jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2024400 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP TERRACOL-CABALET-NEROT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 avril 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a transmis au tribunal la requête présentée par la communauté de communes des Pyrénées Haut-Garonnaises.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 septembre 2020 et le 15 octobre 2020, la communauté de communes des Pyrénées Haut-Garonnaises, représentée par la SCP Mounielou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum l'Etat et la SMABTP à lui verser la somme de 53 931,84 euros au titre des dommages affectant un parc de stationnement de véhicules sur la commune de Guran ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la communauté de communes du canton de Saint-Béat a fait réaliser un parking pour véhicules sur la commune de Guran d'une surface de 150 m2 ; ce parking a été établi à l'arrière d'un ancien mur en pierres après édification d'un enrochement et réalisation de remblais puis mise en œuvre d'émulsions de bitume gravillonnées ;
- la mission de maitrise d'œuvre a été confiée à la direction départementale des territoires (DDT) de la Haute-Garonne ;
- le lot n°1 modernisation des travaux a été confié à l'entreprise Rouge Seguéla et le lot n°2 travaux sur ouvrage d'art a été confié à la société Fabro ; ces travaux ont été réceptionnés sans réserve le 2 mai 2006 par l'entreprise Rouge Seguéla ;
- en novembre 2011, a été constaté l'affaissement du sol du parking avec des fissures importantes dans le mur de soutènement ;
- par une ordonnance du 31 mars 2014, le tribunal administratif de Toulouse a désigné un expert, dont le rapport a été déposé le 8 décembre 2014 ;
- le 1er janvier 2017, la communauté de communes du canton de Saint-Béat est devenue la communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises ;
- le référé provision a été rejeté par le tribunal administratif de Toulouse le 4 janvier 2017 ;
- depuis l'entreprise Rouge Seguéla a été placée en liquidation judiciaire ;
- la responsabilité décennale des constructeurs, l'Etat, la SMABTP et la compagnie d'assurance Gan doit être engagée dès lors que l'ouvrage est impropre à sa destination en ce que le maire de Guran a été contraint d'interdire l'accès au parking sur la partie Est par un arrêté du 24 novembre 2011 ;
- les constructeurs seront condamnés in solidum au paiement de la remise en état ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité contractuelle de l'Etat, de la SMABTP et de la compagnie d'assurance Gan est engagée dès lors qu'ils ont manqué à leurs obligations ;
- le coût de remise en état a été évalué à 50 751,84 euros TTC, réactualisé à 53 931,84 euros TTC ;
- elle se désiste de ses conclusions dirigées contre la compagnie d'assurance GAN dès lors que le juge administratif n'est pas compétent pour en connaître.
Par un mémoire enregistré le 7 décembre 2020, la SMABTP, représentée par
Me Chevrel Barbier, conclut :
- au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la communauté de communes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, au rejet des demandes dirigées à son encontre et à ce que l'Etat et la compagnie d'assurance Gan soient condamnés solidairement à la garantir de toute condamnation ;
- à titre très subsidiaire, à considérer que les désordres litigieux engagent la responsabilité de l'Etat, du bureau d'études SaunieretAssociés et de la société Rouge Seguéla à part égale et en conséquence à ce que l'Etat et la compagnie d'assurance Gan soient condamnés solidairement à la garantir à hauteur des deux tiers des condamnations ;
- à ce que le montant des travaux soit ramené à de plus justes proportions en tenant compte notamment d'un coefficient de vétusté et en rejetant les demandes de réactualisation du coût des travaux ;
- à titre reconventionnel, à ce que l'Etat et la compagnie Gan soient condamnés à lui rembourser la somme de 14 396,85 euros TTC au titre des mesures conservatoires qu'elle a réglées en cours d'expertise et à tout le moins la somme de 9 597,90 euros TTC.
