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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2005616

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2005616

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2005616
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 décembre 2020 et le 22 avril 2022, la Sas Optimhome, représentée par la SCP CGCB et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le directeur de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations de l'Aude a prononcé à son encontre une amende administrative de 4 500 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- à titre principal, les circonstances de droit ont évolué dès lors que la sanction concernait des manquements à l'article 2 de l'arrêté du 10 janvier 2017, lequel a toutefois été modifié par l'arrêté du 26 janvier 2022 qui remplace les termes " sont tenus d'afficher les prix effectivement pratiqués des prestations " par " sont tenus d'afficher les prix maximum pratiqués des prestations " ; la notice de cet arrêté prévoit expressément que cette modification a été prise afin de corriger des situations où le barème affiché pouvait être considéré comme non respecté s'il était négocié à la baisse au profit du consommateur, comme il s'agit pour la sanction attaquée ; le présent recours étant de plein contentieux, l'évolution de la réglementation lui est favorable ;

- à titre subsidiaire, la décision de sanction n'est pas fondée et est :

- entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 2 de l'arrêté ministériel du 10 janvier 2017 relatif à l'information des consommateurs par les professionnels intervenant dans une transaction immobilière ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux manquements reprochés qui ne lui sont pas imputables, lesquels ont été commis par des professionnels indépendants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 février 2021 et le 4 juillet 2022, la préfète de l'Aude, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'évolution de la réglementation est sans incidence dès lors qu'il convient de prendre en considération les textes à la date où la sanction a été infligée ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la consommation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté modifié du 10 janvier 2017 relatif à l'information des consommateurs par les professionnels intervenant dans une transaction immobilière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- les observations de Me Aldigier, représentant la société Optimhome ;

- et les observations de Mme B, représentant la préfète de l'Aude.

Considérant ce qui suit :

1. La Sas Optimhome, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Montpellier, dispose de la carte professionnelle d'agent immobilier et exerce dans ce secteur, en déléguant notamment une partie de son activité à des agents commerciaux. Dans le cadre d'une enquête nationale de la direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes, des agents de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de l'Aude ont contrôlé les 24 et 26 décembre 2019 deux agents commerciaux mandatés par la Sas Optimhome. Par courrier du 4 août 2020, la DDCSPP a informé la société Optimhome de son intention de prononcer une amende administrative, laquelle a présenté ses observations le 2 septembre 2020. La DDCSPP a prononcé une amende de 4 500 euros par une décision du 2 octobre 2020 à l'encontre de la Sas Optimhome, qui en demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la sanction :

2. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la consommation : " Tout vendeur de produit ou tout prestataire de services informe le consommateur, par voie de marquage, d'étiquetage, d'affichage ou par tout autre procédé approprié, sur les prix et les conditions particulières de la vente et de l'exécution des services, selon des modalités fixées par arrêtés du ministre chargé de l'économie, après consultation du Conseil national de la consommation. " Aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " Tout manquement aux dispositions de l'article L. 112-1 définissant les modalités d'information sur le prix et les conditions de vente ainsi qu'aux dispositions des arrêtés pris pour son application est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale. " Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " L'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation est l'autorité compétente pour prononcer les amendes administratives sanctionnant les manquements aux dispositions mentionnées aux articles L. 511-5, L. 511-6 et L. 511-7 et l'inexécution des mesures d'injonction relatives à des manquements constatés avec les pouvoirs mentionnés aux mêmes articles. ".

3. Aux termes de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires () ". Découle de ce principe la règle selon laquelle la loi répressive nouvelle doit, lorsqu'elle abroge une incrimination ou prévoit des peines moins sévères que la loi ancienne, s'appliquer aux auteurs d'infractions commises avant son entrée en vigueur et n'ayant pas donné lieu à des décisions devenues irrévocables. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction, de faire application, même d'office, d'une loi répressive nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Il en va de même pour le juge de cassation si la loi nouvelle est entrée en vigueur postérieurement à la décision frappée de pourvoi.

4. L'article 2 de l'arrêté du 10 janvier 2017 relatif à l'information des consommateurs par les professionnels intervenant dans une transaction immobilière indiquait dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " I. - Les professionnels visés à l'article 1er sont tenus d'afficher les prix effectivement pratiqués des prestations qu'ils assurent, notamment celles liées à la vente, à la location de biens et à la gestion immobilière, en indiquant pour chacune de ces prestations à qui incombe le paiement de cette rémunération. () / () ". Toutefois, à la date du présent jugement, ce même article 2 a été modifié par un arrêté du 26 janvier 2022 qui indique désormais : " I. - Les professionnels visés à l'article 1er sont tenus d'afficher les prix maximums pratiqués des prestations qu'ils assurent () ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal établi le 26 juin 2020 par la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de l'Aude, qu'a été contrôlé la cohérence des prix affichés par la société Optimhome avec ceux effectivement pratiqués par elle, au regard de la réglementation à la date des contrôles les 24 et 26 décembre 2019, en tenant compte notamment du caractère systématique ou non de l'application d'une remise, de la nature des transactions, de l'importance de la remise ou encore de la période à laquelle intervient cette remise. Et, il a été constaté, après l'analyse de 31 mandats auprès de deux agents commerciaux, que des remises allant de 3,84% à 37,02% avaient été accordées dans 70,58% d'entre eux. Cette différence entre les prix affichés et les prix effectivement pratiqués constituait le manquement qui fonde la sanction administrative en litige. Toutefois, il résulte de l'instruction que la réglementation a été modifiée, par un arrêté du 26 janvier 2022, laquelle n'exige désormais plus que l'affichage des prix maximums pratiqués, et cette nouvelle réglementation doit être considérée comme une loi pénale plus douce immédiatement applicable. En conséquence les faits relevés en décembre 2019, ne constituent plus, à la date du présent jugement, des manquements pouvant être sanctionnés sous l'empire de l'arrêté du 10 janvier 2017 tel que modifié par l'arrêté du 26 janvier 2022.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le directeur de la direction départementale a prononcé à l'encontre de la société Optimhome une amende administrative de 4 500 euros doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête. En conséquence, la société Optimhome est déchargée de l'obligation de payer cette somme.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Optimhome d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 octobre 2020 par laquelle le directeur de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations de l'Aude a prononcé à l'encontre de la société Optimhome une amende administrative de 4 500 euros est annulée.

Article 2 : La société Optimhome est déchargée de l'obligation de payer la somme de 4 500 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Sas Optimhome et au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

N. A

Le président,

E. Souteyrand La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 15 décembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy.

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