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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025079

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025079

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025079
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCATTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par la société SARL Le Bistrot.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 octobre 2020 et 13 décembre 2021, la SARL Le Bistrot, représentée par Me Cattier, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2015 et des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos les 30 juin 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la reconstitution du chiffre d'affaires manque de réalisme économique, en ce que :

- la méthode purement forfaitaire utilisée ne prend pas en compte les aléas de la vie d'un restaurant :

- les chiffres de résultat reconstitués font apparaitre des marges commerciales qui sont significativement plus élevées que les taux statistiques moyens et qui ne se rencontrent pas dans le secteur d'activité de la restauration ;

- il n'a pas été tenu compte de la baisse d'activité de la société à raison des travaux sur la voie publique bordant le restaurant et l'administration ne démontre pas que la durée de ceux-ci a été limitée à 10 mois ;

- des omissions dans les calculs du vérificateur rendent inefficaces la reconstitution du chiffre d'affaires et ont pour effet d'augmenter de façon exagérée les rehaussements ;

- il a été retenu, au titre du chiffre d'affaires déclaré par la société pour base taxable, des montants inférieurs à ceux figurant sur les bilans ;

- le taux de pertes et d'offerts, rehaussé après avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires à hauteur de 5 %, est toujours sous-évalué pour ne pas tenir compte des repas pris sur place par les salariés, le gérant et son épouse ainsi que des offerts en apéritifs, desserts ou café dans le cadre des réservations via le site " La Fourchette " ;

- les remises consenties aux clients ayant réservé via le site " La Fourchette " ou " Groupon " n'ont pas été pris en compte ;

- en l'absence de rehaussement justifié, il n'y a pas lieu de constater un profit sur le Trésor, ainsi que l'existence de revenus présumés distribués impliquant une amende de 100 % pour non-respect des bénéficiaires ;

- l'administration ne rapporte pas la preuve du manquement délibéré au sens des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts permettant d'appliquer une majoration de 40 %.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 février 2021 et 18 février 2022, le directeur des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Le Bistrot, exerçant une activité de restaurant à Pinsaguel (Haute-Garonne), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés ayant porté sur la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2015. Au terme d'une proposition de rectification du 28 novembre 2016, des observations de la contribuable le 23 janvier 2017 et d'une réponse aux observations le 9 mars 2017, la société a sollicité la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui a rendu son avis dans sa séance du 17 octobre 2017. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés, ainsi qu'une somme de 304 772 euros pour amende prise en application de l'article 1759 du code général des impôts, ont été mises en recouvrement le 28 février 2018 par un avis n° 18 02 05036 pour les montants, s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée, de 64 359 en droits et pénalités et, s'agissant de l'impôt sur les sociétés, de 99 584 euros en droits et pénalités. Par la présente requête, la SARL Le Bistrot doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des rappels de la taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2015 et des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos les 30 juin 2013, 2014 et 2015, en droit et pénalités pour un montant total de 468 175 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

S'agissant de la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionné à l'article L. 59 () est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".

3. Il résulte de l'instruction que pour les exercices et la période vérifiés, la comptabilité de la SARL Le Bistrot ne comportait pas d'inventaire, de pièces justificatives de recettes, de journal de caisse, comportait des factures de charges non détaillées, une évaluation des stocks inexacte, certains tickets " Z " incomplets et un chemin de révision non respecté mêlant les opérations effectuées par plusieurs entités. Ces graves irrégularités, ainsi constatées et non contestées par la société requérante, autorisaient l'administration à écarter la comptabilité qui lui était présentée comme non sincère et non probante. En application des dispositions précitées de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés ayant été établis, conformément à l'avis émis le 17 octobre 2017 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, la SARL Le Bistrot supporte la charge d'en établir le caractère exagéré.

S'agissant de la reconstitution :

4. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, non seulement apporter tous les éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.

5. Il résulte de l'instruction, que pour reconstituer le chiffre d'affaires, le vérificateur a utilisé, pour chacun des exercices en cause, la méthode dite " des liquides ", consistant à, d'abord, déterminer, d'après les tickets " Z ", le pourcentage de chiffre d'affaires relatifs aux liquides par rapport aux chiffres d'affaires total, puis rechercher l'intégralité des achats de liquide, par catégorie de boissons, à partir des recoupements effectués auprès des fournisseurs, enfin, déterminer le chiffre d'affaires " liquides " en appliquant les tarifs aux boissons vendues, et affecter le chiffre d'affaires ainsi obtenu au pourcentage précédemment déterminé pour obtenir le chiffre d'affaires total réalisé.

