jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2023859 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FEVRIER |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par la société Véolia Eau.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2020 et le 27 mai 2022, la société Véolia Eau - Générale des eaux, représentée par la Scp Scheuer-Verhnet et Associés, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Affrique à lui verser la somme de 161 805,60 euros TTC au titre du rachat des compteurs d'eau, assortie des intérêts à compter du 1er avril 2018 selon le taux moyen mensuel du marché monétaire, avec capitalisation des intérêts ;
2°) au besoin, ordonner avant dire droit la réalisation d'une expertise afin d'évaluer le montant du rachat des compteurs d'eau afférent au traité de concession conclu avec la commune de Saint-Affrique ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Affrique la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- un traité pour l'exploitation par affermage du service public d'eau potable a été conclu avec la commune de Saint-Affrique pour une durée de 25 ans à compter du 1er janvier 1993 ;
- le contrat est arrivé à échéance le 31 décembre 2017 ; elle a demandé le paiement à la commune de la part non amortie du parc de compteurs de distribution d'eau potable et a adressé le 17 janvier 2019 une facture d'un montant de 137 091,87 euros HT, soit 164 510,24 euros TTC ; le 15 mars 2019, la commune a refusé d'y faire droit ; elle a renouvelé sa demande le 5 juillet 2019 en diminuant le montant à 134 838 euros HT, soit 161 805,60 euros TTC ; elle a adressé une réclamation préalable indemnitaire pour en obtenir le paiement, qui a été reçue le 11 mai 2020 ; par un courrier du 4 juin 2020, la commune a de nouveau refusé la demande de paiement du montant non amorti du parc de compteurs d'eau ;
- à titre principal, la responsabilité contractuelle de la commune est engagée dès lors que les compteurs d'eau sont la propriété du fermier et que la part non amortie doit lui être indemnisée ;
- la commune a bien pris possession des compteurs d'eau, dès lors qu'elle les a intégrés dans le cadre de la prochaine concession ; que les compteurs d'eau soient considérés comme des biens de retour ou des biens de reprise, leur valeur de rachat, conformément aux articles 53 et 54 du traité, doit se calculer en fonction de leur amortissement ; la durée d'amortissement est de 14 ans ; cette durée de 14 ans est justifiée et a été retenue dans des situations similaires, notamment par la Régie des eaux de Paris qui retient une durée de 15 ans par une délibération du 14 décembre 2018 ;
- les compteurs posés avant l'avenant n°3 doivent également être pris en compte dès lors que seule la pose était facturée aux abonnés ;
- sur les dernières années d'exploitation du contrat la société Véolia Eau était encore dans l'obligation de procéder au renouvellement du parc de compteurs d'eau ; ce montant de la part non amortie est de 161 805,60 euros TTC en prenant en compte les compteurs installés depuis 2003 ;
- le cas échéant, le tribunal pourra ordonner la réalisation d'une expertise afin d'évaluer ce préjudice ;
- les intérêts seront calculés selon le taux moyen mensuel du marché monétaire ;
- le lien de causalité est établi ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité quasi-contractuelle de la commune de Saint-Affrique est engagée ;
- à titre très subsidiaire, la responsabilité quasi-délictuelle de la commune est engagée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2021, la commune de Saint-Affrique, représentée par Me Février, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Véolia Eau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 24 du traité d'affermage dispose que les compteurs sont fournis et posés par le fermier aux frais des abonnés et font partie intégrante de l'affermage ; la prise en charge des compteurs est assurée aux frais des abonnés et le fermier est déjà rémunéré ;
- seul l'avenant n°3 a prévu que les compteurs sont la propriété du fermier, si bien que seuls les compteurs posés après cette date, soit à compter du 27 septembre 2005, peuvent être pris en compte ;
- les compteurs mis en service après le 27 septembre 2005 doivent être considérés comme des biens de reprise, et non comme des biens de retour, compte tenu du droit de propriété reconnu au fermier ;
- l'indemnisation des biens de reprise se fait donc par principe à hauteur de la valeur nette comptable, ce qui est également le cas en ce qui concerne les biens de retour non amortis ;
- par un courrier du 15 mars 2019, elle a souhaité vérifier la réalité de la créance et obtenir le détail des compteurs concernés par la demande de Véolia ; le tableau produit par Véolia tient compte des années 2004 et 2005 alors que seuls les compteurs installés depuis le 27 septembre 2005 peuvent être pris en compte ;
