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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2004193

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2004193

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2004193
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DELSOL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 septembre 2020 et 27 février 2021, M. B A C doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés respectivement au titre des années 2013 et 2014 et au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en qualifiant son activité d'occulte, le service l'a privé des protections qui lui étaient dues ;

- les virements provenant des sociétés Financière du Moulin et Z Marine Zodiac et des sociétés SCEA Domaine de la Séraphine et Sarl Goden Licron International sont justifiés ;

- au regard de la doctrine fiscale BOI-RPPM-RCM-10-20-20-20-2012912§250, l'associé peut exciper d'un cas de compensation légale opérant l'extinction des dettes réciproques. Selon la doctrine RPPM-RCM-10-20-20-20-20120912§300, lors du remboursement des avances faites à la société, la fraction des impositions auxquelles leur attribution a donné lieu lui sera restituée ;

- les pénalités de 40 % et de 80 % ne sont pas justifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2020, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de M. A C.

Une note en délibéré présentée par M. A C a été enregistrée le 9 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A C ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2013 à 2014. Une proposition de rectification leur a été adressée le 16 décembre 2016 et des impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux ont été mises en recouvrement pour la somme totale 597 437 euros. Une seconde somme de 24 268 euros, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, a été mise en recouvrement. Par la présente requête, M. A C demande la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés respectivement au titre des années 2013 et 2014 et au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure :

2. Si M. A C peut être regardé comme contestant la régularité de la procédure en faisant valoir, dans le dernier état de ses écritures, qu'en qualifiant son activité d'occulte, le service l'a privé des " protections qui lui étaient dues ", il n'apporte pas de précision permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ce moyen, qui doit dès lors être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

Sur le terrain de la loi fiscale :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 B du livre des procédures fiscales : " Au cours d'une procédure d'examen de situation fiscale personnelle, l'administration peut examiner les opérations figurant sur des comptes financiers utilisés à la fois à titre privé et professionnel et demander au contribuable tous éclaircissements ou justifications sur ces opérations sans que cet examen et ces demandes constituent le début d'une procédure de vérification de comptabilité. Au cours d'une procédure de vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité, l'administration peut procéder aux mêmes examen et demandes, sans que ceux-ci constituent le début d'une procédure d'examen de situation fiscale personnelle. L'administration peut tenir compte, dans chacune de ces procédures, des constatations résultant de l'examen des comptes ou des réponses aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, et faites dans le cadre de l'autre procédure conformément aux seules règles applicables à cette dernière. ". Aux termes de l'article L. 47 C du livre des procédures fiscales : " Lorsque, au cours d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, sont découvertes des activités occultes ou mises en évidence des conditions d'exercice non déclarées de l'activité d'un contribuable, l'administration n'est pas tenue d'engager une vérification de comptabilité pour régulariser la situation fiscale du contribuable au regard de cette activité. ". Selon les dispositions de l'article 92 du code général des impôts sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenu.

4. Il est constant qu'au cours des années 2013 et 2014, le compte bancaire CRCAM Rhône-Alpes numéro IBAN 13906 00123 82683506000 79 dont M A C est titulaire, a enregistré au crédit des virements en provenance des sociétés La Financière du Moulin et Z Marine Zodiac. En l'absence de déclarations en matière de bénéfices non commerciaux et d'inscription à un centre de formalité des entreprises, le service a regardé le contribuable comme exerçant une activité occulte, en application des dispositions de l'article 47 du livre des procédures fiscales. L'administration s'est par suite estimée fondée à effectuer la reconstitution de chiffre d'affaires manquant pour lesdites années sans engager une vérification de comptabilité et les bénéfices non commerciaux ont été imposés sur le fondement de l'article 92 du code général des impôts à la hauteur des sommes reçues, sans admettre en déduction aucun frais, faute de justification.

