vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2100748 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PION RICCIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2021, Mme B E, représentée par Me Pion Riccio, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé de reconnaître imputable au service l'évènement survenu le 6 mars 2020 et pour lequel elle a été placée en congé maladie du 6 mars 2020 au 8 décembre 2020 ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Hérault de la placer en congé de maladie imputable au service à compter du 6 mars 2020 dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental de l'Hérault une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente faute de disposer d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, ni la lettre de saisine de la commission de réforme, ni l'avis rendu par cette dernière ne lui ont été communiqués, malgré une demande en ce sens ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé présente un lien direct avec un malaise dont elle a été victime sur son lieu de travail et à l'occasion du service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pion Riccio, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, agent administratif employé par le département de l'Hérault, a été victime d'un malaise après un entretien mené par son supérieur hiérarchique, le 6 mars 2020, dont elle a demandé la reconnaissance du caractère imputable au service, par déclaration du 9 mars 2020. Après un avis défavorable rendu par la commission de réforme, le 21 octobre 2020, le président du département de l'Hérault a refusé de reconnaître imputable au service cet évènement par une décision du 15 décembre 2020. Par sa requête, Mme E en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D A, directrice générale adjointe des ressources humaines. Par arrêté du président du département de l'Hérault du 22 octobre 2020, publié au recueil des actes administratifs du même jour, Mme D A a reçu délégation à l'effet de signer les actes individuels relatifs à la nomination des agents du département et tous autres documents relevant des attributions de la direction des ressources humaines, et notamment les décisions relevant de la direction carrière, paye et retraites. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dans sa version applicable au litige : " La commission ne peut délibérer valablement que si au moins quatre de ses membres ayant voix délibérative assistent à la séance. / Deux praticiens, titulaires ou suppléants, doivent obligatoirement être présents. / Cependant, en cas d'absence d'un praticien de médecine générale, le médecin spécialiste a voix délibérative par dérogation au 1 de l'article 3. / Les médecins visés au 1 de l'article 3 et les médecins agréés ayant reçu pouvoir en application de l'article 8 ne peuvent pas siéger avec voix délibérative lorsque la commission examine le dossier d'un agent qu'ils ont examiné à titre d'expert ou de médecin traitant. / Les avis sont émis à la majorité des membres présents. Ils doivent être motivés, dans le respect du secret médical. / En cas d'égalité des voix, l'avis est réputé rendu. / Les avis sont communiqués aux intéressés dans les conditions fixées par les dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a obtenu communication de l'avis de la commission de réforme, le 18 décembre 2020, à l'occasion de la notification, effectuée en mains propres, le 18 décembre 2020, de la décision refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 6 mars 2020. Puis, par courriel du 11 mars 2021, le conseil départemental de l'Hérault, saisi d'une demande de communication de la lettre de saisine de la commission de réforme et de l'avis de cette même commission, a transmis ces deux pièces au conseil de la requérante. Mme E, qui ne critique, ni la composition de la commission de réforme ni la régularité de l'avis rendu, ni ne fait valoir que les membres de la commission de réforme auraient été insuffisamment éclairés lors de l'examen de sa situation, ne peut utilement soutenir que l'avis aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour l'autorité territoriale d'avoir communiqué ces deux pièces. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure sera écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des termes même de la décision attaquée que le président du conseil départemental de l'Hérault, après avoir rappelé le cadre juridique de la demande de Mme E et le sens de l'avis de la commission de réforme, ainsi que la date de la réunion de cette dernière, a précisé les motifs pour lesquels il a refusé la reconnaissance sollicitée. Contrairement à ce que soutient la requérante, le président du conseil départemental de l'Hérault ne s'est pas borné à se référer à l'avis de la commission mais a porté une appréciation sur la situation de l'intéressée en estimant que la pathologie déclarée ne pouvait pas être regardée comme la conséquence brutale d'un choc soudain survenu le 6 mars 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 15 décembre 2020 doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, crée par l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique : () " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. " Les dispositions issues de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont entrées en vigueur, pour les agents relevant de la fonction publique territoriale, à la date d'entrée en vigueur du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, soit le 13 avril 2019. En l'absence de dispositions contraires, elles sont d'application immédiate et ont donc vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur. Les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.
7. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
8. Mme E soutient que le syndrome dépressif dont elle souffre présente un lien direct avec le déroulement de l'entretien mené par le directeur du pôle tourisme, qui aurait, à cette occasion, multiplié les reproches et agressions verbales, l'aurait brutalement informée de la mise en œuvre d'une procédure de mobilité interne d'office dans l'intérêt du service puis menacée de poursuites disciplinaires.
9. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'entretien du 6 mars 2020 s'inscrivait dans la continuité de difficultés survenues dans l'exécution des tâches de Mme E et pour lesquelles l'intéressée avait fait l'objet de remarques dans le cadre de son évaluation annuelle. A la suite de ces difficultés, Mme E a été convoquée par le directeur du pôle tourisme afin de discuter de la mise en œuvre d'une procédure de mobilité interne, entretien auquel elle s'est présentée, assistée d'un collègue, agent de prévention. Si l'intéressée fait valoir que l'entretien s'est déroulé dans des conditions brutales, il ressort au contraire de l'attestation rédigée par le collègue assistant de prévention, présent lors de l'entretien que le supérieur hiérarchique de Mme E a exposé les difficultés rencontrées sur lesquelles Mme E a pu s'exprimer, sans faire état de reproches infondés, de propos déplacés ou encore de comportements agressifs. Si le rapport d'incident rédigé par le supérieur hiérarchique de l'intéressée précise que Mme E a " été déstabilisée par l'annonce de la procédure de mobilité et a quitté la réunion à 14 h 30 ", il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le chef de service ait, lors de cette annonce, eu un comportement ou des propos qui aurait excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Les autres attestations produites par la requérante ne font pas davantage état d'une conduite brutale de l'entretien en cause. Dans ces conditions, la circonstance que Mme E aurait ressenti " un choc " après que son supérieur hiérarchique lui ait annoncé son intention de demander son déplacement d'office, lequel aurait provoqué un syndrome anxio-dépressif, n'est pas, par elle-même, de nature à établir qu'elle aurait été victime d'un accident de service. Il s'ensuit que c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées que le président du conseil départemental de l'Hérault a estimé que la survenance de ce syndrome anxio-dépressif ne présentait pas un lien suffisamment direct et certain avec l'entretien d'évaluation pour être regardée comme un accident de service.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé de reconnaître imputable au service l'évènement du 6 mars 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 décembre 2020 n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme E doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par Mme E au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au département de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Gavalda, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
La rapporteure,
A. C Le président,
J.P. Gayrard
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 septembre 2022.
La greffière,
B. Flaeschil
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