- Véolia ne justifie pas le nombre de compteurs implantés, ne produit pas les factures d'acquisition, ordres de services ou rapport annuel du délégataire ; elle n'indique pas le prix neuf des compteurs en cause ; la valeur non amortie ne doit pas tenir compte des frais de pose qui sont payés par les abonnés ;
- la méthode d'amortissement est problématique dès lors qu'il n'existe pas de durée standard d'amortissement des compteurs d'eau ; la durée de 14 ans n'est pas justifiée ; la durée de 14 ans est une moyenne entre les petits compteurs qui auraient un amortissement de 15 ans, et les gros compteurs dont la durée est de 7 à 10 ans ;
- son refus de paiement provient donc bien d'une absence de justificatifs par Véolia des éléments de nature à établir la réalité de la créance dont elle se prévaut, et non d'une méconnaissance de ses obligations contractuelles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
- les observations de Me Rigeade, représentant la société Véolia Eau ;
- et les observations de Me Vigo, substituant Me Février, représentant la commune de Saint-Affrique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un traité d'affermage du 14 décembre 1992, la commune de Saint-Affrique a confié à la société devenue Véolia Eau, la gestion du service public de la distribution d'eau potable pour une durée de 25 ans, à compter du 1er janvier 1993. Un avenant n°3 a pris effet le 27 septembre 2005 en modifiant notamment à son article 16 le " régime des compteurs ". Le traité d'affermage a pris fin le 31 décembre 2017. Par un courrier du 17 janvier 2019, la société Véolia Eau a demandé le paiement de la part non-amortie du parc de compteurs d'eau à hauteur de 137 091,87 euros HT. Elle a renouvelé sa demande le 5 juillet 2019 en diminuant le montant sollicité à 134 838 euros HT, soit 161 805,60 euros TTC. Par sa requête, la société Véolia Eau demande le paiement de cette dernière somme.
Sur la responsabilité contractuelle :
2. En premier lieu, dans le cadre d'une concession de service public mettant à la charge du cocontractant les investissements correspondant à la création ou à l'acquisition des biens nécessaires au fonctionnement du service public, l'ensemble de ces biens, meubles ou immeubles, appartient, dans le silence de la convention, dès leur réalisation ou leur acquisition à la personne publique. Le contrat peut attribuer au concessionnaire, pour la durée de la convention, la propriété des ouvrages qui, bien que nécessaires au fonctionnement du service public, ne sont pas établis sur la propriété d'une personne publique, ou des droits réels sur ces biens, sous réserve de comporter les garanties propres à assurer la continuité du service public, notamment la faculté pour la personne publique de s'opposer à la cession, en cours de concession, de ces ouvrages ou des droits détenus par la personne privée.
3. En deuxième lieu, à l'expiration de la convention, les biens qui sont entrés, en application de ces principes, dans la propriété de la personne publique et ont été amortis au cours de l'exécution du contrat font nécessairement retour à celle-ci gratuitement, sous réserve des clauses contractuelles permettant à la personne publique, dans les conditions qu'elles déterminent, de faire reprendre par son cocontractant les biens qui ne seraient plus nécessaires au fonctionnement du service public. Le contrat qui accorde au concessionnaire, pour la durée de la convention, la propriété des biens nécessaires au service public autres que les ouvrages établis sur la propriété d'une personne publique, ou certains droits réels sur ces biens, ne peut, sous les mêmes réserves, faire obstacle au retour gratuit de ces biens à la personne publique en fin de concession.
4. En troisième lieu, lorsque la convention arrive à son terme normal ou que la personne publique la résilie avant ce terme, le concessionnaire est fondé à demander l'indemnisation du préjudice qu'il subit à raison du retour des biens à titre gratuit dans le patrimoine de la collectivité publique, en application des principes énoncés ci-dessus, lorsqu'ils n'ont pu être totalement amortis, soit en raison d'une durée du contrat inférieure à la durée de l'amortissement de ces biens, soit en raison d'une résiliation à une date antérieure à leur complet amortissement. Lorsque l'amortissement de ces biens a été calculé sur la base d'une durée d'utilisation inférieure à la durée du contrat, cette indemnité est égale à leur valeur nette comptable inscrite au bilan. Dans le cas où leur durée d'utilisation était supérieure à la durée du contrat, l'indemnité est égale à la valeur nette comptable qui résulterait de l'amortissement de ces biens sur la durée du contrat. Si, en présence d'une convention conclue entre une personne publique et une personne privée, il est loisible aux parties de déroger à ces principes, l'indemnité mise à la charge de la personne publique au titre de ces biens ne saurait en toute hypothèse excéder le montant calculé selon les modalités précisées ci-dessus.
