lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2024266 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ANTHIAN-SARBATX |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par la SARL Stefser.
Par une requête, enregistrée le 24 août 2020, la SARL Stefser, représentée par Me Anthian-Sarbatx demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés portant sur les exercices clos les 31 décembre 2014 et 2015 auxquelles elle a été assujettie, ainsi que la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 18 février 2013 au 31 décembre 2015.
Elle soutient que :
- l'administration ne rapporte pas la preuve de la distribution de l'avis de vérification ;
- la durée de la vérification ne peut pas être calculée dès lors que l'administration ne
rapporte pas la preuve de sa dernière intervention sur place ;
- l'administration ne justifie pas des conditions de l'emport de documents ;
- la réforme de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a eu lieu entre sa saisine et la convocation à la séance, la formation initialement saisie aurait dû siéger ; le fait générateur de la compétence de la commission n'a pas été respecté, l'éloignement du lieu du nouveau siège de la commission a compliqué la désignation des représentants professionnels et l'administration devait l'informer des modifications engendrées par cette réforme ;
- le rejet de la comptabilité n'est pas justifié car l'argumentation du service sur l'enregistrement global des recettes est sommaire et non démonstrative, la motivation concernant l'inventaire des stocks est insuffisante et imprécise, et le vérificateur n'a pas démontré en quoi les enregistrements informatiques de la caisse enregistreuse seraient défaillants ;
- les motifs de droit qui sous-tendent les redressements liés aux véhicules immatriculés au nom de la société ne sont pas compréhensibles alors que l'opération ne semble pas interdite par le code général des impôts ;
- la reconstitution du chiffre d'affaires ne prend pas en compte les éléments fournis en cours de vérification.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n°2016-1918 du 29 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
1. La SARL Stefser exerce une activité de bar restaurant. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service a procédé au rejet de sa comptabilité et à une reconstitution de son chiffre d'affaire et de ses bénéfices. Le 3 février 2017, la société a saisi la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires de l'Ariège, qui a procédé au transfert de son dossier au profit de la nouvelle commission siégeant à Toulouse, laquelle a émis un avis favorable au rejet de sa comptabilité le 20 mars 2018. Le service a alors mis à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés portant sur les exercices clos les 31 décembre 2014 et 2015 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur au titre de la période du 18 février 2013 au 31 décembre 2015, dont la société demande la décharge, en droits et pénalités.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. ".
3. Si l'administration indique avoir adressé à la SARL Stefser un avis de vérification le 30 juin 2016, elle produit aussi un accusé de réception daté du 2 juillet 2016 ainsi qu'un courrier du 7 juillet 2016 par lequel M. A, dirigeant de la société, précise avoir bien reçu l'avis de contrôle fiscal. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le service ne rapporte pas la preuve de la distribution de l'avis de vérification, et ce moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " I- Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne: 1°Les entreprises industrielles et commerciales () II-4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois. () ". Ces dispositions, qui ont notamment pour objet d'alléger les contraintes que fait peser le contrôle fiscal sur la gestion des petites et moyennes entreprises, définissent, au bénéfice des contribuables qu'elles mentionnent, une garantie qui s'oppose à ce que le vérificateur poursuive, au-delà du délai qu'elles fixent à compter du début du contrôle, la vérification des livres ou documents comptables au sein de l'entreprise vérifiée ou, lorsqu'ils ont été apportés par le contribuable ou ont été emportés par le vérificateur avec l'accord du contribuable, dans les locaux de l'administration. La date à laquelle une vérification a débuté est, sauf preuve contraire, celle portée sur l'avis de vérification adressé ou remis au contribuable. La date à laquelle une vérification est achevée est une question de fait établie par l'instruction.
