jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2024529 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LERIDON LACAMP |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par la société Pacifica.
Par une requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 11 septembre 2020 et le 11 octobre 2021, la société Pacifica, représentée par Me Leridon, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Puylaurens à lui verser la somme de 76 690,93 euros en remboursement de l'indemnisation versée à leurs assurés au titre du sinistre affectant leur maison d'habitation ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Puylaurens la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- M. et Mme B, assurés par la société Pacifica, sont propriétaire de leur maison d'habitation située sur la commune de Puylaurens ; ils ont signalé à la mairie en 2012 un écoulement d'eau dans leur garage mais aucune mesure n'a été prise ; le mur enterré situé au droit de l'impasse Suzon de Terson s'est effondré le 26 avril 2013 ; une expertise amiable a été réalisée ;
- la commune de Puylaurens a saisi le tribunal administratif de Toulouse pour solliciter une expertise dans le cadre d'une procédure de péril imminent ; M. C a été désigné expert ;
- un arrêté de péril imminent a été pris le 28 juin 2013 ordonnant la réalisation de divers travaux ;
- les époux B ont saisi le tribunal de grande instance de Castres afin que la société Pacifica prennent en charge les travaux sur le fondement du contrat d'assurance, et afin qu'une expertise soit réalisée ; le jugement du 13 février 2013 du TGI de Castres accorde le versement d'une provision et la réalisation d'une expertise pour estimer le coût de reconstruction ; M. D est désigné expert ; cette expertise est bien opposable à la commune, car c'est elle qui s'est opposée à l'extension de l'expertise en soulevant l'incompétence du tribunal de grande instance ; par ailleurs, la commune a bien participé à l'expertise les 17 avril et 22 mai 2014 et le 24 juin 2015 ;
- parallèlement, les époux B ont saisi le tribunal administratif de Toulouse afin que soit ordonnée la réalisation d'une expertise ; M. E a été désigné expert et a déposé son rapport le 5 janvier 2016 ; elle n'a pas été attraite à cette expertise ;
- par un jugement du 15 mars 2018, le tribunal de grande instance de Castres l'a condamnée à verser aux époux B la somme totale de 75 690,93 euros ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Puylaurens est engagée à raison de la qualité de tiers des époux B à un ouvrage public, en l'espèce la rue Suzon de Terson dont le revêtement vétuste favorise la concentration anormale des infiltrations dans le sol lors des pluies ;
- elle est subrogée dans les droits de ses assurés à hauteur de 75 690,93 euros TTC ;
- les préjudices demandés dans la présente instance sont distincts de ceux du jugement du 22 février 2018 du tribunal administratif de Toulouse ;
- aucun expert n'établit de lien entre l'état de l'immeuble et le sinistre ; aucune faute des époux B n'a été retenue par le tribunal administratif de Toulouse ;
- l'expert a considéré que la fermeture des caves était nécessaire à la consolidation de l'immeuble et entre bien dans les travaux de réparation ;
- la somme de 10 560 euros TTC quant à la couture de l'ange ouest de l'immeuble a été justifiée par devis dans le cadre de l'expertise et retenue par le TGI de Castres ; les époux B ont bien communiqué des devis pour la reprise des escaliers et du mur de la cage d'escalier ;
- concernant les travaux de reprise intérieurs, ils ont bien indiqué à l'expert que son chiffrage était insuffisant et le TGI de Castres a retenu le montant des quatre devis produits pour les postes retenus par l'expert ;
- concernant le préjudice de jouissance et les frais de procédure, son refus initial était fondé sur les analyses du cabinet Saretec qui considérait les désordres comme étant la conséquence de poussées hydrostatiques générées par la saturation des nappes phréatiques ; par ailleurs, les époux avaient signalé en 2012 l'arrivée d'eau dans leur garage sans que la commune n'agisse ;
- concernant les frais de procédures, les sommes demandées dans le cadre de la procédure civile et la procédure administrative sont distinctes ;
- le coefficient de vétusté ne saurait être appliqué dès lors que les consorts B ont droit à une réparation intégrale.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 février 2021 et le 28 janvier 2022, la commune de Puylaurens, représentée par la SCP Bouyssou et Associés, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à ce que la condamnation soit limitée à la somme de 37 775,14 euros TTC ;