5. Aux termes de l'article 24 du traité d'affermage du traité du 14 décembre 1992, en ce qui concerne les compteurs d'eau : " () Ils sont fournis et posés par le fermier aux frais des abonnés, selon les conditions du bordereau prévu à l'article 36 et précitées par le réglement du service. Ils font partie intégrante de l'affermage. (). S'ils appartiennent aux abonnés et tant qu'ils ne sont pas amortis, les compteurs sont maintenus en service, à condition qu'ils assurent un comptage correct. Ils sont entretenus et renouvelés par le fermier ; les frais correspondants sont intégrés au prix de l'eau ". Et aux termes de l'article 16 de l'avenant du 27 septembre 2005 modifiant l'article 24 précité : " les compteurs sont la propriété du Fermier. () ".
6. Il résulte des dispositions contractuelles précitées que les compteurs installés du 1er janvier 1993 au 26 septembre 2005 compris ont été facturés aux abonnés, incluant la fourniture du compteur et son installation contrairement à ce que soutient la société Véolia Eau, si bien que la requérante ne saurait demander une quelconque indemnisation au titre de ces compteurs, ainsi que l'oppose la commune de Saint-Affrique, dès lors qu'ils ne sont jamais rentrés dans son actif.
7. Par ailleurs, eu égard aux dispositions précitées aux points 2 à 4, la société Véolia Eau a ainsi droit au paiement de la part non amortie des compteurs installés entre le 27 septembre 2005 et le 31 décembre 2017 dont il est constant que Véolia en était propriétaire et qu'ils ont été conservés par la commune de Saint-Affrique au terme normale de la convention d'affermage.
Sur les préjudices :
8. Aux termes de l'article 53 du traité d'affermage : " () les installations d'affermage financées par le fermier, et faisant partie intégrante de l'affermage, seront remises à la collectivité, moyennant, si ces biens ne sont pas amortis, une indemnité calculée à l'amiable ou à dire d'expert, en tenant compte notamment des conditions d'amortissement de ces biens. Tout retard dans le versement des sommes dues donnera lieu à intérêts de retard calculés au taux moyen mensuel du marché monétaire. "
9. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation ".
10. Il est constant que l'indemnité sollicitée par Véolia Eau d'un montant de 161 805,60 euros TTC n'a pas été calculée selon les modalités prévues par les stipulations précitées. Elle ne saurait ainsi prétendre au paiement de cette somme. Toutefois, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des pièces produites par la société requérante, que l'ensemble des compteurs qu'elle a financés entre le 27 septembre 2005 et le 31 décembre 2017 aient été amortis au sens des stipulations précitées de l'article 53 du contrat d'affermage, il y a lieu d'ordonner une expertise aux fins indiquées ci-après, comme sollicitée par la société requérante.
D E C I D E :
Article 1er : Avant dire plus amplement droit sur les demandes indemnitaires de la société Véolia Eau, il sera procédé à une expertise comptable. L'expert aura pour mission, après avoir pris connaissance du nombre des compteurs financés par la société requérante entre le 27 septembre 2005 et le 31 décembre 2017 dans le cadre du contrat d'affermage qui liait la société Véolia Eau à la commune de Saint-Affrique et de leur valeur, d'évaluer la part non amortie de ces compteurs à la date du 31 décembre 2017 à laquelle ils ont été remis à la commune de Saint-Affrique, en tenant compte notamment des conditions d'amortissement de ces biens comme le prévoit l'article 53 dudit contrat.
Article 2 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 et suivants du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal. Il en notifiera des copies aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert n'établira un pré-rapport que s'il l'estime indispensable.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent arrêt, dont les frais d'expertise, sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à la Véolia Eau - Générale des Eaux et à la commune de Saint-Affrique.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
N. B
Le président,
E. Souteyrand La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 3 novembre 2022,
La greffière,
M. A
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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