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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025748

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025748

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025748
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRIEU-CASTAING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par Mme B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 novembre 2020 et 14 septembre 2021, Mme C B, représentée par Me Rieu-Castaing, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu la proposition de rectification du 28 février 2019, la privant des garanties qui se rattachent à la procédure ;

- l'administration ne démontre pas que les travaux n'ont pas été réalisés ; la procédure de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales étant contradictoire, la charge de la preuve appartient au service qui entend rejeter les dépenses comptabilisées en prix de revient, en exerçant si besoin son droit de communication ;

- la procédure prévue par l'article L. 62 du livre de procédures fiscales lui est applicable dès lors que sur la proposition de rectification, le service n'a pas rayé la mention relative à la possibilité d'en bénéficier ; cette erreur porte atteinte aux droits de la défense en vertu de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;

- l'administration n'était pas fondée à remettre en cause la détermination de la plus-value résultant de la vente de son immeuble dès lors qu'elle justifie des dépenses relatives aux travaux qui ont majoré le prix d'acquisition de ce bien ;

- la majoration de 40% pour manquement délibéré est insuffisamment motivée et constitue une sanction disproportionnée qui sanctionne deux fois la même erreur ; le service manque à son obligation de neutralité en faisant un procès d'intention discriminatoire à l'encontre de sa profession, en méconnaissance du droit à l'égalité des citoyens devant l'impôt et devant les charges publiques, prévus par les articles 6 et 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense du 16 juin 2021, le directeur des finances publiques de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel le service a remis en cause le montant de la plus-value déclarée suite à la cession de son bien immobilier. Par un avis de mise en recouvrement du 15 avril 2019, l'administration a mis à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2018, dont elle demande la décharge, en droit et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Il résulte de cette disposition que les rectifications doivent être notifiées au contribuable. En cas de contestation sur ce point, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification a été régulièrement adressée au contribuable et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste.

3. Il résulte de l'instruction que l'administration a adressé à Mme B le 28 février 2019 une proposition de rectification par lettre recommandée avec accusé de réception, présentée le 7 mars 2019 à son domicile de Maureville. En son absence, un avis de passage a été déposé et le pli mis en instance. A défaut de retrait dans le délai des quinze jours prévu par la réglementation du service des postes, le pli a été retourné au service. Si la requérante soutient qu'elle n'a pas reçu la proposition de rectification compte tenu d'un changement d'adresse, ainsi qu'en attesterait la mention de réexpédition du pli vers la commune de Quint Fonsegrives, il résulte toutefois de l'instruction que le pli retourné à l'administration portait la mention " pli avisé et non réclamé " et ne faisait pas état de ce que la destinataire était inconnue à cette adresse. Dès lors, c'est à bon droit que la proposition de rectification a été adressée au dernier domicile de Mme B connu de l'administration. Ainsi, la procédure de notification étant régulière, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la privation des garanties qui s'y rattachent.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. ". Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques (), lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis (), sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH ". Aux termes de l'article 150 V du même code : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant. ". Aux termes de l'article 150 VB de ce code : " I. Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il a été stipulé dans l'acte. / () II. Le prix d'acquisition est, sur justificatifs, majoré : () 4° Des dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration, supportées par le vendeur et réalisées par une entreprise depuis l'achèvement de l'immeuble ou son acquisition si elle est postérieure, lorsqu'elles n'ont pas été déjà prises en compte pour la détermination de l'impôt sur le revenu et qu'elles ne présentent pas le caractère de dépenses locatives ". Enfin, l'article 74 SI de l'annexe 2 de ce code dispose que : " les pièces justifiant des frais ou charges mentionnés au III de l'article 150 VA et au II de l'article 150 VB du code général des impôts sont fournies par le contribuable sur demande de l'administration. ". Il résulte de ces dispositions, contrairement à ce que soutient la requérante, qu'il incombe au contribuable de justifier des dépenses dont il demande la prise en compte pour la détermination du prix d'acquisition de l'immeuble objet de la plus-value, notamment de leur paiement effectif et de ce qu'elles sont justifiées par la réalité des travaux entrepris, sans que l'administration ne soit dans l'obligation d'exercer son droit de communication auprès de tiers. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la charge de la preuve reposerait sur l'administration, et que celle-ci aurait méconnu le caractère contradictoire de la procédure.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales : " Si, dans un délai de trente jours à compter de la réception d'une demande mentionnée aux articles L. 10, L. 16 ou L. 23 A du présent code ou de la réception d'une proposition de rectification ou, dans le cadre d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de situation fiscale personnelle, avant toute proposition de rectification, le contribuable demande à régulariser les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances dans les déclarations souscrites dans les délais, il est redevable d'un montant égal à 70 % de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Cette procédure de régularisation ne peut être appliquée que si : 1° Elle ne concerne pas une infraction exclusive de bonne foi ; () ". Aux termes de l'article L. 80 CA du même livre: " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense (). ".

6. En se bornant à soulever que le service a omis de rayer, sur la première page de la proposition de rectification, la mention proposant le bénéfice des dispositions de l'article L. 62 précité, Mme B n'établit ni même ne soutient avoir vainement demandé à régulariser sa situation dans les conditions prévues par ce texte. Dès lors, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière et porterait atteinte aux droits de la défense doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

7. Il résulte de l'instruction que, par acte notarié du 30 janvier 2012, Mme B a acquis une maison située 22 rue René Bazin à Toulouse, cédée le 30 mai 2018. La déclaration de plus-value établie mentionne, sous la rubrique des dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration la somme de 376 472 euros, en majoration du prix d'acquisition. Considérant le caractère non probant de certains des justificatifs de travaux produits par Mme B, le service a ramené le montant des travaux à 281 650 euros. Mme B soutient qu'elle justifie de la réalité des travaux déclarés et de leur paiement effectif, et qu'ainsi, elle est fondée à majorer le prix d'acquisition de son bien de leur montant en application des dispositions du 4° du II de l'article 150 VB du code général des impôts précité.

