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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025862

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025862

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025862
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAGRINI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montpellier le dossier de la requête de Mme A.

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 18 novembre 2020, 23 décembre 2021 et 8 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Guyot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Maxou à lui verser une somme de 5 785,41 euros en réparation du préjudice financier subi ;

2°) de condamner la commune de Maxou à lui verser une somme de 2 000 euros en réparation du préjudice spécifique subi du fait de la résistance abusive de la commune à régulariser sa situation ;

3°) de condamner la commune de Maxou à lui verser une somme de 7 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Maxou la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable au regard de l'article R. 421-2 du code de justice administrative et de l'ordonnance du 25 mars 2020, et, en tout état de cause, la jurisprudence Czabaj du conseil d'Etat ne peut s'appliquer en l'espèce ;

- elle a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part du maire de Maxou dont elle établit la réalité ;

- la responsabilité de la commune de Maxou est engagée en raison de l'illégalité de la délibération du 7 décembre 2017 et des arrêtés du 16 janvier 2018 et du 26 février 2019 ;

- la responsabilité de la commune de Maxou est engagée dès lors que ces agissements sont fautifs au regard de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 ;

- ses préjudices sont établis et elle a subi un préjudice moral qui peut être évalué à 7 000 euros, un préjudice financier qui doit être indemnisé à hauteur de 5 785,41 euros, outre une somme de 2 000 euros en raison de la résistance abusive de la commune à régulariser sa situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 octobre 2021 et le 24 février 2022, la commune de Maxou, représentée par Me Magrini, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et, subsidiairement, à son rejet au fond.

Elle fait valoir :

- que la requête est tardive ;

- que les faits de harcèlement moral ne sont pas matériellement établis ;

- que les préjudices invoqués ne sont pas établis.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Fournier, secrétaire de mairie de la commune de Maxou et de Gigouzac depuis le 1er mars 2001 et jusqu'au 7 juillet 2020, a sollicité, par courrier du 27 février 2020, l'indemnisation des préjudices qu'elle affirme avoir subis à raison des faits de harcèlement moral dont elle estime être victime de la part de la maire de Maxou. Une décision de rejet implicite de cette demande est née, résultant du silence gardé par la commune de Maxou sur cette demande. Par sa requête, Mme A demande la condamnation de la commune de Maxou à lui verser une somme globale de 14 785,41 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. En premier lieu, Mme A se prévaut de l'illégalité fautive de la délibération du 7 décembre 2017 ayant mis en place le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la commune et se plaint de la circonstance que ladite délibération prévoit une modulation des montants individuels versés aux agents en cas d'indisponibilité physique. Toutefois, le bénéfice de l'IFSE est attaché à l'exercice des fonctions. Dès lors, en prévoyant la suppression du versement de cette indemnité aux agents placé en congé maladie, y compris ceux placés en congé pour maladie professionnelle, la commune de Maxou n'a pas pris une délibération illégale.

3. Si Mme A se plaint de l'illégalité de l'arrêté du 16 janvier 2018 fixant le montant de son indemnité de fonctions, elle n'invoque toutefois aucun moyen à l'appui de ses conclusions. Par ailleurs, et contrairement à ce que fait valoir la requérante, aucune disposition législative ou réglementaire ne permet à un agent de prétendre au maintien de son régime indemnitaire à taux plein si celui-ci est lié à l'exercice effectif des fonctions. Par suite, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la délibération du 7 décembre 2017 mettant en place le RIFSEEP ne précise pas les dispositions applicables aux agents à temps partiel pour raison thérapeutique, la maire de Maxou n'a commis aucune illégalité en décidant, par l'arrêté du 26 février 2019, de verser à Mme A cette indemnité en tenant compte de la durée effective de son service.

4. En second lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Mme A soutient qu'à compter du 7 décembre 2018, elle a été victime d'agissements de la part de la maire nouvellement élue, constitutifs de faits de harcèlement moral, qui engagent la responsabilité de la commune de Maxou.