- à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Pacifica au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- par une ordonnance du 16 décembre 2015, le juge de la mise en l'état du tribunal de grande instance de Castres a refusé d'étendre l'expertise réalisé par M. D à la commune de Puylaurens, sur la demande de la société Pacifica, en considérant que l'action en responsabilité d'une personne publique résultant de travaux publics relève de la compétence du juge administratif ; ainsi, le rapport d'expertise de M. D ne lui est pas opposable ;
- par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 22 septembre 2015, elle a été condamnée à verser aux époux B une somme de 1 000 euros pour les préjudices subis et la prise en charge des frais d'expertise pour un montant de 6 569,40 euros ;
- dès lors qu'elle n'a pas été associée à l'expertise réalisée par M. D, ni son rapport d'expertise, ni la décision du tribunal de grande instance de Castres du 15 mars 2018 qui se fonde sur celui-ci, ne lui est opposable ; elle n'a pas pu apporter des remarques pendant l'expertise de nature à influer sur les réponses à ses missions ; elle n'a pas été en mesure de contester le chiffrage de la solution réparatoire ;
- à titre principal, la société Pacifica ne demande dans ses conclusions que la somme de 70 750,93 euros et a ainsi renoncé à demander la somme de 76 690,93 euros de la réclamation préalable ; par ailleurs l'autorité de la force jugée du jugement du tribunal administratif de Toulouse du 22 février 2018 fait obstacle à ce qu'elle soit de nouveau condamnée ;
- les sommes demandées par Pacifica sont disproportionnées ; les désordres sont la conséquence d'un manque d'entretien des époux B de leur bâtisse ; la vétusté, voire même l'état d'abandon de l'immeuble des époux B a participé à l'effondrement du mur enterré ; la responsabilité de la commune sera ainsi diminuée ;
- le montant de la condamnation sera diminué afin de tenir compte d'un coefficient de vétusté de 25% ;
- le montant des préjudices n'est pas justifié ; la somme de 5 590,75 euros au titre de la fermeture des caves ne correspond ni au trouble de jouissance des assurés, ni au coût des travaux de reprise des désordres ; ces caves n'appartiennent pas aux époux B ;
- le préjudice de jouissance a déjà été réparé par le jugement du tribunal administratif de Toulouse du 22 février 2018 qui a condamné la commune à verser 1 000 euros résultant de l'effondrement du mur de leur maison ; par ailleurs ce préjudice de jouissance indemnisé dans le jugement du tribunal de grande instance de Castres est directement imputable au refus de garantie de la compagnie Pacifica au titre du contrat d'assurance habitation ;
- le préjudice relatif au temps consacré à la procédure ne saurait être indemnisé dès lors que ce chef de préjudice a déjà été indemnisé par le jugement du tribunal administratif de Toulouse ; par ailleurs ce préjudice de jouissance indemnisé dans le jugement du tribunal de grande instance de Castres est directement imputable au refus de garantie de la compagnie Pacifica au titre du contrat d'assurance habitation ;
- le montant du préjudice au titre des travaux de reprise extérieurs, l'escalier et le mur mitoyen ne saurait être indemnisé dès lors que l'expert ne chiffre que les travaux de couture de l'angle ouest de l'immeuble à 10 560 euros TTC ; par ailleurs, et même si ce préjudice a été indemnisé par le tribunal de grande instance de Castres, il est parfaitement injustifié que cette juridiction ait accédé à cette demande ;
- en ce qui concerne les travaux de reprise intérieurs de l'immeuble, l'expert D avait évalué ces travaux à 14 940 euros TTC, alors que le tribunal de grande instance de Castres a finalement retenu une somme de 25 291,38 euros TTC ; la société Pacifica n'a pas contesté ces chiffrages ni dans son principe ni dans son quantum devant le TGI de Castres ;
- la société Pacifica ne justifie pas que les époux B aurait informé la commune des arrivées d'eau dans leur garage en 2012 ; au contraire, la commune a mis en œuvre les procédures de périls imminents pour permettre de sécuriser le bâtiment ; il incombait bien à la société Pacifica de prendre en charge les travaux ;
- la somme de 5 000 euros au titre des frais de procédure au titre de l'article 700 du code de procédure civile ne saurait être pris en charge dès lors qu'elle demande déjà une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, la condamnation sera limitée à 35 775,14 euros TTC après application d'un coefficient de vétusté de 25%.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
