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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2024535

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2024535

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2024535
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par la société Arc en Ciel Environnement.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 septembre 2020 et le 17 septembre 2021, la société Arc en Ciel Environnement, représentée par Me Zerah, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Université Toulouse Jean Jaurès à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé la résiliation abusive du marché de nettoyage des sols et des vitres du campus Mirail et du centre universitaire rue du Taur ;

2°) d'annuler la demande d'application des pénalités du 15 juillet 2020 et condamner l'université de Toulouse à lui verser la somme de 129 987,61 euros au titre de paiement des prestations et la somme de 141 498,26 euros au titre des sommes restant dues ;

3°) de mettre à la charge de l'Université de Toulouse Jean Jaurès la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a conclu le 20 septembre 2018 un accord-cadre avec l'Université de Toulouse Jean Jaurès pour le nettoyage des sols et des vitres du campus Mirail et du centre universitaire rue du Taur ; ce contrat a été résilié pour faute simple le 9 mars 2020 avec effet au 30 mars 2020 ;

- dans le courant du mois de février 2020 une grève des agents de la société Arc en Ciel a eu lieu sur le campus demandant le départ du responsable du site ;

- la décision de résiliation n'est pas fondée ; en réalité le véritable motif de la résiliation est la grève déclenchée par les agents de la société Arc en Ciel ;

- elle a subi une perte de chiffre d'affaires pendant 6 mois et ainsi un préjudice de 80 000 euros correspondant au montant du marché augmenté des frais fixes au titre de la période de pré-confinement ;

- en ce qui concerne les pénalités appliquées, elle a reçu le 15 juillet 2020 le décompte définitif faisant état, pour la première, fois d'un montant restant dû de 27 256,06 euros TTC ; elle a droit à 120 euros au titre des frais de recouvrement ; le calcul de la déduction concerne la période du 17 au 31 mars et non au 30 mars, soit 24 962,77 euros TTC au lieu de 25 794,86 euros TTC ; les pénalités appliquées pour travail dissimulé ne sont pas justifiées ; les pénalités relatives à l'insertion professionnelle d'un montant de 155 478 euros constituent une double sanction et sont disproportionnées dès lors que ce montant représente 20% du marché annuel ; l'Université de Toulouse reconnait que la somme de 129 987,61 euros reste due au titre de prestations réalisées ; en raison du confinement, elle demande le paiement de 20% des prestations non facturées, soit 4 992,55 euros pour mars 2020 et 6 416,01 euros pour avril 2020 ;

- il subsiste ainsi un solde en sa faveur de 141 498,26 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 février et 30 septembre 2021, l'Université Toulouse Jean Jaurès, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Arc en Ciel Environnement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- de nombreux manquements ont été relevés dans l'exécution des prestations effectuées ; à titre d'illustration, pour les seuls mois de janvier et février 2020, dix courriers ont été adressés relevant une réalisation incomplète et une difficulté à obtenir certains documents ; le 22 janvier 2020, elle a adressé un courrier demandant la liste des personnels affectés en soulignant que l'absence de réponse entrainerait l'application de pénalités ; le 14 février 2020, elle a adressé une mise en demeure à la société Arc en Ciel rappelant la possibilité de procéder à la résiliation du marché ; des réponses embryonnaires ont été données le 18 février 2020 mais sans fournir les documents demandés ; par un courrier du 9 mars 2020, elle a prononcé la résiliation du marché avec effet au 30 mars 2020 ;

- elle a notifié le décompte général définitif de résiliation le 15 juillet 2020 ;

- concernant les demandes indemnitaires pour rupture abusive, ces conclusions sont irrecevables faute de demande préalable ;

- chacun des motifs de la résiliation est fondé ; concernant le responsable du site, la grève demandant son départ est parfaitement étrangère à la décision de résiliation ; par ailleurs, celui-ci a bien été repris par le nouveau titulaire du marché contrairement à ce qu'indique la société requérante ;

- le montant de 80 000 euros demandé n'est pas fondé et ne repose sur aucun élément sérieux ;

