vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2100358 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BETROM |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête n° 2100358, enregistrée le 26 janvier 2021, M. D B, représenté par Me Betrom, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 14 400 euros au titre de l'incapacité permanente partielle subie du fait de la tendinopathie rompue de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche consécutive à l'accident de service survenu le 6 mars 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'un accident de travail le 6 mars 2019 qui a entraîné une tendinopathie rompue de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche ; il est en droit de solliciter la réparation de ses préjudices extra-patrimoniaux directement liés à cet accident, même en l'absence de faute de l'administration ;
- il a subi un préjudice à hauteur de 14 400 euros au titre de son incapacité permanente partielle évaluée à 8 % par le médecin expert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la demande indemnitaire du requérant n'est pas fondée.
II - Par une requête n° 2105510, enregistrée le 19 octobre 2021, M. D B, représenté par Me Betrom, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 14 400 euros au titre de l'incapacité permanente partielle subie du fait de la pathologie dépressive consécutive à l'accident de service survenu le 6 mars 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'un accident de travail le 6 mars 2019 qui a entraîné un trouble anxio-dépressif ; il est en droit de solliciter la réparation de ses préjudices extra-patrimoniaux directement liés à cet accident même en l'absence de faute de l'administration ;
- il a subi un préjudice à hauteur de 14 400 euros au titre de son incapacité permanente partielle évaluée à 8 % par le médecin expert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la demande indemnitaire du requérant n'est pas fondée.
Vu :
- l'ordonnance n° 2100357 du juge des référés du 9 mars 2021 ;
- l'ordonnance du président du tribunal administratif du 10 mai 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est surveillant principal et exerçait ses fonctions au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone. Le 6 mars 2019, il a été victime d'un accident reconnu imputable au service par une décision du 5 juin 2019. Par un courrier du 24 juillet 2021, reçu le 27 juillet suivant, M. B a présenté une réclamation indemnitaire préalable. Par la requête n° 2100358, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 14 400 euros au titre de l'incapacité permanente partielle subie du fait de la tendinopathie rompue de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche consécutive à l'accident de service survenu le 6 mars 2019. Par la requête n°2105510, l'intéressé demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la même somme au titre de l'incapacité permanente partielle subie du fait de ses troubles anxio-dépressifs consécutifs à cet accident. Les requêtes susvisées n° 2100358 et n° 2105510, présentées pour M. B, concernent la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité sans faute :
2. D'une part, constitue un accident de service, tout évènement, quelle qu'en soit la nature, survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il en est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci, sauf si des circonstances particulières ou une faute personnelle du fonctionnaire détachent cet évènement du service.
3. Il résulte de l'instruction que, le 6 mars 2019, M. B a subi une distorsion de son épaule gauche en raison d'un faux mouvement lors de la manipulation d'une clef restée coincée dans une serrure alors qu'il était allé chercher un détenu en salle d'attente pour l'accompagner aux parloirs. Cet accident a été reconnu imputable au service par une décision du 5 juin 2019.
4. Outre la tendinopathie rompue de la coiffe des rotateurs au niveau de son épaule gauche dont l'imputabilité à l'accident de service n'est pas contestée en défense, il est constant que M. B a développé postérieurement à cet accident un syndrome anxio-dépressif. Concernant le lien de causalité entre cette pathologie psychiatrique et l'accident de service du 6 mars 2019, il ressort du rapport médical du 7 juin 2021 émanant du docteur D., médecin psychiatre agréé, que le syndrome dépressif est justifié au titre de l'accident de travail et qu'il n'y a pas d'état antérieur. Il ressort également du rapport d'expertise en date du 9 février 2022 émanant du docteur D., médecin psychiatre agréé désigné par ordonnance de référé expertise du tribunal administratif de Montpellier en date du 17 septembre 2021, que suite à son accident de service du 6 mars 2019, M. B a fait l'objet d'un changement d'affectation, ce qu'il a vécu comme un déclassement professionnel et, de ce fait, a manifesté un syndrome de stress post-traumatique en relation avec l'accident. Cet expert ajoute que " progressivement, en dépit du suivi psychiatrique et d'une prise de traitement psychotrope régulier (), il a développé une pathologie de névrose post-traumatique invalidante () ". Le docteur D. conclut ainsi que : " l'accident du 6 mars 2019 et surtout ses conséquences dans son reclassement professionnel vécu comme déqualifiant et profondément injuste ont été la cause déclenchante d'une symptomatologie essentiellement psychiatrique () ". Si le ministre fait valoir que le syndrome anxio-dépressif de l'intéressé ne s'est développé qu'au cours de l'année 2020 suite à un changement de poste et que le requérant n'a présenté des certificats d'arrêt de travail en raison de cette pathologie qu'à compter du 7 décembre 2020, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause l'imputabilité à l'accident de service de ces troubles psychiatriques dès lors qu'il n'est pas contesté que le changement d'affectation professionnelle de l'intéressé survenu en 2020 est une conséquence directe de cet accident. Dans ces conditions, il ressort des différents éléments médicaux produits à la présente instance que le syndrome de stress post-traumatique ayant évolué en névrose traumatique qu'a développé M. B résulte directement de l'accident reconnu imputable au service du 6 mars 2019 alors que, par ailleurs, l'intéressé ne présentait aucun état antérieur.
5. D'autre part, les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Elles déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
6. M. B est donc fondé à demander à son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci, la réparation des préjudices personnels subis tels que les souffrances physiques ou morales, le préjudice d'agrément ou les troubles dans les conditions d'existence en lien direct et certain avec l'accident de service du 6 mars 2019.
En ce qui concerne les préjudices subis :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire précité en date du 9 février 2022 émanant du médecin psychiatre agréé désigné par le tribunal, que le préjudice personnel afférent à l'incapacité permanente dont M. B demeure atteint, tant du fait des symptômes physiques ressentis que de la souffrance psychique liée à la pathologie post-traumatique en lien avec l'accident, doit être fixé à 8 %. M. B étant âgé de 43 ans à la date de consolidation fixée par cet expert au 6 septembre 2021, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant du déficit fonctionnel permanent dû à sa tendinopathie rompue de la coiffe du rotateur de l'épaule gauche ainsi qu'à sa pathologie anxio-dépressive liées à l'accident, évalué par l'expert à 8 %, en l'indemnisant à hauteur de la somme de 12 000 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit donc être condamné au versement de la somme de 12 000 euros, sous déduction de la provision d'un montant de 10 000 euros que le juge des référés du tribunal a accordée au requérant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative par ordonnance n° 2100357 du 9 mars 2021.
Sur les frais d'expertise :
9. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise médicale réalisée par le docteur C, taxés et liquidés à hauteur de 700 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif du 10 mai 2022, à la charge définitive de l'Etat.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 12 000 euros, sous déduction de la provision d'un montant de 10 000 euros que le juge des référés du tribunal a accordée au requérant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative par ordonnance n° 2100357 du 9 mars 2021.
Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 700 euros sont mis à la charge définitive de l'Etat.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
M. BossiLe président,
J.-P. Gayrard
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 27 janvier 2023.
La greffière,
B. Flaesch
N°s 2100358 et 2105510il
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026