S'agissant des factures de la société Cash Piscine :

8. La facture de la société Cash Piscine n°2001904 du 20 juin 2013, d'un montant de 6 523.70 euros ne comporte pas l'adresse de l'immeuble permettant de rattacher les travaux réalisés, ni le numéro SIREN de la société, nonobstant son immatriculation au registre du commerce et des sociétés fournie par la requérante. Dès lors, elle ne justifie pas de l'existence des dépenses pouvant venir en majoration du prix d'acquisition pour le calcul de la plus-value.

S'agissant du devis de la société Défi 3 Axes :

9. En se bornant à produire des extraits de son compte bancaire faisant état de deux débits de 943,05 euros les 21 mai et 28 juin 2013, et en l'absence de facture correspondant au devis du 15 avril 2013 établi par société Défi 3 Axes pour un montant de 1886,09 euros, la requérante ne peut être regardée comme justifiant de la dépense dont elle demande la prise en compte pour le calcul de la plus-value.

S'agissant des factures de l'architecte M. A :

10. Concernant la facture n°002 du 9 janvier 2012 d'un montant de 5 601,63 euros, la requérante soutient que la dépense doit être admise dès lors que les anciens propriétaires ont autorisé le dépôt d'un permis de construire. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette facture est antérieure à l'acquisition du bien par acte notarié du 30 janvier 2012. Dès lors que les dispositions de l'article 150 VB II-4° du code général des impôts précisent que les dépenses retenues doivent être postérieures à l'acquisition du bien, cette dépense n'est pas susceptible de venir en majoration du prix d'acquisition pour le calcul de la plus-value.

11. Concernant la facture n°011 du 13 février 2012 d'un montant de 5 208,04 euros dont la requérante ne justifie pas du paiement, c'est à bon droit que le service n'a pas admis la dépense correspondante dès lors qu'elle comporte le même numéro qu'une autre facture établie à la même date pour un montant de 7 002,04 euros, admise en majoration du prix d'acquisition. Cette dépense n'étant pas justifiée, elle ne peut venir en majoration du prix d'acquisition pour le calcul de la plus-value.

12. Concernant la facture n°42 du 27 juillet 2012 pour un montant de 2 800,81 euros, qui ne comporte pas de numéro SIREN, cette non-conformité aux exigences de l'article 289 du code général des impôts, comme d'ailleurs de l'article 242 nonies de l'annexe II du code général des impôts, ne saurait suffire à justifier qu'elle ne soit pas prise en considération pour déterminer le coût de revient de l'immeuble en cause. Dès lors, Mme B était fondée à majorer le prix d'acquisition à hauteur de cette dépense.

S'agissant du devis de la société Midi Charpente Bois :

13. La requérante ne produisant aucune facture correspondant au devis réalisé par cette société, la dépense n'est pas justifiée.

S'agissant de la facture de la société Almeida Rodrigues :

14. Il résulte de l'instruction que d'une part, la facture n° 111 du 31 juillet 2013 produite par la requérante correspond à un devis n°147 alors que le devis fourni durant la phase contradictoire porte le n°36. D'autre part, cette facture est globalisée pour un montant de 142 011,18 euros alors que la requérante entant déduire la somme de 72 433,77 euros, sans qu'il ne soit possible de distinguer les travaux portant sur l'immeuble en litige de ceux portant sur un second immeuble. Enfin, ainsi que le fait valoir le service, l'acte de cession du bien le 30 mai 2018 précise un achèvement des travaux le 20 juillet 2012, soit un an avant l'établissement de la facture par l'entreprise de maçonnerie. Dès lors qu'il lui appartenait de justifier de cette dépense, la requérante ne saurait invoquer l'erreur de facturation, ni reprocher au service de ne pas avoir exercé son droit de communication, ni relever que l'acte notarié vise la société Almeida Rodrigues comme étant intervenue pour la réalisation des travaux. Cette dépense n'étant pas justifiée, elle ne peut venir en majoration du prix d'acquisition pour le calcul de la plus-value.

15. Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de la doctrine référencé BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20-du 20 décembre 2013 laquelle ne comporte pas d'interprétation distincte de la loi fiscale.

En ce qui concerne les pénalités :

16. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

17. Pour justifier la majoration de 40% pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur le fait que la totalité des travaux déduits par la requérante pour déterminer la plus-value imposable ne pouvait pas être retenue, en l'absence de factures ou en présence de factures non conformes. Le service relève également qu'en sa qualité de notaire, Mme B ne pouvait ignorer les règles applicables à la détermination des plus-values immobilières. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de Mme B, de se soustraire à l'impôt. En outre, l'intéressée ne peut utilement faire valoir le caractère disproportionné de la sanction, et il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait été sanctionnée deux fois à raison des mêmes faits, ni qu'elle aurait fait l'objet d'une discrimination, ni que le service aurait manqué de neutralité ou encore méconnu le principe d'égalité.

18. Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de la documentation interne relative au manquement délibéré dont elle cite les extraits, laquelle ne comporte pas d'interprétation distincte de la loi fiscale.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme B doivent être accueillies à concurrence de la prise en compte, en déduction pour la détermination de la plus-value, de la facture de l'architecte M. A n° 42 du 27 juillet 2012 d'un montant de 2 800,81 euros.

Sur les frais liés au litige :

20. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles Mme B a été assujettie au titre de l'année 2018 sont réduites à concurrence de la prise en compte, en déduction pour la détermination de la plus-value, de la somme de 2 800,81 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Moynier, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 février 2023,

Le greffier,

F. Balicki

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