5. M. A de Salon soutient que ces virements correspondent à des remboursements de frais professionnels, essentiellement des frais de déplacement (taxis, péages, essence, train, repas, hôtel, et accessoirement de pressings et téléphonie/internet), lui ayant permis de mener à bien la mission de direction générale et de redressement d'entreprise dont il était chargé, qu'il acquittait dans un premier temps via sa carte bancaire personnelle et dont il était ensuite remboursé. Il fait valoir apporter la justification de ces frais par des états récapitulatifs et les pièces correspondantes, auxquels il ajoute dans le dernier état de ses écritures des attestations établies, respectivement, par la directrice financière et par la directrice des ressources humaines de ces sociétés. Il résulte toutefois de l'instruction, que le requérant n'avait pas la qualité de salarié de la société La Financière du Moulin. Par ailleurs, la société Z Marine n'était pas liée par un contrat à la société Golden Licorn International dont le requérant était le dirigeant, et si cette dernière société est devenue président de la société Z Marine à compter du 18 novembre 2013, le procès-verbal en décidant est resté silencieux sur les remboursements de frais. Enfin, le service fait valoir, sans être contesté, que les frais allégués par M. A C ne se retrouvent pas au débit de ses comptes bancaires personnels examinés au cours du contrôle. Les attestations susmentionnées produites apparaissent, dans ces circonstances, insuffisamment probantes. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a regardé les sommes en litige comme procédant de l'exercice d'une activité occulte et qu'il les a imposées dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, sans admettre en déduction des frais, dont il n'est pas justifié qu'ils auraient été exposés à titre personnel.

6. En second lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : c. Les rémunérations et avantages occultes. () ".

7. Le service a relevé dans la proposition de rectification, que les comptes bancaires du requérant retraçaient des mouvements au crédit provenant de la SARL Golden Licorn International et de la société civile d'exploitation agricole Domaine de la Séraphine, pour des montants excédant ceux déclarés, dans la mesure de 237 100 euros au titre de l'année 2013 et de 215 123 euros au titre de l'année 2014 et a entendu imposer ces sommes dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts.

8. Si M. A C conteste l'imposition des sommes versées par la société Domaine de la Séraphine en faisant valoir qu'elles correspondent à des remboursement d'avances en compte courant d'associé qu'il avait consenties à cette société, il n'apporte aucun justificatif à l'appui de ces allégations alors qu'il est associé à 100% avec son épouse de cette société qui a été mise en sommeil en 2012 et qu'aucun compte d'associé n'a été produit par le contribuable. S'agissant des sommes versées par la société Golden Licorn International, si M. A C fait valoir que le rehaussement devrait être réduit à la somme de 187 589 euros compte tenu d'une somme de 13 634 euros versée en 2014 à son épouse à titre de salaire, il ne produit aucun élément au soutien de cette affirmation, alors que le service fait valoir sans être contesté qu'il s'est fondé sur les seuls mouvements au crédit des comptes bancaires de l'époux.

Sur l'interprétation administrative de la doctrine fiscale :

9. Dès lors que la réalité des avances ne résulte pas de l'instruction, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir des deux points de doctrine qu'il invoque.

10. Il résulte de ce qui précède, que le bien fondé des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée assignés à M. A C est établi.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de () : b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ou, s'agissant de la taxe d'aménagement prévue à l'article 1635 quater A, en cas de construction ou d'aménagement sans autorisation.(). ".

12. En premier lieu, il est constant que les déclarations d'ensemble des revenus des années 2013 et 2014 ont été déposées au cours de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. A C en 2016, soit au-delà des délais de déclaration qui avaient expiré au plus tard les 3 juin 2014 et 2 juin 2015, respectivement. En outre, M. A C n'établit pas avoir respecté le délai de 30 jours suivant la mise en demeure qui lui a régulièrement été notifiée. Dès lors, l'administration était fondée à appliquer à M. A C la pénalité de 40 % prévue par les dispositions du b de l'article 1728 précité.

13. En second lieu, il résulte des dispositions du c de l'article 1728 que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ces obligations déclaratives, ce que ne fait pas en l'espèce M. A C en se bornant à évoquer une maladie.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme de 2 500 euros demandée par M. A C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : la requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Rabaté, président,

- Mme Pater, première conseillère,

- Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

La rapporteure,

B. Pater

Le Président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 janvier 2023.

Le greffier,

F. Balicki fb

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