Elle soutient que :
- elle est l'assureur des sociétés Rouge Seguéla et Fabbro ;
- les travaux ont été réceptionnés sans réserves le 2 mai 2006 ;
- à titre principal, les conclusions dirigées à son encontre ne relèvent pas de la compétence du juge administratif ;
- à titre subsidiaire, l'expert impute le phénomène de déformation du parking à un défaut de conception et de suivi des travaux de la première phase imputable à la DDT, à un défaut de conception et de suivi des travaux de la seconde phase imputable au bureau d'étude SaunieretAssociés et à un défaut d'exécution des travaux d'enrochement en première phase et de remblaiement en seconde phase imputables à la SARL Rouge Seguéla ;
- les pièces contractuelles ne permettent pas d'imputer les travaux de remblaiement et de réalisation du revêtement du parking à la société Rouge Seguéla ; seuls les défauts d'exécution des travaux d'enrochement sont susceptibles d'engager la responsabilité de la société Rouge Seguéla, de sorte que sa part de responsabilité n'est qu'accessoire ;
- à titre superfétatoire, les travaux d'enrochement ne font pas partie des activités souscrites au contrat et ne sont donc pas assurés ;
- les demandes de la requérante dirigées à son encontre ne sont donc pas fondées et l'Etat et la compagnie d'assurance Gan, assureur du cabinet Saunier, seront condamnés solidairement à la garantir de toute condamnation ; à défaut, il conviendra de retenir un partage de responsabilité à part égale entre l'Etat, le cabinet Saunier et la société Rouge Seguela et en conséquence, l'Etat et la compagnie d'assurance Gan la garantiront de toute condamnation à hauteur des deux tiers ;
- en ce qui concerne les préjudices, les travaux de reprise d'un mur ancien situé en bordure de ruisseau pour la somme de 50 751,84 euros correspondent à une amélioration de l'existant et ne sauraient donc être pris en charge ; elle avait pour sa part évalué, en cours d'expertise, ces travaux à la somme de 15 120 euros ; à titre subsidiaire, compte tenu de l'ancienneté du mur près du ruisseau, il conviendra d'appliquer un coefficient de vétusté ;
- la requérante ne peut solliciter une réactualisation du coût des travaux dès lors qu'elle ne justifie pas avoir été dans l'impossibilité de réaliser les travaux depuis le dépôt du rapport d'expertise ;
- à titre reconventionnel, elle a pris en charge la suppression au mois de juillet 2014 des ouvrages exécutés pour un montant de 14 396,85 euros TTC ; l'Etat et la société Gan lui rembourseront cette somme, ou à tout le moins la somme de 9 5787,90 euros TTC correspondant aux deux tiers de cette somme compte tenu des fautes respectives.
Par un mémoire enregistré le 11 mai 2021, la compagnie d'assurance Gan, représentée par Me Cabalet prend acte du désistement partiel de la communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises la concernant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut :
- au rejet de la requête ;
- au rejet des demandes reconventionnelles de la SMABTP ;
- à titre subsidiaire, à ce que les sommes réclamées soient ramenées à de plus justes proportions ;
- de rejeter la demande de condamnation solidaire portant sur les travaux réalisés dans le cadre du marché de 2008.
Il soutient que :
- la DDT n'a été chargée que de la première phase de travaux consistant exclusivement en l'édification d'un enrochement de soutènement et au remblaiement partiel de la superficie de l'aire de stationnement ; ces travaux ont été réalisés par la société Rouge Séguéla et se sont achevés le 2 mai 2006 avec la réception de l'ouvrage sans réserve ;
- cette aire de parking n'étant prévue que pour accueillir des véhicules sur une partie congrue de la plateforme, le maire de la commune de Guran a demandé à la communauté de communes la réalisation de nouvelles opérations de remblaiement sur la totalité de cette aire ; l'Etat n'a pas été associé à cette seconde phase qui débuta en août 2008 et dont elle n'avait pas connaissance ; la maitrise d'œuvre de cette seconde phase a été réalisée par le cabinet SaunieretAssociés ; ce second chantier a consisté à porter la plate-forme à une altimétrie proche de celle située au droit de son accès, à la bitumer, à clore entièrement l'espace par un mur maçonné de pierre et à le surmonter d'un grillage de protection ;
- en novembre 2011, des fissures du revêtement bitumé sont apparues ;
- les demandes reconventionnelles de la SMABTP sont irrecevables dès lors qu'elles portent sur un litige distinct et que la SMABTP n'a pas adressé de réclamation préalable indemnitaire ;
- la prescription quadriennale est acquise ;
- le lien de causalité entre les désordres constatés et les travaux réalisés n'est pas établi ;
- il n'est pas démontré que les désordres seraient de nature décennale ; les travaux réalisés sous la maitrise d'œuvre de l'Etat n'ont jamais eu pour objet d'assurer le stationnement des véhicules sur l'ensemble de la plateforme soutenue par les enrochements mais seulement sur la partie la plus éloignée ; l'enrochement réalisé en 2006 n'avait pas pour fonction de supporter le poids considérable des travaux réalisés en 2008 et aucune note de calcul sur la capacité de l'existant à supporter ce poids supplémentaire n'a été réalisée ; l'Etat ne saurait être tenu de supporter l'entièreté des désordres ;
- à titre subsidiaire, il conviendra de minorer le montant des préjudices à seulement 15 120 euros TTC dès lors que les travaux préconisés améliorent grandement l'existant ; en outre, il conviendra de déduire du montant indemnisable le taux de compensation forfaitaire défini par l'article L. 1615-6 du code général des collectivités territoriales au titre du fonds de compensation de la TVA ;
- la requérante n'a pas droit à la réactualisation du montant des travaux et il conviendra d'appliquer un coefficient de vétusté ;
- la solidarité des condamnations ne saurait concerner l'Etat dès lors qu'il n'a pas participé au travaux de 2008.
