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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2026220

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2026220

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2026220
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 4 décembre 2020, présentée par Mme C A.

Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 4 décembre 2020, 11 février 2022 et 22 mars 2022, Mme C A, représentée par Me Marin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 novembre 2019 par laquelle le maire de l'Union a décidé de procéder à son changement d'affectation et lui a supprimé le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2020, ainsi que la décision du 7 octobre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner la commune de l'Union à lui verser la somme de 31 333,29 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des illégalités et agissements fautifs commis par son employeur ;

3°) de mettre à la charge de la commune de l'Union la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive, dès lors qu'elle justifie de circonstances particulières justifiant qu'un délai raisonnable supérieur à un an lui soit accordé pour contester la décision du 7 novembre 2019, qui ne comprenait pas les voies et délais de recours en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative ;

- la décision du 7 novembre 2019 constitue une sanction disciplinaire déguisée dès lors qu'elle a pour effet de diminuer sa rémunération et de lui retirer l'ensemble de ses responsabilités ;

- elle a été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle a droit à la réparation des préjudices subis du fait des illégalités et agissements fautifs de la commune de l'Union à hauteur de 16 333,29 euros s'agissant de son préjudice professionnel et de 15 000 euros s'agissant de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 avril 2021 et 25 février 2022, la commune de l'Union, représentée par Me Courrech, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 7 novembre 2019 sont tardives et par suite irrecevables ;

- les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 7 octobre 2020, qui n'a pas eu d'autre effet que de lier le contentieux, sont irrecevables ;

- les conclusions indemnitaires afférentes au rappel de nouvelle bonification indiciaire sont irrecevables ;

- la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gonzales, représentant Mme A, et de Me Mer, représentant la commune de l'Union.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, rédactrice territoriale, a été employée par la commune de l'Union (31) en qualité de directrice des finances à compter du 13 juin 2016. Par une décision du 7 novembre 2019, le maire de l'Union a prononcé son changement d'affectation sur un poste de chargée d'études et de missions - développement territorial, et lui a supprimé le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) à compter du 1er janvier 2020. Par un courrier du 24 septembre 2020, Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette dernière décision et a saisi la commune de l'Union d'une demande indemnitaire préalable tendant à l'octroi d'une indemnité en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des illégalités et agissements fautifs commis par son employeur, qui a été rejetée par une décision du 7 octobre 2020. Par la requête susvisée Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 7 novembre 2019 et de condamner la commune de l'Union à lui verser la somme globale de 31 333,29 euros en réparation de son préjudice professionnel et de son préjudice moral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un changement d'affectation revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

3. Pour soutenir que la décision du 7 novembre 2019 constitue une sanction disciplinaire déguisée, Mme A fait valoir que son changement d'affectation la prive de l'ensemble de ses responsabilités et a pour effet de diminuer sa rémunération. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la commune de l'Union l'a affectée sur un poste dont il n'est établi, ni même allégué, qu'il ne correspondrait pas au cadre d'emploi de rédacteur territorial auquel elle appartient. Par ailleurs, dès lors que les nouvelles fonctions de Mme A n'ouvrent pas droit au bénéfice de la NBI, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la diminution de sa rémunération à compter du 1er janvier 2020 résulterait d'une intention de la commune de l'Union de la lui retirer. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des rapports circonstanciés de plusieurs agents de la commune de l'Union, que le changement d'affectation de Mme A du poste de directrice des finances et de la commande publique au poste de chargée d'études et de missions au sein des services municipaux de la commune est intervenu, d'une part, à la suite de plusieurs dysfonctionnements constatés au sein du service des finances dont elle avait la responsabilité et, d'autre part, compte tenu de la détérioration de ses relations de travail avec ses agents. Ce changement d'affectation est ainsi justifié par les nécessités du service et ne révèle pas une intention de sanctionner Mme A qui a conservé l'essentiel des droits et prérogatives liés à son statut. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision du 7 novembre 2019 constituerait une sanction disciplinaire déguisée à son encontre. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur la responsabilité de la collectivité :

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : () / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ".

5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Mme A soutient avoir été victime de harcèlement moral de la part de la commune de l'Union, caractérisé par une charge de travail excessive ainsi que par la détérioration de ses conditions de travail. Elle soutient en particulier que sa hiérarchie a fait preuve d'une attitude déstabilisante et incohérente et qu'elle a injustement été mise à l'écart du service. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la collectivité aurait, par des agissements répétés, dégradé les conditions de travail de l'intéressée ou cherché à compromettre son avenir professionnel, alors que le changement d'affectation susmentionné a été décidé dans l'intérêt du service. Au demeurant, il est établi que la commune de l'Union a octroyé à la requérante un temps suffisant pour se familiariser avec ses fonctions en qualité de directrice des finances et de la commande publique, afin de résoudre les difficultés organisationnelles, managériales et techniques auxquelles elle avait été confrontée lors de sa prise de poste. Dans ces conditions, Mme A n'apporte pas des éléments suffisamment probants pour permettre de regarder comme au moins plausible le harcèlement moral dont elle se prétend victime. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune de l'Union a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la commune de l'Union a commis une illégalité ou un agissement fautifs susceptibles d'engager sa responsabilité.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Au vu de ce qui précède, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de l'Union, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme au titre des frais exposés par la commune de l'Union au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de l'Union sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de l'Union.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

A. BLe président,

J-P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 décembre 202Le greffier,

B. Flaesch

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