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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2026326

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2026326

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2026326
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montpellier le dossier de la requête de Mme C.

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2020, Mme A C demande au tribunal de condamner le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne (B) à lui verser une indemnité de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la gestion de sa situation, avec intérêts à taux légal à compter du 11 août 2020 et capitalisation des intérêts.

Elle soutient que :

- la responsabilité du B de Haute-Garonne est engagée à raison de l'illégalité de la décision du 12 juillet 2017 ;

- la responsabilité du B de Haute-Garonne est engagée à raison, d'une part, de la conduite de la procédure ayant mené à son licenciement du 1er décembre 2017 et, d'autre part, du comportement fautif dont son employeur a fait preuve lors de la procédure de réintégration ordonnée par le tribunal administratif de Toulouse ;

- elle a subi un préjudice moral qu'elle évalue à 5 000 euros et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle évalue à 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2021, le B, représenté par la SCP d'avocats Blanchet-Delord-Rodriguez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, faute pour la requérante d'établir la date d'envoi de sa demande préalable indemnitaire ;

- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 5 juillet 2022, le syndicat Sud collectivités territoriales de Haute-Garonne (SUD CT-31) demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de Mme C :

Une pièce complémentaire, enregistrée le 12 juillet 2022, a été produite par Mme C et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, psychologue, a été engagée, à compter du mois de juillet 2007, d'abord par contrat à durée déterminée puis par contrat à durée indéterminée à compter du 7 janvier 2008, par le centre départemental de l'enfance et de la famille (B) de Haute-Garonne. A la suite d'une réorganisation de l'établissement, le B de Haute-Garonne a proposé une diminution de la quotité de travail hebdomadaire de l'intéressée que Mme C a refusé. Par courrier du 12 juillet 2017, le B de Haute-Garonne a procédé au licenciement de l'intéressée avec effet au 1er décembre 2017. Par un jugement n°1704265 du 7 novembre 2019, le tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision du 12 juillet 2017 et enjoint au B de Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de Mme C. Par un courrier du 3 août 2020, Mme C a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de l'illégalité de son licenciement, ainsi que des agissements fautifs commis par son employeur lors de la procédure de licenciement et à l'occasion de la procédure de réintégration décidée par ce dernier. Le silence gardé par le B de Haute-Garonne sur sa demande a fait naître une décision de rejet implicite. Par sa requête, Mme C demande la condamnation du B de Haute-Garonne à lui verser une somme totale de 15 000 euros à raison de fautes commises par le B de Haute-Garonne dans la gestion de sa situation.

Sur l'intervention volontaire :

2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. () Le président de la formation de jugement () ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention. ". Dans le cadre de ces dispositions, est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Toutefois, l'intervention formée dans le cadre d'un recours indemnitaire n'est recevable que si l'issue du contentieux indemnitaire lèse de façon suffisamment directe les intérêts de l'intervenant.

3. Les conclusions présentées par Mme C ne relevant pas d'une atteinte à l'intérêt collectif des fonctionnaires, le syndicat SUD CT 31 ne justifie pas d'un intérêt suffisant pour intervenir dans cette instance. Son intervention n'est pas admise.

Sur la responsabilité :

4. En premier lieu, si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

5. Il résulte de l'instruction que la décision de licenciement a été annulée par le tribunal administratif de Toulouse le 7 novembre 2019 en raison de l'incompétence de son signataire. Mme C ne conteste pas le motif de son licenciement qui n'est pas illégal. Par suite, le préjudice qu'aurait subi la requérante ne peut être regardé comme la conséquence du vice d'incompétence dont cette décision était entachée.

6. En deuxième lieu, Mme C demande réparation au B de Haute-Garonne à raison d'agissements fautifs à l'occasion de la réorganisation des services ayant conduit à son licenciement.

7. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une réorganisation interne nécessitant une modification de la répartition des psychologues intervenant au sein de l'établissement, le B de Haute-Garonne leur a demandé de présenter une candidature sur les unités éducatives de l'établissement créées à la suite de cette réorganisation. Alors que l'une des unités dans laquelle Mme C intervenait avait fait l'objet d'une fermeture et que l'intéressée avait fait part de son souhait d'intervenir uniquement sur l'unité de la Villa Launaguet, le B de Haute-Garonne lui a indiqué que ce souhait ne permettait pas le maintien de la quotité de temps de travail à 75 % et lui a proposé une réduction de son temps de travail. Mme C fait valoir avoir subi à l'occasion de cette réorganisation des pressions et des comportements autoritaires qu'elle impute à la direction du B de Haute-Garonne. Toutefois, l'attestation rédigée par un ancien psychologue recruté par l'établissement jusqu'en janvier 2017 ne comporte aucune précision sur les faits que la requérante soutient avoir subis. Par ailleurs, le courrier du 29 mai 2017, transmis par le B de Haute-Garonne à l'intéressée, qui précise les motifs pour lesquelles sa candidature n'a pas été retenue pour un poste situé sur la villa route de Revel ainsi que ceux pour lesquelles il lui est proposé une réduction de son temps de travail, ne comporte aucun terme excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la procédure de réorganisation puis celle de licenciement auraient été menées dans les conditions autoritaires dénoncées par la requérante ou auraient été la conséquence de son refus de se porter candidate aux postes ouverts dans le cadre de la réorganisation des services. La requérante n'établit pas davantage que cette procédure serait sans lien avec l'intérêt du service et notamment viserait à sanctionner un manque d'implication qui lui aurait été reproché.

7. En dernier lieu, si la requérante soutient qu'elle aurait été victime de ces mêmes comportements, qu'elle qualifie de brutaux et d'autoritaires, lors de la procédure de réintégration, elle ne l'établit aucunement par les pièces versées au dossier.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme C n'établit pas le comportement fautif qu'elle impute au B de Haute-Garonne et n'est par suite pas fondée à soutenir que la responsabilité du B de Haute-Garonne est engagée du fait de la gestion de sa situation à la suite de la réorganisation de l'établissement et après sa réintégration.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme C la somme réclamée par le B de Haute-Garonne au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'intervention du syndicat Sud CT 31 n'est pas admise.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par le B de Haute-Garonne au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au centre départemental de l'enfance et de la famille de Haute-Garonne et au syndicat Sud CT 31.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

A. Bayada Le président,

J.P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 décembre 202La greffière,

B. Flaesch

N°2026326

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