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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2024405

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2024405

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2024405
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par M. A.

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2020, M. B A, représenté par Me Sérée de Roch, demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution, d'une part, des sommes correspondant à des prélèvements forfaitaires réalisés au titre des années 2016 et 2017, et, d'autre part de la totalité des prélèvements sociaux correspondants établis au titre de l'année 2017.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, le prélèvement forfaitaire non libératoire de 21% supporté par les dividendes distribués à son profit ouvrait droit à une restitution d'impôt sur les revenus perçus en 2016 et en 2017 ; à défaut ces dividendes ont été soumis à une double imposition ;

- à titre subsidiaire, en tant que résident fiscal espagnol au titre des années 2016 et 2017, les dividendes perçus ne devaient pas être assujettis au prélèvement forfaitaire non libératoire de 21% ;

- les dividendes perçus ne devaient pas être assujettis aux prélèvements sociaux au titre de l'année 2017, tant en vertu du droit interne qu'en vertu de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne.

Par mémoire, enregistré le 11 mai 2021, le directeur départemental des finances publiques de Haute Garonne conclut au non-lieu à statuer à concurrence des dégrèvements accordés le 10 mai 2021 à hauteur de 28 552 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, résident fiscal espagnol, est président et associé de la SAS La Boutique du Tracteur dont le siège est établi en France. La société a décidé de lui distribuer les sommes de 85 635 euros en 2016 et 108 900 euros en 2017. A ce titre, elle a versé un prélèvement forfaitaire au taux de 21%, soit 17 983 euros pour l'année 2016 et 22 869 euros pour l'année 2017, ainsi que des prélèvements sociaux à hauteur de 13 275 euros pour 2016 et 16 880 euros pour 2017. M. A a souscrit ses déclarations de revenus auprès du centre des non-résidents en reportant le montant du prélèvement acquitté par la société pour sa quote-part de revenus distribués en vue de bénéficier d'un crédit d'impôt, qui ne lui a pas été octroyé par l'administration fiscale. M. A a alors formé une réclamation préalable le 12 décembre 2019, implicitement rejetée par l'administration. Il demande la restitution, d'une part, des sommes correspondant à ces prélèvements forfaitaires réalisés au titre des années 2016 et 2017, et, d'autre part de la totalité des prélèvements sociaux correspondants établis au titre de l'année 2017.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 10 mai 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur des finances publiques du département de Haute Garonne a prononcé des dégrèvements à hauteur de 5 138 euros pour le prélèvement forfaitaire de l'année 2016, de 6 534 euros pour le prélèvement forfaitaire de l'année et 2017 et de 16 880 euros pour les prélèvements sociaux de l'année 2017. Dès lors, les conclusions présentées sont, à concurrence de ces dégrèvements, devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article 117 quater du code général des impôts alors en vigueur : " I.-1. Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B qui bénéficient de revenus distribués mentionnés aux articles 108 à 117 bis et 120 à 123 bis sont assujetties à un prélèvement au taux de 21 %. () Ce prélèvement s'impute sur l'impôt sur le revenu dû au titre de l'année au cours de laquelle il a été opéré. S'il excède l'impôt dû, l'excédent est restitué. " Aux termes du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts : " Les produits visés aux articles 108 à 117 bis donnent lieu à l'application d'une retenue à la source dont le taux est fixé par l'article 187 lorsqu'ils bénéficient à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France, () ". Le 1 de l'article 187 de ce code en vigueur dispose que : " () le taux de la retenue à la source prévue à l'article 119 bis est fixé à 21 % pour les revenus de la nature de ceux éligibles à l'abattement prévu au 2° du 3 de l'article 158 lorsqu'ils bénéficient à des personnes physiques qui ont leur domicile fiscal hors de France dans un Etat membre de l'Union européenne (). ". Aux termes de l'article 10 de la convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995 : " 1. Les dividendes payés par une société qui est un résident d'un État contractant à un résident de l'autre État contractant sont imposables dans cet autre État. 2. a) Les dividendes mentionnés au paragraphe 1 sont aussi imposables dans l'État contractant dont la société qui paie les dividendes est un résident, et selon la législation de cet État, mais si la personne qui reçoit les dividendes en est le bénéficiaire effectif, l'impôt ainsi établi ne peut excéder 15 pour cent du montant brut des dividendes () ".

4. En premier lieu, il est constant que M. A avait la qualité de résident fiscal espagnol au cours des années 2016 et 2017. Dès lors, il ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 117 du code précitées, qui ne lui sont pas applicables, en vue d'obtenir la restitution des prélèvements supportés par les dividendes versés à son profit par la SAS La Boutique du Tracteur. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les revenus ainsi distribués n'ont pas été imposés à l'impôt sur le revenu de M. A, dès lors que les prélèvements appliqués aux revenus de capitaux mobiliers des non-résidents fiscaux sont libératoires de l'impôt sur le revenu. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dividendes versés par la SAS La Boutique du Tracteur ont été soumis à une double imposition et ouvraient droit à une restitution sous forme de crédit d'impôt.

5. En second lieu, il résulte des dispositions combinées énoncées au point 3 que les revenus distribués au profit de M. A par la SAS La Boutique du Tracteur en 2016 et en 2017 étaient assujettis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu sous forme de retenue à la source au taux de 15%. La société ayant acquitté à tort une imposition forfaitaire au taux de 21 %, le service a procédé à un dégrèvement partiel de 11 672 euros correspondant à la différence de taux. Dès lors, c'est à bon droit que le service a procédé à une retenue à la source au taux de 15%, et le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions présentées par M. A doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions du recours à concurrence des dégrèvements de 28 552 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 décembre 202Le greffier,

F. Balicki

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