6. Mme A soutient tout d'abord qu'elle a subi une baisse illégale de sa rémunération par l'effet de la délibération du 7 décembre 2017 par laquelle la commune de Maxou a suspendu le bénéfice de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise alors que l'imputabilité au service de la maladie à raison de laquelle elle se trouvait placée en congé maladie avait été reconnue par son employeur. Toutefois, il ressort de la délibération, prise dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau régime indemnitaires tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel que cette dernière organise une suspension du versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions, d'expertise et d'engagement professionnel (IFSE) pour les agents placés en congé maladie pour une durée de plus de trois mois sur les douze derniers mois. Contrairement à ce que soutient Mme A, la circonstance qu'elle se trouvait placée en congé maladie pour une pathologie reconnue imputable au service ne faisait pas obstacle à ce que le versement de la prime IFSE soit suspendu, le versement d'une telle prime étant conditionné à l'exercice effectif des fonctions par l'agent qui en bénéficie. La circonstance qu'elle soit le seul agent de la collectivité à être placé en congé maladie plus de trois mois à la date à laquelle la délibération a été prise ne permet pas, à lui seul, de faire présumer l'existence de faits constitutifs de harcèlement moral.

7. En outre, si Mme A se plaint d'une rupture d'égalité avec d'autres agents dès lors qu'elle aurait perdu le bénéfice de six jours de congés dont le report lui a été refusé après le 31 mars 2019, que quatre jours de " pont " lui auraient été supprimés et qu'elle aurait perdu les droits qui lui étaient ouverts auprès du comité national d'action sociale, elle ne l'établit pas. A supposer même qu'elle ait entendu se prévaloir de la situation d'une collègue qui aurait bénéficier d'un report de congés, il est constant que cette dernière, engagée en qualité d'agent contractuel, ne se trouvait pas dans la même situation que la requérante.

8. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme A a repris ses fonctions à compter du 25 février 2019, d'abord en mi-temps thérapeutique puis à temps plein, et que les tâches qui lui ont été confiées ont été partagées avec une collègue, d'abord recrutée en contrat à durée déterminée, avant un recrutement sur un poste permanent. Si la requérante se plaint d'une perte progressive de ses missions au profit de la collègue recrutée durant son congé maladie, il résulte de l'évaluation réalisée au titre de l'année 2019 que le partage des missions entre les deux agents a été décidé afin de lui permettre une reprise progressive et que les compétences professionnelles de Mme A ont été soulignées par la maire de Maxou. Contrairement à ce que fait valoir la requérante, la fiche de poste établie le 21 novembre 2019 ne fait apparaitre aucune modification du lien hiérarchique de Mme A, qui se trouvait directement placée sous l'autorité du maire. Par ailleurs, si la maire de Maxou a décidé de décharger l'intéressée de la gestion de la comptabilité et du personnel, cette décision visait à mettre fin à un conflit d'intérêt rencontré par la requérante en raison d'une action contentieuse qu'elle avait introduit devant le tribunal administratif de Toulouse afin de contester la mise en œuvre du nouveau régime indemnitaire des agents communaux. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la commune ait sollicitée, comme elle l'affirme, sa démission, celle-ci ayant été réclamée par le centre de gestion dans le cadre d'une procédure de mutation. L'absence de mise à jour de l'organigramme de la mairie sur le site internet ne mentionnant pas son nom ou le recrutement sur un poste permanent de la collègue l'ayant remplacée durant son congé maladie après son départ de la collectivité ne sont pas non plus révélateurs d'une volonté de l'évincer de son poste.

9. Enfin, si la requérante se plaint d'avoir fait l'objet d'attaques personnelles, de menaces de sanctions, et d'invectives qu'elle impute au maire de Maxou, elle ne l'établit pas. La requérante n'établit pas davantage par les pièces qu'elle produit la dégradation matérielle de ses conditions de travail, ou le refus opposé par la maire de Maxou à son avancement au grade de rédacteur principal.

10. Il résulte de ce qui précède que les agissements exposés ci-dessus ne peuvent être regardés comme laissant présumer des agissements répétés et constitutifs de harcèlement moral de la part du maire de la commune de Maxou. Mme A n'est dès lors pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de la commune de Maxou à raison de tels faits.

11. En dernier lieu, en se bornant à affirmer que la commune a fait preuve de résistance abusive, Mme A ne démontre pas que la commune de Maxou aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de la commune de Maxou qui n'est pas partie perdante à la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Maxou sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Maxou.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

La rapporteure,

A. Bayada Le président,

J.P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 novembre 202La greffière,

B. Flaesch

N°2025862

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