- concernant les pénalités, les réclamations de la société sont irrecevables faute de contestation par un mémoire en réclamation dans les deux mois suivant cette notification en application de l'article 37 du CCAG fournitures courantes et services ;

- les demandes de la société Arc en Ciel ne sont pas fondées ; la résiliation est intervenue le 30 mars 2020, il n'y avait donc pas à tenir compte du 31 mars ; concernant les frais de recouvrement, le décompte du 15 juillet est définitif ; concernant les pénalités, leur application a fait l'objet d'une notification par courrier du 6 février 2020 et elles n'ont pas été contestées à la suite du DGD ; concernant les pénalités relatives à l'insertion professionnelle, cet aspect était un élément important du marché, dont le non-respect justifie l'application de pénalités et la résiliation ; la somme de 129 987 euros, demandée au titre des prestations réalisées, n'est pas contestée et vient en compensation des pénalités ; le forfait de 20% des prestations, non réalisées en mars et avril 2020, n'est pas justifié et n'a aucun fondement contractuel.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG-FCS) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- les observations de Me Avallone, représentant l'Université Toulouse Jean-Jaurès.

Considérant ce qui suit :

1. La société Arc en Ciel Environnement a conclu le 20 septembre 2018 un accord-cadre avec l'Université Toulouse Jean Jaurès pour le nettoyage des sols et des vitres du campus Mirail et du centre universitaire rue du Taur. Par une décision du 9 mars 2020, ce contrat a été résilié par l'Université Toulouse Jean Jaurès pour faute simple avec effet au 30 mars 2020. Par sa requête, la société Arc en Ciel Environnement demande l'indemnisation des préjudices résultant de cette résiliation et le paiement de diverses sommes au titre de l'exécution du contrat.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les préjudices au titre de la résiliation :

2. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

3. Ainsi que l'oppose l'Université Toulouse Jean Jaurès, il ne résulte pas de l'instruction que la société Arc en Ciel Environnement lui aurait adressé une réclamation préalable tendant à obtenir l'indemnisation des préjudices résultant de la résiliation de l'accord-cadre en litige. Par suite, en l'absence de décision à la date du présent jugement, les conclusions indemnitaires de la requête tendant à obtenir la somme de 80 000 euros au titre de dommages et intérêts sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne les sommes inscrites au décompte général de résiliation :

4. Aux termes de l'article 34 de l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services, applicable au marché en litige : " 34. 1. La résiliation fait l'objet d'un décompte de résiliation, qui est arrêté par le pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. () ". Et aux termes de l'article 37 de ce CCAG : " () 37. 2. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. 37. 3. Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception du mémoire de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation. ".

5. Si la société conteste, par sa requête, l'application de pénalités diverses et demande le paiement de sommes au titre de prestations réalisées, il résulte toutefois de l'instruction que la société Arc en Ciel entend ainsi contester le décompte général de résiliation du 15 juillet 2020 notifié par l'Université Toulouse Jean Jaurès, dont elle a eu connaissance, en tout état de cause, au plus tard le 11 septembre 2020 date d'enregistrement de sa requête, qui comprend tous ces éléments, avec un solde de 27 256,06 euros TTC en faveur de l'Université. Or, la société requérante n'a pas adressé de mémoire en réclamation dans le délai de deux mois suivant la réception de ce décompte général, lequel est devenu définitif. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'Université Toulouse Jean Jaurès doit être accueillie et les conclusions indemnitaires correspondantes doivent être rejetées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Université Toulouse Jean Jaurès, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société Arc En Ciel Environnement la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Arc en Ciel Environnement le versement à l'Université Toulouse Jean Jaurès d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Arc En Ciel Environnement est rejetée.

Article 2 : La société Arc En Ciel Environnement versera la somme de 1 500 euros à l'Université Toulouse Jean Jaurès au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Arc En Ciel Environnement et à l'Université Toulouse Jean Jaurès.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

N. A

Le président,

E. Souteyrand La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 3 novembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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