lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2026216 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CAROL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse, présentée par la Société Anima Concepte SL.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 décembre 2020 et 31 janvier 2022, la Société Anima Concepte SL, représentée par Me Carol, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2013, 2014 et 2015, ainsi que la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 juillet 2016, en droits et pénalités ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ne dispose d'aucun établissement stable en France ; l'installation d'un stand n'a pas de caractère permanent et autonome au sens de l'article 209 I alinéa 1 du code général des impôts et de la doctrine référencée BOI-IS-CHAMP-60 et BOI-INT-DG-20-20-10 n°40 ;
- les stipulations de la convention fiscale franco-andorrane du 2 avril 2013, bien que d'application postérieure aux années en litige, ne considèrent pas un stand comme un établissement stable ;
- ses activités en France sont ponctuelles et précaires, elle ne réalise pas d'opération par l'intermédiaire d'un représentant, il n'y a aucun cycle commercial complet dans l'exercice de son activité en France au sens de l'article 209 I alinéa 1 du code général des impôts et de la doctrine référencée BOI-IS-CHAMP-60-10-20, n° 140 ;
- la résidence principale du dirigeant en France ne saurait être qualifiée de locaux professionnels ; elle était locataire d'un bureau dans un centre d'affaires en Andorre ;
- elle démontre que l'exercice habituel de son activité est l'exploitation d'un point chaud en Andorre ;
- s'agissant de la reconstitution de ses résultats, il convient de déduire le chiffre d'affaires déclaré à l'administration fiscale andorrane ; le service commet une erreur manifeste d'appréciation en prenant comme référence, pour l'évaluation des charges déductibles, une activité de restauration rapide sédentaire, son niveau de charges étant de l'ordre de 98% et non de 66% comme retenu par le vérificateur ;
- l'administration se contredit dans son courrier du 2 octobre 2020 portant rejet de sa réclamation préalable, en affirmant qu'il n'a pas été fait application de la majoration de 40% pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du code général des impôts, dès lors que cela ressort des termes de la proposition de rectification ; en tout état de cause elle ne rapporte pas la preuve d'un manquement délibéré.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juin 2021 et 10 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention fiscale franco-andorrane du 2 avril 2013 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La Société Anima Concepte SL, dont le siège social est établi à Encamp, Principauté d'Andorre, exerce une activité principale de vente de sandwichs sur les foires, salons et marchés. A titre secondaire la société commercialise des couteaux, des friandises, de la bimbeloterie et des vélos électriques. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale, en l'absence de comptabilité relative aux exercices clos les 31 décembre 2013, 2014 et 2015, a reconstitué son résultat imposable et l'a assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre de ces exercices, ainsi qu'à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 juillet 2016, en droits et pénalités, dont elle demande la décharge.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne le principe de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés en France :
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. () les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45,53 A à 57, 108 à 117, 237 ter A et 302 septies A bis et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions. () ". Il résulte de ces dispositions que les bénéfices réalisés par une entreprise ayant son siège hors de France sont imposables en France notamment lorsqu'ils résultent d'opérations constituant l'exercice habituel en France d'une activité, c'est-à-dire lorsque l'entreprise exploite en France un établissement, y réalise des opérations par l'intermédiaire de représentants, ou si les opérations forment en France un cycle commercial complet, ces trois critères étant alternatifs.
3. Il résulte de l'instruction que la société Anima Concepte SL, dont le siège social est domicilié à Encamp dans la Principauté d'Andorre, est résidente fiscale de cette principauté, enregistrée au registre andorran du commerce et des sociétés. La société oppose qu'elle n'a en France que des activités ponctuelles et précaires et que l'exercice habituel de son activité consiste en l'exploitation d'un point chaud en Andorre. Toutefois, les déclarations fiscales obligatoires souscrites en Andorre ne font état d'aucun salaire, stock, immobilisation corporelle ou incorporelle dans cet Etat. De plus, le service a relevé que la société Anima Concepte SL n'était pas affiliée à la Caisse Andorrane de Sécurité Sociale au titre des années 2013, 2014 et 2015, qu'aucun document social la concernant n'a été présenté, et que l'encaissement de recettes rattachées au point chaud n'a pas été justifié. Si la requérante soutient que la direction effective de la société et une partie des livraisons étaient réalisées en Andorre, elle ne l'établit pas, en se bornant à produire des baux de location rédigés en catalan, ainsi qu'une attestation du 20 octobre 2020 justifiant de l'utilisation fréquente entre 2010 et 2014 d'un bureau loué à Encamp dans un centre d'affaires fonctionnant en société de domiciliation. En outre, les opérations de contrôle portant sur les exercices vérifiés ont révélé que la société exerçait, en France, une activité commerciale de vente de sandwichs dans les foires, salons et marchés. A cet effet, la société disposait d'un stand de 25m2 doté du matériel nécessaire à la conservation et à la confection des repas sur place. Ainsi qu'il ressort de la liste obtenue par le service dans son droit de communication et au cours du débat oral et contradictoire, les manifestations se déroulaient exclusivement à Paris, Bordeaux, Dijon, Toulouse et Argelès-sur-Mer. Le service a également relevé que les achats de matières premières nécessaires à l'activité de vente à emporter provenaient de fournisseurs français, et qu'elle avait déclaré un volume de trente personnes employées sur des foires salons et marchés en France, après s'être immatriculée au Centre national des firmes étrangères de Mulhouse. Le service fait état d'un faisceau d'indices démontrant que l'adresse du domicile personnel du dirigeant de la société, situé à Magdelaine sur Tarn, était utilisée dans la gestion de l'activité, tant vis-à-vis des fournisseurs que comme lieu de réception de marchandises, conduisant l'administration à considérer qu'il s'agissait de locaux professionnels à usage de bureau. Enfin, une adresse courriel française était présentée par la société dans ses publicités, utilisées dans le cadre des achats en France et communiquée à des fournisseurs, et la société fournit l'attestation d'un de ses principaux fournisseurs selon lequel les livraisons pour la période 2014-2015 étaient réalisées en France, sur le site des foires.
