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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100090

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100090

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100090
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESPRES & NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2100090 le 8 janvier 2021 et le 11 mars 2022, Mme B A épouse C et M. D C, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur, représentés par la SELARL Société Pascal Nakache, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser la somme de 30 000 euros à leur fils en réparation de son préjudice moral, 10 000 euros à leur verser en réparation de leur propre préjudice moral ainsi que 20 000 euros en raison des pertes de revenus ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'année 2018/2019 a été caractérisée par des difficultés dans la relation avec l'enseignante qui était inapte à assumer ses fonctions d'enseignant à l'égard d'un enfant handicapé ;

- l'État a failli à l'accomplissement de sa mission dans l'organisation générale du service public de l'éducation en ne mettant pas effectivement en œuvre le projet personnalisé de scolarisation, refusant de mettre effectivement en place une équipe de suivi de la scolarisation et la concertation avec les professionnels de santé, refusant de mettre en place le protocole d'accompagnement et en laissant l'institutrice mettre en œuvre des pratiques contraires aux préconisations des spécialistes ;

- il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles subis par l'enfant dans ses conditions d'existence en l'évaluant à la somme de 30 000 euros ;

- il sera fait une juste appréciation de leurs propres préjudices en les évaluant aux sommes de 10 000 euros au titre du préjudice moral et 20 000 euros au titre de la perte de revenus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, la rectrice de la région académique Occitanie, rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'Etat n'a commis aucune faute, qu'aucun préjudice n'a été subi et que la responsabilité sans faute ne peut être retenue en l'absence de préjudice anormal et spécial.

II°) Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2102131 les 27 avril 2021 11 mars 2022, Mme B A épouse C et M. D C, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur, représentés par la SELARL Société Pascal Nakache, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser la somme de 30 000 euros à leur fils en réparation de son préjudice moral, 10 000 euros à leur verser en réparation de leur propre préjudice moral ainsi que 20 000 euros en raison des pertes de revenus ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'année 2018/2019 a été caractérisée par des difficultés dans la relation avec l'enseignante qui était inapte à assumer ses fonctions d'enseignant à l'égard d'un enfant handicapé ;

- l'État a failli à l'accomplissement de sa mission dans l'organisation générale du service public de l'éducation en ne mettant pas effectivement en œuvre le projet personnalisé de scolarisation, refusant de mettre effectivement en place une équipe de suivi de la scolarisation et la concertation avec les professionnels de santé, refusant de mettre en place le protocole d'accompagnement et en laissant l'institutrice mettre en œuvre des pratiques contraires aux préconisations des spécialistes ;

- il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles subis par l'enfant dans ses conditions d'existence en l'évaluant à la somme de 30 000 euros ;

- il sera fait une juste appréciation de leurs propres préjudices en les évaluant aux sommes de 10 000 euros au titre du préjudice moral et 20 000 euros au titre de la perte de revenus.

Une mise en demeure a été adressée au préfet des Pyrénées-Orientales le 29 décembre 2021.

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Doumergue, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le fils cadet de M. et Mme C, né le 10 juin 2011 et ayant un handicap, était scolarisé à l'école de Claira en petite section au titre de l'année scolaire 2014/2015 puis en moyenne section au titre de l'année 2015/2016. Après une année d'instruction à domicile, l'enfant a, de nouveau, été scolarisé au sein de la même école en classe préparatoire pour 2017/2018, en cours élémentaire première année pour 2018/2019, en cours élémentaire deuxième année pour 2019/2020 et en cours moyen première année pour 2020/2021. Estimant que la prise en charge scolaire de l'enfant par l'éducation nationale était insuffisante, les époux C ont formé une réclamation préalable indemnitaire adressée le 8 septembre 2020 au préfet de la Haute-Garonne et le 23 décembre 2020 au préfet des Pyrénées-Orientales. Aucune réponse n'a été apportée à cette demande par les services de l'Etat. Par les présentes requêtes n° 2100090 et 2102131, M. et Mme C demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'ils ont subis et du préjudice moral de l'enfant.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées, qui concernent les mêmes requérants et portent sur les mêmes questions de droit et de fait, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun () " et aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap. ". Aux termes de l'article L. 112-2 de ce même code : " Afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant, adolescent ou adulte en situation de handicap a droit à une évaluation de ses compétences, de ses besoins et des mesures mises en œuvre dans le cadre de ce parcours, selon une périodicité adaptée à sa situation. Cette évaluation est réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles. Les parents ou le représentant légal de l'enfant sont obligatoirement invités à s'exprimer à cette occasion. En fonction des résultats de l'évaluation, il est proposé à chaque enfant, adolescent ou adulte en situation de handicap, ainsi qu'à sa famille, un parcours de formation qui fait l'objet d'un projet personnalisé de scolarisation assorti des ajustements nécessaires en favorisant, chaque fois que possible, la formation en milieu scolaire ordinaire. Le projet personnalisé de scolarisation constitue un élément du plan de compensation visé à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles. Il propose des modalités de déroulement de la scolarité coordonnées avec les mesures permettant l'accompagnement de celle-ci figurant dans le plan de compensation ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, d'une part, le droit à l'éducation étant garanti à chacun quelles que soient les différences de situation, et, d'autre part, que le caractère obligatoire de l'instruction s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants en situation de handicap ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Il incombe à cet égard à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.