Par un courrier du 8 octobre 2020, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la juridiction administrative est incompétente pour connaître de l'action directe contre l'assureur d'une personne privée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 17 décembre 2014, par laquelle le président du tribunal administratif de Toulouse a taxé les frais de l'expertise.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- et les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes du canton de Saint-Béat a souhaité réaliser une aire de stationnement sur la commune de Guran (31). En application d'une convention d'assistance technique de l'Etat pour des raisons de solidarité et d'aménagement du territoire conclue le 30 janvier 2004, la direction départementale de l'équipement de la Haute-Garonne a assuré la maitrise d'œuvre de ces travaux consistant en l'édification d'un enrochement de soutènement à l'arrière d'un ancien mur en pierres en bordure d'un ruisseau et au remblaiement partiel de la surface en matériaux de graves naturels, lesquels ont été réalisés par la société Rouge Séguéla. Ces travaux ont été réceptionnés sans réserves le 2 mai 2006. Afin d'agrandir l'aire de stationnement, la communauté de communes du canton de Saint-Béat a procédé à une deuxième phase de travaux en 2008, consistant à remblayer l'ensemble de la plateforme, la bitumer et à réaliser des murets de clôtures. La maitrise d'œuvre a été assurée par le cabinet SaunieretAssociés et les travaux ont été réalisés par la société Rouge Séguéla en ce qui concerne les travaux de terrassement et de revêtement et par la société Fabbro s'agissant du mur de couronnement maçonné. En novembre 2011, des fissures sont apparues sur le revêtement du parking et les murets de clôture. Par une ordonnance du 31 mars 2014, le tribunal administratif de Toulouse a désigné un expert dont le rapport a été déposé le 8 décembre 2014. La communauté de communes des Pyrénées Haut-Garonnaises, venant aux droits de la communauté de communes du canton de Saint-Béat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner in solidum l'Etat et la société SMABTP, assureur de la société Rouge Séguéla, à lui verser la somme réactualisée de 53 931,84 euros consistant à la réalisation d'un nouvel enrochement bétonné, à titre principal au titre de la responsabilité décennale et à titre subsidiaire au titre de la responsabilité contractuelle. A titre reconventionnel, la SMABTP demande la condamnation de l'Etat et de la société Gan, assureur du bureau d'étude Saunier, à lui verser la somme de 14 396,85 euros TTC au titre des mesures conservatoires réglées en cours d'expertise.
Sur le désistement partiel :
2. Dans son mémoire du 15 octobre 2020, la requérante se désiste de ses conclusions dirigées à l'encontre de la société d'assurances GAN. Ce désistement partiel est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
3. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait du juge administratif. Ainsi, la mise en cause dans la présente instance au fond de la SMABTP, assureur de la société Rouge Séguéla, par la communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises, et de la société Gan par la SMABP, au titre de l'appel en garantie, ne peuvent qu'être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur l'exception de prescription quadriennale opposée par l'Etat :
4. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". Aux termes de l'article 6 du même texte : " Les autorités administratives ne peuvent renoncer à opposer la prescription qui découle de la présente loi ". Aux termes, enfin, du premier alinéa de son article 7 : " L'Administration doit, pour pouvoir se prévaloir, à propos d'une créance litigieuse, de la prescription prévue par la présente loi, l'invoquer avant que la juridiction saisie du litige au premier degré se soit prononcée sur le fond ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions de la loi du 31 décembre 1968 que le point de départ de la prescription quadriennale est la date à laquelle la réalité et l'étendue des préjudices ont été entièrement révélées et où la victime est en mesure, d'une part, de connaître l'origine de ce dommage, ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration, d'autre part, d'en demander réparation.