6. En premier lieu, la SARL Le Bistrot, qui ne soumet pas à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation, soutient que la méthode utilisée par le vérificateur décrit au point 5 manque de réalisme économique. En se bornant à évoquer que n'auraient pas été pris en compte les aléas de la vie d'un restaurant, la société n'étaye pas son argument de précision suffisante. Il résulte de l'instruction, que les travaux de voirie, évoqués auprès du vérificateur par le gérant de la société lors d'un entretien du 11 mai 2016 dont il a été dressé procès-verbal, ont fait l'objet par l'administration fiscale d'une recherche auprès des services publics locaux dont il ressort que leur durée s'est répartie sur la période vérifiée à 4 mois en 2012, 4 mois en 2013 et deux mois en 2014. La contribuable qui conteste cette durée, n'apporte pas la preuve qui lui incombe d'une période plus longue ou d'une autre répartition temporelle. L'impact négatif de ces travaux n'est de même pas établi, compte tenu de ce que la méthode est fondée sur les achats revendus, prenant nécessairement en compte les variations d'activités quelles qu'elles soient, et des déclarations du gérant au vérificateur dans le cadre de l'entretien qui évoque une clientèle de travaux publics et un recours " compensateur " à " Groupon " et " La Fourchette ". Enfin, si la société fait valoir que les résultats obtenus par la reconstitution sont dénués de toute logique pour aboutir à des marges excessives, elle se borne, pour toute référence, à se rapporter aux statistiques générales fournies par le centre de gestion agrée, celles-ci étant toutefois éloignées du contexte géographique du restaurant alors que l'administration s'est quant à elle fondée sur les données propres à la société pour l'établissement des bases imposables et des bénéfices. Ces statistiques aboutissent de surcroit à des marges brutes moins importantes que celles proposées par la société même dans ses comptes de résultat. Dès lors, le moyen tiré de ce que la reconstitution du chiffre d'affaires manque de réalisme économique doit être écarté pour n'être pas fondé.

7. En second lieu et dernier lieu, si la SARL Le Bistrot soutient que l'administration a commis des erreurs, elle fait d'une part, une lecture erronée des montants comparés du chiffre d'affaires déclaré par la société comme base taxable et des montants figurant sur les comptes de résultat, pour les trois exercices. S'agissant d'autre part, des pertes et offerts, l'administration a finalement retenu un taux de 5 % au lieu de 3 %, se conformant ainsi à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, et a pris en compte les conditions d'exploitation de l'entreprise telles que précisées par le gérant lors du contrôle, qui indiquait que les salariés prenaient leur repas sur place et qu'il avait réduit leur consommation d'alcool. Il résulte du procès-verbal d'audition du gérant une absence de politique relative aux offerts, " au cas par cas ", et aux catégories de " liquides " concernés par ces offerts, ce qui, ajouté aux insuffisances caractérisées des documents comptables et à l'absence de production complémentaire de la société au présent contentieux, ne permet pas de contester valablement les résultants sur ce point. Pour ces mêmes raisons, le niveau de prise en compte des remises opérées dans le cadre des menus " groupons " ou " La Fourchette " n'est pas sérieusement contestée par la société requérante, qui n'apporte pas davantage d'éléments de nature à démontrer que le nombre de ces menus révélés par les tickets " Z " ne reflète pas la réalité. Dès lors, le moyen tiré de ce que des omissions dans les calculs du vérificateur rendent inefficaces la reconstitution du chiffre d'affaires et ont pour effet d'augmenter de façon exagérée les rehaussements doit être écarté pour n'être pas fondé.

8. Il résulte de ce qui précède, que la SARL Le Bistrot, qui ne démontre pas le caractère exagéré des impositions supplémentaires qu'elle conteste, ne peut en obtenir la décharge.

En ce qui concerne le profit sur le Trésor :

9. Dès lors que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été établis à bon droit, la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a pris en compte un profit sur le Trésor correspondant à ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée.

En ce qui concerne les revenus distribués :

10. La requérante ne peut se prévaloir utilement de l'article 109 du code général des impôts, lequel est seulement de nature à fonder l'imposition ultérieure, sur le revenu des bénéficiaires de distribution.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

12. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

13. L'administration fiscale a en l'espèce appliqué la majoration prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée et aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de chaque période et exercices vérifiés.

14. En relevant dans la proposition de rectification, et dans les éléments actualisés après intervention de la commission départementale des impôts, l'importance sur trois exercices des bases éludées, qui ont représenté, selon les impositions et les périodes, entre plus de 25 % et plus de 47 % des bases réellement imposables, l'administration justifie l'application de cette pénalité.

15. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées () ".

16. La circonstance qu'une société conteste formellement le bien-fondé des réintégrations envisagées par l'administration en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés ne la dispense pas de répondre, dans le délai légal, à la demande qui lui est faite de désigner les bénéficiaires de la distribution des sommes ainsi contestées. Il résulte de l'instruction que la société, qui a été invitée par la proposition de rectification du 28 novembre 2016 à désigner les bénéficiaires des sommes regardées distribuées, s'est abstenue de procéder à cette désignation. C'est donc à bon droit qu'il lui a été fait application de la pénalité fiscale prévue par l'article 1759 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Le Bistrot est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Le Bistrot et au directeur des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience publique du 21 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 décembre 2022,

Le greffier,

F. Balicki

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N° 1901371

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N° 1901371

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