5. Aux termes de l'article L. 351-1 du code de l'éducation : " Les enfants () présentant un handicap ou un trouble de santé invalidant sont scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires (), si nécessaire au sein de dispositifs adaptés, lorsque ce mode de scolarisation répond aux besoins des élèves. () Dans tous les cas et lorsque leurs besoins le justifient, les élèves bénéficient des aides et accompagnements complémentaires nécessaires ". Aux termes de l'article L. 351-3 de ce même code : " Lorsque la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles constate que la scolarisation d'un enfant dans une classe de l'enseignement public ou d'un établissement mentionné à l'article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1. Si cette scolarisation n'implique pas une aide individuelle mais que les besoins de l'élève justifient qu'il bénéficie d'une aide mutualisée, la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles en arrête le principe et en précise les activités principales. Cette aide mutualisée est apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté dans les conditions fixées à l'article L. 917-1 du présent code ".

6. Il résulte de l'instruction que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Pyrénées-Orientales a émis un avis favorable pour l'intervention d'une auxiliaire de vie scolaire mutualisée pour l'année 2015/2016 puis individualisée à hauteur de 20 heures par semaine à compter de la rentrée scolaire 2016/2017. La même commission a également donné son accord, le 3 mai 2019, pour l'attribution de matériel pédagogique adapté pour la période du 2 mai 2019 au 31 août 2022.

7. Il est constant que l'enfant a bénéficié, dans le cadre d'une orientation scolaire ordinaire, d'une auxiliaire de vie scolaire dans les conditions prévues par la commission, d'un emploi du temps scolaire adapté à ses rendez-vous avec des professionnels de santé ainsi que d'un enseignant spécialisé dans les troubles de l'audition. Par ailleurs, ont été mis en place un projet personnalisé de scolarisation à la rentrée 2018, deux guides d'évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation pour les années scolaires 2018/2019 et 2019/2020, auxquels ont participé l'orthophoniste qui suit l'enfant pour le premier et plusieurs professionnels de santé ainsi que le psychologue scolaire pour le second, et un protocole annuel d'accompagnement d'un élève handicapé en 2019/2020. Il ne résulte pas de l'instruction que ces documents n'auraient pas été respectés ou qu'ils auraient été mis en place tardivement. S'agissant du matériel pédagogique adapté, l'acquisition par les requérants d'un micro au début de l'année 2018 ou l'impossibilité d'utiliser en juin 2018 un outil particulier pour les mathématiques conseillé par le neuro-pédiatre ne révèlent aucune faute dès lors que ces faits sont intervenus avant la décision de la commission des droits et de l'autonomie du 3 mai 2019. Si les requérants mettent en cause les méthodes, notamment pédagogiques, inadaptées de l'enseignant de l'enfant au cours de l'année 2018/2019, il ne résulte aucunement de l'instruction que cet enseignant aurait commis une faute de service ou une faute personnelle commise à l'occasion du service. Enfin, les divers faits relevés par les requérants s'agissant d'un problème avec l'assurance de l'école en 2016, d'informations données le jour de la rentrée quant à l'identité de l'enseignant ou de l'assistant de vie scolaire ne sont ni fautifs, ni en lien avec le droit à l'éduction de l'enfant. Il suit de là que l'Etat a pris l'ensemble des mesures et mis en œuvre les moyens nécessaires pour que le droit à l'éducation de l'enfant ait un caractère effectif et n'a ainsi commis aucune faute.

8. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions indemnitaires de M. et Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme C la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2100090 et n° 2102131 de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C, à M. D C et à la rectrice de la région académique Occitanie, rectrice de l'académie de Montpellier .

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

C. Doumergue

Le président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 29 novembre 202La greffière,

L. Salsmann

2, 2102131

Ls

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