5. Il résulte de l'instruction que la réalité et l'étendue des désordres touchant l'aire de stationnement ont été pleinement révélées par le dépôt du rapport d'expertise le 8 décembre 2014 et qu'en conséquence, le délai de prescription quadriennale a commencé à courir pour la première fois le 1er janvier 2015. Toutefois, dans ce délai de quatre ans, la communauté de communes a engagé un référé provision enregistré le 7 décembre 2016 au greffe du tribunal administratif de Toulouse qui a été rejeté le 4 janvier 2017. Ainsi ce recours juridictionnel a interrompu le délai de prescription qui n'a recommencé à courir qu'à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée, soit en l'espèce le 1er janvier 2018. Par suite, la prescription quadriennale n'était pas acquise à la date du 3 juin 2020, date de la réclamation préalable adressée à l'Etat et à la date du 3 septembre 2020 d'enregistrement au greffe du tribunal administratif de Toulouse de la présente requête. Par suite, l'exception de prescription opposée par l'Etat doit être écartée.
Sur la responsabilité :
6. Selon les principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs, les désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent la responsabilité de ces constructeurs, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
En ce qui concerne les désordres :
7. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que l'aire de stationnement en litige présentait un affaissement de la partie nord-est du sol bitumé du parking avec l'apparition de trous et de fentes, des ruptures des murets, une déformation de l'enrochement et de l'ancien mur de maçonnerie bordé par un ruisseau, lesquels désordres se sont accentués en cours d'expertise, au point que l'expert a ordonné l'étaiement de l'ancien mur afin de prévenir un début de basculement de l'ensemble. Malgré cet étaiement, les désordres précités se sont aggravés et l'expert a prescrit la démolition de l'enrochement, ce qui a été réalisé en juillet 2014. Si l'expert n'indique pas expressément que la solidité de l'aire de stationnement a été compromise, il résulte toutefois de l'instruction que la réalisation de telles mesures d'urgence l'établit implicitement. Par suite, les désordres précités sont de nature décennale et la responsabilité des constructeurs est engagée à ce titre.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
8. Il résulte de l'instruction que, sous la maitrise d'œuvre de l'Etat, la société Rouge Séguéla a réalisé en 2005/2006 un enrochement sur la partie arrière d'un ancien mur en bordure d'un ruisseau, mais qu'une partie seulement de la surface de l'aire de stationnement a été remblayée laissant ainsi une forte pente jusqu'au pied de l'enrochement dont la face interne était en grande partie visible, si bien que cet enrochement ne supportait qu'un poids réduit et ne servait pas de soutènement. Par ailleurs, seule la partie la plus éloignée de l'enrochement servait initialement au stationnement de véhicule et la surface n'était pas recouverte de bitume, mais de graves naturels. Toutefois, l'expert, qui indique qu'il existe une " totale et évidente inadéquation du type de l'ouvrage réalisé avec la configuration des lieux " et note que la réalisation de l'enrochement a eu pour effet d'appliquer des efforts verticaux et horizontaux très importants sur l'ancien mur, qui est devenu de fait un mur de soutènement de l'enrochement, précise qu'aucune étude technique pour un tel positionnement ne lui a été communiquée. Il apparait ainsi que la réalisation de cet enrochement était inadaptée dès cette première phase et que le lien de causalité entre les travaux de 2006 et la déformation de l'enrochement est ainsi établi. En conséquence, l'Etat doit être considéré comme constructeur de l'ouvrage au sens de la garantie décennale. Ensuite, il résulte de l'instruction que, dans une deuxième phase de travaux réalisés en 2008 sous la maitrise d'œuvre du cabinet SaunieretAssociés, il a été procédé à des travaux de remblaiement total de l'aire de stationnement jusqu'au sommet de l'enrochement par l'ajout de 89 m3 de remblais et 192 m2 d'enrobés tricouches, sans étude technique sur la capacité de l'existant à supporter une charge supplémentaire. Ainsi, cet ajout de remblais a provoqué une poussée, inexistante jusqu'alors, sur l'enrochement aggravant fortement les forces transmises sur l'ancien mur maçonné à proximité du ruisseau et conduisant au basculement de l'ensemble de l'ouvrage. Si l'expert retient une imputabilité égale entre l'Etat au titre de sa mission de maitrise d'œuvre lors de la première phase, le bureau d'études Saunier et Associés, en sa qualité de maitre d'œuvre de la deuxième phase, et la société Rouge Séguéla, qui a réalisé les travaux d'enrochement et de remblais lors des deux phases, dès lors que les ouvrages réalisés pendant les deux phases de travaux sont bien en cause dans la survenance des désordres, il résulte toutefois de ce qui vient d'être dit que l'enrochement réalisé lors de la première phase n'avait pas vocation à devenir le soutènement de l'aire de stationnement dans sa dimension issue des travaux de 2008, auxquels la DDE n'a pas participé et pour lesquels elle n'a d'ailleurs pas été consultée, et que le seul intervenant commun est la société Rouge Séguéla qui a réalisé les travaux lors des deux phases et aurait ainsi dû alerter la maitrise d'œuvre lors de la deuxième phase. Ainsi, il résulte de l'instruction que les désordres en litige sont imputables à 50% à la société Rouge-Séguéla, à 35% au cabinet Saunier et à 15% à l'Etat, lesquels sont tous trois constructeurs de l'ouvrage réalisé au sens de la garantie décennale.
