallon, conseil de Mme A, la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Gallon.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La magistrate désignée,

S. C

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juillet 2022,

La greffière,

C. Arcecb

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