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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025439

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025439

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025439
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DRAPÉ ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par Mme B D et M. E A C.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 octobre 2020 et 21 juillet 2021, Mme B D et M. E A C, représentés par Me Drapé, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la plus-value de cessions de valeurs mobilières qu'ils ont réalisée est un revenu exceptionnel qui doit être imposé selon le système du quotient prévu à l'article 163-0-A du code général des impôts ;

- pour l'application de l'article 163-0-A du code général des impôts, une plus-value sur cession de titres bénéficiant de l'abattement pour durée de détention majoré, ne saurait être comparée à la somme de tous les autres revenus catégoriels du foyer fiscal ;

- l'administration a opéré un changement d'interprétation de la loi fiscale référencée BOI-IR-LIQ-20-30-20 n°140, selon laquelle le montant du revenu exceptionnel à prendre en considération dans le cadre de l'application du système du quotient est celui qui est mis à la disposition du contribuable et non le montant imposable à l'impôt sur le revenu obtenu, le cas échéant, après application de l'abattement pour durée de détention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 septembre 2021.

Un mémoire présenté par les requérants a été enregistré le 2 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et M. A C ont cédé au cours de l'année 2019 des valeurs mobilières, réalisant à cette occasion une plus-value de 718 171 euros qu'ils ont déclarée le 8 juin 2020 sans solliciter le bénéfice du système du quotient prévu à l'article 163-0 A du code général des impôts. Ils ont été assujettis à l'impôt sur le revenu conformément à cette déclaration, par voie de rôle mis en recouvrement le 31 juillet 2020. Par télé-déclaration corrective du 30 juin 2020, ils ont sollicité l'application du système du quotient. L'administration a rejeté leur demande par une décision du 1er septembre 2020. Mme D et M. A C demandent au tribunal la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2019.

Sur les conclusions à fin de réduction de l'imposition :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 163-0 A du code général des impôts : " I. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue. / III. - Les dispositions prévues aux I et II ne s'appliquent qu'aux seuls revenus exceptionnels ou différés imposés d'après le barème progressif prévu à l'article 197. ". Ces dispositions ont pour objet d'atténuer, en cas de perception d'un revenu exceptionnel, les effets du barème progressif de l'impôt sur le revenu. Pour être pertinente, la comparaison permettant d'apprécier si le montant du revenu en cause présente un caractère exceptionnel doit porter sur des éléments comparables. Par suite, dès lors que le deuxième terme de comparaison désigné par le texte réside dans la moyenne des revenus nets d'après lesquels le contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, le premier terme de comparaison consiste nécessairement en un revenu net d'après lequel le contribuable devrait être soumis à l'impôt sur le revenu. En présence d'un revenu correspondant à une plus-value sur cession de titres éligible à l'abattement pour durée de détention des titres prévu par les dispositions du 1 ter de l'article 150-0 D du code général des impôts, ce premier terme de comparaison correspond à cette plus-value diminuée de l'abattement en cause.

3. Au cas d'espèce, la plus-value réalisée par les requérants en 2019, qui, par sa nature n'est pas susceptible d'être recueillie annuellement, s'est élevée à la somme de 718 171 euros. L'application de l'abattement de 85% pour durée de détention des titres prévu par le 1 ter de l'article 150-0 D du code général des impôts conduit à ramener le montant net imposable de cette plus-value à la somme de 107 726 euros. La moyenne des revenus nets d'après lesquels les intéressés ont été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois années précédentes s'établit à 128 092 euros. Il en résulte que le montant du revenu exceptionnel apprécié conformément aux règles posées par l'article 163-0 A du code général des impôts ne dépassait pas la moyenne des revenus nets d'après lesquels les contribuables avaient été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années. Dans ces conditions, la plus-value en litige ne présente pas un caractère exceptionnel par son montant au sens des dispositions précitées qui ne pouvaient recevoir application. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'application de la doctrine fiscale :

4. Aux termes du second alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. ". Il résulte de ses dispositions que le contribuable qui a déclaré un impôt ou acquitté spontanément un impôt sans faire application d'une interprétation fiscale n'est plus en droit de se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre de procédure fiscale de cette interprétation à l'appui d'une réclamation tendant à la restitution de l'imposition, sauf cas où, eu égard à l'objet de l'interprétation fiscale en cause, c'est seulement par voie de réclamation que le contribuable pouvait en faire application et en a fait application lors de ladite réclamation contentieuse.

5. Les requérants se prévalent, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée au paragraphe n°140 du BOI-IR-LIQ-20-30-20 du 12 septembre 2012 aux termes de laquelle : " Pour bénéficier des dispositions de l'article 163-0 A du code général des impôts, le revenu doit également être exceptionnel par son montant. Tel est le cas lorsque ce revenu dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels le contribuable a été soumis à l'impôt au titre des trois années précédant celles de la perception dudit revenu. Le revenu exceptionnel à retenir dans le premier terme de la comparaison s'entend du revenu mis à la disposition du contribuable, soit, par exemple, dans le cas des traitements et salaires, avant application de la déduction de 10 % au titre des frais professionnels ". Toutefois, il résulte de l'instruction que les contribuables ont été imposés au titre de l'année 2019 sur le fondement des éléments de leur télé-déclaration, souscrite le 8 juin 2020, dans laquelle ils n'ont pas demandé l'application du système du quotient. Ils n'ont manifesté le souhait de bénéficier de ce système, et donc, nécessairement, de la doctrine qui s'y rapporte, que le 30 juin 2020, au-delà du délai légal de déclaration qui avait expiré au plus tard le 12 juin 2020. Ainsi M. et Mme A C, imposés conformément à leur déclaration souscrite dans le délai légal, ne peuvent être regardés comme entrant dans le champ de la garantie invoquée de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Ce moyen doit donc être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D et M. A C à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D et M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à M. E A C et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Couégnat, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023,

Le greffier,

F. Balicki

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