5. En l'espèce, il est constant que les opérations de vérification de comptabilité de la société ont débuté le 22 juillet 2016. Il résulte de l'instruction, et notamment des énonciations non contestées de la proposition de rectification du 21 octobre 2016, que la dernière intervention du vérificateur sur place s'est déroulée le 19 octobre 2016. Il s'ensuit que les dispositions de l'article L.52 du livre des procédures fiscales précitées n'ont pas été méconnues, sans qu'il ne puisse être exigé du service, contrairement à ce que prétend la requérante, de matérialiser la fin de ses interventions, notamment par le biais d'un procès-verbal. Dès lors, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, si la requérante fait valoir qu'elle s'oppose au principe de productions ultérieures de documents comptables, qu'elle considère réputés non emportés, sauf à justifier des conditions de l'emport, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, aux terme de l'article 1651 du code général des impôts : " Il est institué, dans le ressort de chaque tribunal administratif, une commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Elle est présidée par le président du tribunal administratif, par un membre de ce tribunal désigné par lui ou par un membre de la cour administrative d'appel désigné, à la demande du président du tribunal, par le président de la cour. Elle comprend en outre trois représentants des contribuables et deux représentants de l'administration ayant au moins le grade d'inspecteur divisionnaire ou d'inspecteur régional. Pour les matières visées aux articles 1651 A et 1651 B, l'un des représentants des contribuables est un expert-comptable. Le président a voix prépondérante. ". En outre, il résulte de l'article 90 de la loi de finances rectificative du 19 décembre 2016 que depuis le 1er septembre 2017, la compétence territoriale de cette commission ne correspond plus au ressort départemental mais à celui des tribunaux administratifs. Contrairement à ce qu'affirme la requérante, il ne résulte pas des termes de la loi que le législateur ait entendu instaurer une identité de composition entre les commissions saisies avant le 1er septembre 2017 et celles qui, issues de la réforme, procéderont à la convocation des contribuables et émettront un avis après transfert de leurs dossiers. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit d'obligation, pour le service, d'informer le contribuable des modifications engendrées par cette réforme. Dès lors, la requérante, qui en tout état de cause a bénéficié des garanties énoncées à l'article 1651 et aux articles suivants du code général des impôts, ne saurait se prévaloir d'un vice de procédure.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
8. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. ()"
En ce qui concerne le rejet de comptabilité :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'examen de comptabilité de la SARL Stefser a révélé que le détail des recettes n'était pas justifié, que les inventaires de stocks n'étaient pas détaillés, que les livres de caisse étaient dépourvus de valeur probante, que des opérations d'achat et de vente n'étaient pas comptabilisées, et que des marges demeuraient incohérentes. Il résulte également de l'instruction que le vérificateur a rappelé dans la proposition de rectification les obligations comptables d'une société avant de relever les anomalies constatées, ce de façon détaillée, contrairement à ce qu'affirme la requérante. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la motivation sur l'inventaire des stocks est suffisante et précise en ce qu'elle reproche l'absence de détail par quantité et par produit. Enfin, en relevant que les livres de caisses étaient tenus au crayon à papier, avec des totaux et reports de solde gommés, raturés et réécrits, le vérificateur n'a pu que démontrer la défaillance des enregistrements comptables. Ce faisant, le service apporte la preuve qui lui incombe de ce que la comptabilité de la SARL Stefser comporte de graves irrégularité. Dès lors que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, la charge de la preuve de l'exagération des impositions incombe à la requérante.
En ce qui concerne les plus-values non déclarées :
10. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que les motifs de droit qui sous-tendent les redressements liés aux véhicules immatriculés au nom de la société mériteraient d'être précisés alors que l'opération ne lui paraît pas interdite par le code général des impôts, la requérante, qui supporte la charge de la preuve, n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère exagéré du redressement qu'elle conteste.
En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires :
11. En dernier lieu, si la société affirme que le service, pour reconstituer le chiffre d'affaire, n'aurait pas pris en compte les données informatiques effectivement enregistrées ni les ventilations à opérer pour les consommations entre le bar et le restaurant, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que la méthode mise en œuvre par l'administration serait sommaire ou viciée dans son principe.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés portant sur les exercices clos les 31 décembre 2014 et 2015 auxquelles la SARL Stefser a été assujettie, et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 18 février 2013 au 31 décembre 2015 doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la SARL Stefser est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Stefser et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
La greffière,
G. Munoz
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 novembre 2022,
La greffière,
G. Munoz
gm
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026