- les observations de Me Bonnel, représentant la commune de Puylaurens.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires d'un immeuble situé 27 avenue de Castres à Puylaurens. Le 24 avril 2013, cet immeuble a fait l'objet d'un sinistre au cours duquel une partie du mur porteur enterré du rez-de-chaussée, côté impasse dite Suzon de Terson, s'est effondrée. Un arrêté de péril imminent a été pris par le maire de la commune de Puylaurens le 28 juin 2013 à la suite du rapport de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif de Toulouse le 25 juin 2013. Cet arrêté de péril prescrivait la réalisation de divers travaux. La société Pacifica, assureur des époux B, a refusé de les prendre en charge. Par un jugement du 13 février 2014, le tribunal de grande instance (TGI) de Castres a condamné la société Pacifica à verser à M. et Mme B une provision de 29 974,15 euros TTC et a ordonné la réalisation d'une expertise. Ce jugement a été confirmé par la Cour d'appel de Toulouse qui a augmenté la provision de 13 976,45 euros TTC. Le rapport de l'expertise ordonnée par le TGI de Castres a été déposé le 5 janvier 2016. Par un jugement du 15 mars 2018, le TGI de Castres a condamné la société Pacifica à leur verser la somme totale de 76 690,93 euros, comprenant notamment les frais des travaux de reprise. Parallèlement, les époux B avaient saisi le tribunal administratif de Toulouse qui a ordonné la réalisation d'une nouvelle expertise le 10 octobre 2014 afin de déterminer les causes du sinistre. L'expert a déposé son rapport le 10 août 2015. Par un jugement du 22 février 2018, le tribunal administratif de Toulouse a condamné la commune de Puylaurens à leur verser la somme de 1 000 euros au titre des préjudices de jouissance et mis à la charge de la commune les frais de l'expertise qu'il a ordonnée. Subrogé dans les droits de ses assurés au titre d'un contrat d'assurance habitation, la société Pacifica demande par sa requête la condamnation de la commune de Puylaurens à lui verser la somme de 76 690,93 euros TTC.
Sur la responsabilité :
2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. La victime doit toutefois apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'elle allègue avoir subis, et de l'existence d'un lien de causalité entre cet ouvrage et lesdits préjudices. Le maitre d'ouvrage ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.
3. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
4. Si la société Pacifica indique ne pas avoir été attraite à la mission d'expertise ordonnée par le tribunal administratif de Toulouse et que la commune de Puylaurens indique ne pas avoir participé pour sa part à l'expertise ordonnée par le tribunal de grande instance de Castres, il résulte toutefois de l'instruction que ces deux rapports d'expertise sont produits dans le cadre de la présente instance permettant aux parties de contredire utilement leurs constats. En tout état de cause, les deux rapports d'expertise s'accordent à considérer que l'effondrement du mur de la maison d'habitation le 28 juin 2013, inoccupée à cette date, est la conséquence exclusive de l'infiltration d'eau en raison de fissures et lézardes des revêtements de l'impasse Suzon de Terson, à laquelle s'ajoutent les venues d'eau des réseaux d'évacuation des eaux de pluies, notamment du collecteur central qui n'est pas étanche, ainsi que l'a déjà jugé le tribunal administratif de Toulouse le 22 février 2018. Il apparaît également que la maison des époux B se situe en partie basse du collecteur et donc dans la partie la plus chargée en eau et que le niveau de la chaussée de l'impasse se situe au-dessus du niveau le plus bas de la maison de M. et Mme B. Ensuite, il résulte du rapport de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif de Toulouse que le mur qui s'est effondré, de cette bâtisse ancienne, ne subissait à l'origine que la poussée de la terre existant sous la rue Suzon Terson et le poids des ouvrages mais que l'ensemble était en équilibre, lequel a été rompu par les infiltrations d'eau en provenance des ouvrages publics. Enfin, il ne ressort pas des rapports d'expertises que les époux B auraient commis une quelconque faute de nature à fragiliser ou à rendre vulnérable leur immeuble, contrairement à ce que soutient la commune de Puylaurens. Par suite, la société Pacifica, subrogée dans les droits de ses assurés, est fondée à demander la condamnation de la commune de Puylaurens à l'indemniser des travaux de reprises du sinistre.
