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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2022417

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2022417

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2022417
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CAMILLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par Mme C B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 juin 2020 et 7 septembre 2021, Mme C B, représentée par Me Gasquet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière en l'absence de débat oral et contradictoire avec l'avocat qu'elle a mandaté pour assurer la défense de ses intérêts et au cabinet duquel elle a élu domicile ;

- les documents dont elle a demandé la communication ne lui ont pas été adressés, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- l'administration ne démontre pas l'existence d'une activité occulte ;

- elle n'est pas redevable de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures émises pour le compte de son fils par la société Utel, tant en vertu de la loi fiscale que de la doctrine référencée BOI-TVA-DECLA-30-20-10 du 13 janvier 2014 ;

- la proposition de rectification, qui lui a été adressée en original mais dont le pli a été retourné avec la mention " avisé non réclamé ", ainsi que l'envoi d'une copie à son mandataire, n'ont pas eu pour effet d'interrompre la prescription du droit de reprise ;

- la majoration de 80% appliquée sur le fondement des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2014 à 2016. L'examen de ses comptes bancaires a révélé l'encaissement par virements de sommes émanant de la Société Allô Kang anciennement Utel, qui met à disposition de clients des prestations de voyance réalisées par des fournisseurs dénommés " Master ". Ces versements ont été constatés dès le mois de janvier 2014, soit avant la déclaration au Tribunal de Commerce le 20 mai 2014 de la société Energence C-Plus, dont Mme B est l'unique associée. L'administration fiscale, considérant que Mme B exerçait une activité de voyance de manière occulte, l'a assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014, dont elle demande la décharge en droits et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". En vertu de cette disposition, il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, d'informer le contribuable, avec une précision suffisante, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition, même si le contribuable a pu avoir par ailleurs connaissance de ces renseignements afin de permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements, soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Dans ce dernier cas, la demande du contribuable peut porter sur tout document utilisé par l'administration pour établir l'imposition, et notamment sur un document dont l'administration n'a fait état que pour confirmer, dans une proposition de rectification ou une réponse aux observations du contribuable, une prise de position reposant sur d'autres éléments. La méconnaissance, par l'administration, de l'obligation de communication affecte les impositions pour lesquelles elle a utilisé les renseignements et documents en cause, que ce soit pour conduire la procédure d'imposition ou pour déterminer le montant de l'impôt. Cependant, les dispositions législatives protégeant le secret professionnel, comme celles que prévoit l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, peuvent faire obstacle à la communication par l'administration à un contribuable de renseignements concernant un tiers, sans le consentement de celui-ci ou de toute personne habilitée à cet effet. Peuvent, dès lors, être régulièrement établis des redressements fondés sur des documents dont les copies détenues par les services fiscaux n'ont été communiquées au contribuable qu'après occultation des informations couvertes par un tel secret.

3. Il résulte de l'instruction que pour fonder les rappels en litige, l'administration, dans sa proposition de rectification du 20 décembre 2017, s'est fondée sur l'examen des comptes bancaires de Mme B. Par courrier de son avocat du 5 janvier 2018, Mme B a sollicité la communication de tous les documents obtenus de tiers et de toutes pièces de procédures fiscales ayant permis d'obtenir de tiers des renseignements la concernant. Alors qu'aucun document ne lui a été communiqué, dans sa réponse aux observations du contribuable du 9 avril 2018, l'administration fait notamment référence à un document recueilli lors de la procédure fiscale ouverte envers la Sas Kang sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 par la direction du contrôle fiscal Ile de France. Ce document retrace le détail du compte propre à chaque Master de la société Kang, permettant au service de constater qu'aucun compte n'était ouvert au nom du fils de A B. Ce faisant, le service doit être regardé comme s'étant fondé sur cette pièce pour confirmer sa position prise dans la proposition de rectification. Par ailleurs, et en dépit de ce que soutient l'administration, les dispositions législatives protégeant le secret professionnel, telles que celles résultant de l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, à supposer même qu'elles soient applicables à ce document, ne faisaient pas obstacle à sa communication après occultation des informations couvertes par un tel secret. Dès lors, le refus de l'administration de procéder à la communication de ce document obtenu d'un tiers entache d'irrégularité la procédure à l'issue de laquelle ont été établies les impositions en litige, privant Mme B d'une garantie.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander la décharge des impositions et des pénalités en litige.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Mme B est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014 ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 novembre 202Le greffier,

F. Balicki

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