4. Dans ces conditions, l'administration fiscale établit que la société Anima Concepte SL exerçait à titre habituel, au cours des années en litige, une activité commerciale en France, par la réalisation d'opérations formant un cycle commercial complet, devant ainsi être regardée comme une entreprise exploitée en France au sens de l'article 209 du code général des impôts et, par suite, y être imposée sur ses bénéfices.
5. En second lieu, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de la convention franco-andorrane du 2 avril 2013, entrée en vigueur le 1er juillet 2015, dès lors que, ses stipulations relatives aux impôts sur le revenu ne s'appliquent qu'aux exercices débutant le 1er janvier 2016 soit postérieurement aux exercices vérifiés.
S'agissant de l'application de la doctrine fiscale :
6. La société n'est pas fondée à se prévaloir des instructions administratives référencées BOI-IS-CHAMP-60, BOI-INT-DG-20-20-10 n°40 et BOI-IS-CHAMP-60-10-20 qui ne comportent pas une interprétation différente de celle qui résulte de la loi.
En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires :
7. En vertu du dernier alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales applicable au litige, la charge de la preuve incombe au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu.
8. Il est constant que sur la période vérifiée, la société Anima Concepte SL ne disposait d'aucune comptabilité ou pièces en tenant lieu. Par suite, en application des dispositions précitées, la charge de la preuve de l'exagération des bases retenues par l'administration lui incombe.
9. En premier lieu, si la société soutient que le chiffre d'affaires reconstitué imposé à la taxe sur la valeur ajoutée devait être minoré du chiffre d'affaires déclaré à l'administration andorrane, elle n'établit toutefois pas la réalité du fonctionnement effectif de l'établissement exploitant un point chaud en Andorre. Ainsi, et alors qu'elle supporte la charge de la preuve, la société requérante ne peut être regardée comme démontrant que les rectifications contestées seraient exagérées.
10. En second lieu, en se bornant à faire état d'un taux de charge de 98% établi par comparaison avec la société Sud-Concepte, créée par son propre dirigeant en mai 2015, la requérante n'établit pas la réalité des charges dont elle demande la déduction. Dès lors, elle ne rapporte pas la preuve qui lui incombe, de l'exagération de l'évaluation des bases d'imposition, lesquelles ont été déterminées par comparaison avec un échantillon d'entreprises du secteur de la restauration rapide, avec un taux de charges de 66% retenu par le vérificateur.
En ce qui concerne les pénalités :
11. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai. ". En vertu de l'article 1729 du même code : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré. ".
12. Il résulte de l'instruction qu'une première proposition de rectification a été envoyée à la société le 23 décembre 2017, dans laquelle le vérificateur retenait une majoration de 40% pour manquement délibéré, au sens du a. de l'article 1729 du code général des impôts. Toutefois, une seconde proposition de rectification a été signifiée par voie d'huissier à la société requérante le 29 décembre 2017, annulant et remplaçant la première proposition, et dans laquelle le service a fait application de la pénalité de 40% prévue par les dispositions de l'article 1728 précité du code général des impôts.
13. Dès lors qu'il n'a pas été fait application du a. de l'article 1729 du code général des impôts, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce que l'administration fiscale, en ne rapportant pas la preuve d'un manquement délibéré, aurait méconnu ces dispositions.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la société Anima Concepte SL n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2013, 2014 et 2015, ainsi que la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 juillet 2016, en droits et pénalités.
Sur les frais liés au litige :
15. En premier lieu, la présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, les conclusions de la société Anima Concepte SL tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'État ne peuvent qu'être rejetées.
16. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Anima Concepte SL est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Anima Concepte SL et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 13 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 mars 2023,
Le greffier,
F. Balicki
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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