Sur les préjudices :
5. A titre liminaire, il résulte de l'instruction que le tribunal de grande instance de Castres a, par son jugement au fond du 12 mars 2018, condamné la société Pacifica à verser à
M. et Mme B la somme de 53 290,93 euros au titre des travaux de reprise, 17 400 euros au titre du préjudice de jouissance, 1 000 euros au titre de la perte de temps consacré à la procédure et 5 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile.
En ce qui concerne les préjudices de jouissance, de temps consacré à la procédure et au titre des frais liés au litige civil :
6. D'une part, il résulte du jugement précité que le préjudice de jouissance et le préjudice au titre du temps consacré à la procédure sont les conséquences directes du refus initial de prise en charge par la société Pacifica dans le cadre du contrat d'habitation de M. et Mme B qui ont été indemnisés sur le fondement de la responsabilité contractuelle de la société Pacifica dès lors qu'elle a contribué au retard pris dans les travaux et à l'impossibilité pour M. et Mme B de jouir de leur immeuble. Par ailleurs, la somme de 17 400 euros au titre du préjudice de jouissance retenue par le tribunal de grande instance ne concerne que la part imputable à la société Pacifica. D'autre part, la somme de 5 000 euros mis à la charge de Pacifica sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile est également la conséquence des procédures civiles engagées par les époux B à l'encontre de la société requérante. Par suite, ces préjudices sont sans lien direct avec les conséquences dommageables résultant du sinistre du 24 avril 2013 et doivent dès lors rester à la charge de la société Pacifica.
En ce qui concerne les préjudices au titre des travaux de reprise :
7. Le jugement civil du 12 mars 2018 du tribunal de grande instance de Castres n'est pas revêtu de l'autorité de la chose jugée à l'égard de la présente instance soumise au juge administratif faute d'identité des parties et de cause entre ces deux litiges. A cet égard, la réparation éventuelle incombant à la commune de Puylaurens ne saurait dépendre de l'évaluation du dommage faite par le juge judiciaire dans un litige où elle n'a pas été partie et n'aurait pu l'être mais doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des règles relatives à la responsabilité des personnes morales de droit public.
8. Il résulte de l'instruction que contrairement à ce que soutient la commune de Puylaurens, celle-ci était bien représentée lors de certaines opérations de l'expertise réalisée par M. D, bien que non invitée. Si elle indique ne pas avoir été présente lors des opérations destinées à définir les travaux de reprise, les conclusions de l'expert sont produites dans le cadre de la présente instance et peuvent ainsi être utilement contestées par la commune de Puylaurens.
9. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise de M. D que des caves voutées situées sous l'impasse Suzon Terson ont été découvertes à l'occasion du sinistre, dont la présence a aggravé le péril concernant cette voie publique, et dont un accès avait été aménagé à travers le mur du sous-sol de la propriété de M. et Mme B pour les besoins des mesures conservatoires. Si cet expert indique qu'il est nécessaire de procéder au comblement de ces caves pour la remise en état pérenne de l'immeuble, et s'il apparait que ces caves ne sont effectivement pas la propriété de M. et Mme B et donc non couvertes par leur contrat d'assurance habitation, il résulte toutefois de l'instruction que la société Pacifica n'a été condamnée qu'à indemniser le coût des travaux de fermeture des caves pour un montant de 5 590,75 euros, et non aux comblements de celles-ci estimés à 43 729,40 euros. Par suite, le chef de préjudice au titre de la fermeture des caves doit être estimé à 5 590,75 euros, somme non contestée par la commune de Puylaurens.
