lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2005430 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par requête et des mémoires, enregistrés les 27 novembre 2020, 29 avril, 30 juin, 5 juillet, 30 juillet et 30 août 2021, la société civile immobilière Maisons et Décors, représentée par son gérant et par Me Bertrand, demande au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie, respectivement, au titre des exercices clos les 31 décembre 2014, 2015 et 2016 et de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 ;
2°) la décharge de la pénalité de 10% et de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts ;
3°) la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 5 000 euros au titre des frais irrépétibles.
Elle soutient que :
- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 60 du livre des procédures fiscales en ne la convoquant pas, malgré sa demande, à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en ne répondant pas la demande de communication de documents qu'elle lui a adressée le 20 mars 2018 en courrier recommandé ;
- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales ;
- c'est à tort que l'administration a estimé que son activité était commerciale pour l'assujettir à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- l'acquisition le 15 juillet 2009 du terrain litigieux ne procède pas d'une intention spéculative mais concerne une opération isolée parmi son activité de gestion de son patrimoine immobilier et de mise en location entreprise depuis 1994 ;
- lors de cette acquisition du 15 juillet 2009, elle avait la ferme intention de louer les villas et de loger ses associés ;
- la vente de sept lots ne suffit pas à démontrer le caractère habituel d'une activité commerciale ;
- contrairement à ce que soutient l'administration, son gérant n'a pas toujours exercé une activité dans le domaine du bâtiment et de la construction ;
- contrairement à ce que soutient l'administration, les lots du terrain acquis le 15 juillet 2009 ont été mis en location par des baux conclus le 1er juillet 2009 ;
- l'administration ne conteste pas que les lots n°244 et 249 constituent la résidence principale de la famille A du 15 juillet 2009 au 27 avril 2015 ;
- le régime des marchands de biens ne s'applique pas lorsque l'habitation est la résidence principale du contribuable ;
- dès l'origine, l'intention était de réserver certaines parcelles à des fins de construction personnelle ;
- en énonçant que " lorsque le caractère habituel des opérations est établi, l'intention spéculative du cédant est toujours présumée ", l'administration contredit la doctrine mise à jour le 7 juin 2017 qui, se conformant à la jurisprudence du Conseil d'Etat, expose qu'une opération peut être requalifiée en profit de construction que si l'administration est en mesure de prouver cumulativement l'habitude et l'intention spéculative du contribuable ;
- elle a perçu des loyers ;
- il est abusif de mettre en avant le court délai séparant l'acquisition des ventes dès lors que si les lots n°245, 246 et 247 ont été cédés dès 2011, la vente la plus importante concernait les lots n°244 et 249 constituant la résidence principale du gérant et de sa famille qui est intervenue le 27 avril 2015, soit six ans après l'acquisition du terrain ;
- les ventes des lots n°245, 246 et 247 sont intervenues en 2011 afin de pouvoir faire face à un dépassement du coût des travaux alors qu'il n'était pas possible d'obtenir un nouveau prêt ;
- l'administration n'a pas tenu compte des charges financières liées à cette opération pour déterminer la marge ;
- l'administration ne démontre pas l'intention spéculative à la date à laquelle elle a acquis la maison d'habitation, alors que ses statuts, son caractère familial et le recours à un prêt amortissable sur une durée de trente ans et donc à un taux nécessairement moins intéressant, vont à l'encontre d'une activité de promoteurs ou de marchands de biens ;
- l'acquisition a été soumise aux droits d'enregistrement au taux normal et non réduit réservé aux marchands de biens ;
- elle n'a pas déduit la taxe sur la valeur ajoutée sur les travaux ;
- l'administration, dans sa réponse le 27 mai 2011 à son rescrit du 14 février 2011, a confirmé que cette opération ne lui conférait pas la qualité d'assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- la majoration de 10% n'est pas fondée ;
- l'application de l'amende de l'article 1759 du code général des impôts n'est pas fondée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mars, 22 juin, 5 juillet et 25 août 2021, le directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il expose que :
- la société n'établit pas lui avoir adressé une demande de communication de documents ;
- le service n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 60 du livre des procédures fiscales ;
- en se bornant à qualifier l'activité exercée de marchands de biens, l'administration n'a jamais, même implicitement, mis en cause l'existence et le caractère réel de l'activité de la société et n'a ainsi pas méconnu les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre de procédures fiscales.
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, rapporteur ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Maisons et Décors demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie, respectivement, au titre des exercices clos les 31 décembre 2014, 2015 et 2016 et de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, de la pénalité de 10% et de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ". L'article L. 59 A du même livre dispose que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient, notamment, lorsque le désaccord porte : " 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; () ".
3. D'une part, il résulte de l'instruction que l'administration a réceptionnée, au cours du mois de mars 2018, le pli n°1A 147 792 1712 5 que la SCI Maisons et Décors soutient correspondre à sa demande qu'elle lui a adressée le 20 mars 2018 afin que son dossier fût soumis à la commission départementale ou nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. En se bornant à alléguer que ce pli " pourrait correspondre à l'envoi d'une déclaration ou autre document à un des services situés à cette adresse ", l'administration n'établit pas, comme il lui en incombe, que ce pli ne contenait pas la demande de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.
4. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, que lorsqu'un contribuable demande que le désaccord qui l'oppose à l'administration et qui relève de la compétence consultative de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffres d'affaires au titre, notamment, du 1° de l'article 59 A du livre des procédures fiscales, soit soumis à cette commission, l'administration est tenue de la saisir et satisfait à l'obligation qui lui est ainsi faite en la saisissant régulièrement.
5. Par lettre du 20 mars 2018, la SCI Maisons et Décors, persistant dans sa contestation des redressements qui lui ont été notifiés par la proposition de rectification du 18 décembre 2017 et confirmés dans la réponse aux observations du contribuable du 26 février 2018, a sollicité la saisine de la commission départementale ou nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.
6. Si la commission était incompétente pour se prononcer sur la question de droit relative à la qualification de l'activité de marchand de biens, cet organisme était compétent pour se prononcer sur les circonstances de fait de nature à démentir l'affirmation de l'administration selon laquelle les immeubles en cause avaient été acquis en vue de leur revente et étaient susceptibles d'être prises en compte pour l'examen de cette question de droit. Dès lors que de ces faits pouvait dépendre le bien-fondé des redressements notifiés en matière d'impôt sur les sociétés, la requérante est fondée à soutenir que la procédure d'imposition a été viciée par la méconnaissance de la garantie prévue à l'article L. 59 précité du livre des procédures fiscales.
7. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la SCI Maisons et Décors doit être déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie, respectivement, au titre des exercices clos le 31 décembre 2014, 2015 et 2016 et de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, de la pénalité de 10% et de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SCI Maisons et Décorations, sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La SCI Maisons et Décorations est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie, respectivement, au titre des exercices clos les 31 décembre 2014, 2015 et 2016 et de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, de la pénalité de 10% et de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts y afférents.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la SCI Maisons et Décors en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Maisons et Décors et au directeur de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Rabaté, président,
- Mme Pater, première conseillère,
- Mme Viallet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 octobre 2022,
Le greffier,
S. Sangaré
N°2005430 sa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026