9. Il résulte de ce qui précède, et en l'absence de conclusions dirigées à l'encontre de la société Rouge-Séguéla et du cabinet Saunier, que la communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises est fondée à demander la condamnation de l'Etat pour obtenir le paiement de l'intégralité du préjudice, seul constructeur partie au litige, sur le fondement de la responsabilité décennale.
Sur le préjudice :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert considère que les travaux propres à remédier aux désordres consistent à supprimer les ouvrages exécutés pour la réalisation du parking, ce qui a été réalisé en cours d'expertise et pris en charge par la SMABTP, et à réparer le mur de soutènement ancien en bordure de ruisseau. Si la communauté de communes demande le paiement d'une somme correspondant au devis de la société SODECIBA du 29 septembre 2014 consistant à la réalisation d'un nouvel enrochement bétonné de l'ancien mur, il résulte de l'instruction que l'expert considère cette solution technique comme une amélioration de l'existant non nécessaire. Et, si l'expert n'indique pas expressément quelle solution technique serait la plus appropriée et son montant, il n'invalide pas la proposition technique de la SMABTP dans le dire du 26 novembre 2014 qui préconise de réaliser un chaînage horizontal sur toute la partie haute du mur tenu par des tirants d'ancrage, travaux chiffrés à 15 120 euros TTC.
11. En deuxième lieu, cette solution n'ayant pas pour objet de reconstruire le mur ni de procéder à une remise à neuf, il n'y a pas lieu d'appliquer un quelconque coefficient de vétusté.
12. En troisième lieu, le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître de l'ouvrage ne relève d'un régime fiscal qui lui permet normalement de déduire tout ou une partie de cette taxe de celle dont il est redevable à raison de ses propres opérations. Il appartient aux constructeurs mis en cause d'apporter au juge tout élément de nature à remettre en cause la présomption de non assujettissement des collectivités territoriales à la taxe sur la valeur ajoutée et à établir que le montant de celle-ci ne devait pas être inclus dans le montant du préjudice indemnisable. Alors même que l'Etat demande que le montant de la réparation soit évalué hors taxes, il ne remet pas en cause la présomption de non assujettissement de la communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises. Par suite, l'Etat n'est pas fondé à demander à ce que la TVA soit déduite du montant indemnisable en application de l'article L. 1615-5 du code général des collectivités territoriales.
Sur les conclusions à titre reconventionnel :
13. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction administrative ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée./ Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
14. La SMABTP demande la condamnation de l'Etat à lui verser le montant des travaux de destruction de l'enrochement réalisés en juillet 2017 en cours d'expertise à titre conservatoire. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'elle aurait présenté une demande préalable d'indemnisation au préfet de la Haute-Garonne, ayant donné lieu à une décision expresse ou implicite prise par l'administration. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'absence de liaison du contentieux, doit être accueillie. Dès lors, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les demandes d'appel en garantie :
15. En l'absence de toute condamnation prononcée à son encontre, les conclusions d'appel en garantie présentées par la SMABTP sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais d'expertise :
16. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".
17. Les frais et honoraires d'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 5 391,50 euros TTC par une ordonnance du président du tribunal administratif de Toulouse en date du 17 décembre 2014, qui les a mis à la charge de la communauté de communes de Saint-Béat. Il y a lieu, en application de ces dispositions et de tout ce qui précède de mettre les mettre à la charge définitive de l'Etat.
Sur les frais liés au litige :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à chaque partie le charge des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions présentées par la commune de communes Pyrénées Haut-Garonnaises à l'encontre de la société GAN.
Article 2 : Les conclusions présentées à l'encontre de la SMABTP, assureur de la société Rouge Séguéla, par la communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises et de la société Gan par la SMABP au titre de l'appel en garantie sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à la communauté de communes Pyrénées Haut-Garonnaises la somme de 15 120 euros TTC.
Article 4 : Les frais et honoraires d'expertise taxés et liquidés à la somme de 5 391,50 euros TTC par une ordonnance du président du tribunal administratif de Toulouse sont mis à la charge définitive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la communauté de communes des Pyrénées Haut-Garonnaises, à la société SMABTP, à la compagnie Gan Assurance et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
N. A
Le président,
E. Souteyrand La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 13 octobre 2022.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026