10. En deuxième lieu, l'expert indique qu'il est nécessaire de réaliser des travaux de " couture " sur l'angle ouest de l'immeuble qu'il estime à 10 560 euros TTC. Si la commune de Puylaurens conteste la matérialité de ce montant au motif que les époux B n'auraient pas produit de devis dans l'instance devant le tribunal de grande instance, elle ne conteste pas la nécessité de réaliser ces travaux et l'estimation faite par l'expert. Au demeurant, il résulte de l'instruction que M. et Mme B ont bien produit en réplique le devis portant notamment sur les travaux de couture de l'angle Ouest. Par suite, le chef de préjudice au titre des travaux de couture de l'angle Ouest doit être estimé à 10 560 euros TTC, dont le devis détaillé produit dans le cadre de la présente instance n'est pas contesté par la commune de Puylaurens.
11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la société Pacifica demande le paiement de 6 077,10 euros TTC pour la reprise de l'escalier et 5 771,70 euros TTC pour le mur mitoyen. Or, il ne résulte pas de l'instruction que de tels travaux étaient nécessaires dès lors que l'expert ne les mentionne pas et ne le chiffre pas et que la société Pacifica n'apporte pas une telle démonstration, si bien que le lien de causalité entre l'ouvrage public et ces préjudices n'est pas établi. Ainsi, et quand bien même le tribunal de grande instance de Castres a tenu compte de ces devis en condamnant la société Pacifica, dans le cadre d'ailleurs d'une action en responsabilité contractuelle d'une assurance habitation, à verser ces sommes aux époux B, la société Pacifica n'est, elle, pas fondée à en demander le remboursement auprès de la commune de Puylaurens.
12. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a estimé nécessaire de procéder à des travaux intérieurs consistant à construire deux pièces au niveau du premier étage à la suite de la destruction du plancher bois pour la reconstruction du mur qui s'est effondré, la reconstruction dudit plancher bois avec purges restantes, le revêtement scellé, le bâti des placards de la cuisine, les cloisons et les menuiseries intérieurs, la plomberie, l'électricité et la peinture. Si l'expert a estimé ces travaux à la somme totale de 14 940 euros TTC, il ne fait référence à aucun devis détaillé poste par poste, alors qu'il ressort du jugement du tribunal de grande instance de Castres que les époux B ont apporté quatre devis détaillés de 8 874,80 euros, 5 149,50 euros, 5 957,38 euros TTC et 5 309,70 euros TTC. Si la commune de Puylaurens reproche à la société Pacifica de ne pas en avoir contesté le principe et le quantum devant le tribunal de grande instance de Castres, la commune ne le fait pas davantage dans le cadre de la présente instance alors que ces devis, détaillés, sont produits en réplique et permettent une contestation circonstanciée. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que ces devis contiendraient des prestations non prévues par l'expert. Par suite, le chef de préjudice au titre des travaux intérieurs doit être estimé à 25 291,38 euros TTC, dont les devis détaillés produits dans le cadre de la présente instance ne sont pas contestés par la commune de Puylaurens.
13. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que la maison appartenant à M. et Mme B, édifiée courant 19e siècle, n'était pas habitée et était affectée d'un manque d'entretien général, ainsi qu'il en ressort des observations de l'expert D et des photographies qui y sont jointes, sans lien avec l'apparition des désordres, mais qui doivent être pris en compte pour évaluer les préjudices. Dans ces conditions, la commune de Puylaurens est fondée à demander l'application d'un taux de vétusté de 25%.
14. Il résulte ainsi de tout ce qui précède que la commune de Puylaurens est condamnée à verser à la société Pacifica la somme de 31 081,60 euros TTC, déduction faite d'un coefficient de vétusté de 25%.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Pacifica, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Puylaurens la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Puylaurens le versement à la société Pacifica d'une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Puylaurens est condamnée à verser à la société Pacifica la somme de 31 081,60 euros TTC.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Pacifica et à la commune de Puylaurens.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Besle, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
N. A
Le président,
D. Besle
La greffière,
M.-A Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 17 novembre 2022,
La greffière,
M.-A Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026