mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101195 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VIGREUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Vigreux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la direction départementale des finances publiques (DDFIP) des Pyrénées-Orientales à la suite de son recours à l'encontre de la mise en demeure de payer du 24 septembre 2020 ;
2°) d'annuler ensemble et en tant que de besoin la mise en demeure de payer du 24 septembre 2020 ;
3°) d'annuler ensemble et en tant que de besoin le titre de perception du 23 avril 2018 lui imputant un trop perçu d'un montant de 3 885,70 euros et lui en réclamant le remboursement ;
4°) en conséquence, de prononcer la décharge de la créance en litige à son bénéfice ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le rectorat de Paris s'est abstenu de solliciter des justifications de ses absences avant de prendre la décision de reversement alors qu'elle pouvait apporter les justificatifs nécessaires ;
- la motivation en droit sur laquelle se fonde l'ordonnateur est erronée, le décret du 16 avril 1951 étant abrogé depuis plus de deux ans ;
- les décisions sont entachées d'une erreur de droit dès lors que la circulaire prévoit que l'interruption des études pour des raisons médicales graves, ce qui correspond à sa situation, ne suspend pas le paiement de la bourse ; et, pour les mêmes motifs, entachées d'une erreur d'appréciation des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris, représenté par Me Moreau, conclut à sa mise hors de cause et à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il est incompétent en matière d'attribution et de suspension des bourses d'enseignement supérieur et devra donc être mis hors de cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le recteur de l'académie de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions de la requérante dirigées contre les courriers du 4 mai 2017 et du 2 octobre 2017, qui sont des mesures préparatoires au titre de perception, sont irrecevables dès lors que ceux-ci ne constituent pas des décisions faisant grief ;
- la requérante ne respectait pas les conditions règlementaires subordonnant le droit à bourse sur critères sociaux dès lors qu'elle n'a pas finalisé son inscription pour cette année universitaire ; il est demandé au tribunal de substituer ce motif au motif du non-respect de l'obligation d'assiduité mentionné dans les courriers des services académiques et du CROUS comme motif du reversement de la bourse perçue du 1er septembre 2016 au 31 mars 2017 ;
- en sollicitant une remise gracieuse dans son courrier adressé au DDFIP du 23 novembre 2020 la requérante doit être regardée comme ayant reconnu l'existence de la créance ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la circulaire n° 2016-088 du 6 juin 2016 relative aux modalités d'attribution des bourses d'enseignement supérieur sur critères sociaux, des aides au mérite et à la mobilité internationale pour l'année 2016-2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a bénéficié d'une bourse d'enseignement supérieur sur critères sociaux d'échelon 7 pour l'année universitaire 2016/2017 au titre d'une inscription en licence 1 mention " arts plastiques " à l'université de Paris I. Par courrier du 15 mars 2017, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Paris lui a indiqué qu'elle ne respectait pas les conditions réglementaires subordonnant son droit à bourses au motif d'une " non assiduité ". Mme B a alors transmis par courriel du 31 mars 2017 un certificat du service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé daté du même jour. Par un courrier du 4 mai 2017, les services du CROUS l'ont informée de la suspension du versement de la bourse. Le 2 octobre 2017, les services académiques ont informé Mme B que le non-respect des obligations prévues par la circulaire du 6 juin 2016 entraînait le reversement des sommes indûment perçues, à savoir 3 885,70 euros pour la période du 1er septembre 2016 au 31 mars 2017, annonçant l'émission d'un titre exécutoire. Un titre exécutoire d'un montant de 3 885,70 euros a été émis le 23 avril 2018 à l'encontre de Mme B par la direction départementale des finances publiques (DDFIP) des Pyrénées-Orientales en vue de recouvrer la somme correspondante. Le 24 septembre 2020, et en l'absence de paiement avant la date limite indiquée sur le titre exécutoire, la DDFIP a adressé à Mme B une mise en demeure de payer la somme de 4 274,70 euros. Par un courrier du 23 novembre 2020, Mme B a adressé une réclamation au DDFIP tendant à l'annulation de sa dette ou à tout le moins à une remise gracieuse. Cette réclamation étant restée sans réponse, Mme B, qui demande au tribunal d'annuler le rejet de sa réclamation et " en tant que besoin " la mise en demeure de payer, le titre exécutoire et la décision de reversement, doit être regardée comme demandant l'annulation du titre exécutoire et à être déchargée du paiement de la somme de 3 885,70 euros.
2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de l'éducation " La collectivité nationale accorde aux étudiants, dans les conditions déterminées par voie réglementaire, des prestations qui sont dispensées notamment par le réseau des œuvres universitaires mentionné à l'article L. 822-1 où les étudiants élisent leurs représentants sans distinction de nationalité et où les collectivités territoriales sont représentées dans les conditions et selon des modalités fixées par décret. Elle privilégie l'aide servie à l'étudiant sous condition de ressources afin de réduire les inégalités sociales. ". Aux termes de l'article D. 821-1 du code de l'éducation : " Les bourses d'enseignement supérieur sur critères sociaux et les aides au mérite sont attribuées aux étudiants selon des conditions d'études, d'âge, de diplôme, de nationalité, de ressources ou de mérite fixées par le ministre chargé de l'enseignement supérieur. / Si l'étudiant ne remplit pas les conditions générales de scolarité et d'assiduité auxquelles est subordonné son droit à la bourse, il est tenu au reversement des sommes indûment perçues. ". La circulaire n° 2017-059 du 11 avril 2017 relative aux modalités d'attribution des bourses d'enseignement supérieur sur critères sociaux pour l'année 2017-2018 précise notamment que " Pour bénéficier d'une bourse d'enseignement supérieur sur critères sociaux, l'étudiant doit être inscrit dans une formation relevant de la compétence du ministre chargé de l'enseignement supérieur conduisant à un diplôme national de l'enseignement supérieur ou habilitée à recevoir des boursiers ". L'article 2.2 de l'annexe 4 de cette circulaire précise : " Lorsqu'un étudiant titulaire d'une bourse d'enseignement supérieur sur critères sociaux doit interrompre ses études au cours de l'année universitaire pour des raisons médicales graves (traitement médical, hospitalisation), il est tenu d'en informer les services de gestion des bourses et de leur transmettre toutes les pièces justificatives nécessaires. Dans ce cas, l'interruption d'études ne suspend pas le paiement de la bourse pendant la période considérée. () ".
3. Il résulte de l'instruction que la bourse dont Mme B avait bénéficié pour l'année universitaire 2016-2017 a été suspendue à compter du mois de mars 2017 et que son remboursement lui a été réclamé en raison d'un défaut d'assiduité, que l'intéressée conteste en faisant valoir des raisons médicales graves au sens des dispositions précitées.
4. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Dans son mémoire en défense, le recteur fait valoir que Mme B n'a pas respecté l'obligation d'inscription aux enseignements, ce qu'elle avait reconnu le 6 avril 2017 après que les services l'en aient informée. Il fait valoir que le titre exécutoire contesté est légalement fondé sur le motif tiré du non-respect par Mme B de son obligation d'inscription aux enseignements dans le cadre de sa licence et demande que ce motif soit substitué. Il résulte des pièces produites en défense et n'est pas sérieusement contesté par Mme B, qui l'avait effectivement mentionné dans son courrier du 6 avril 2017, que son inscription au titre de l'année universitaire 2016/2017 n'avait pas été finalisée. Dans ces conditions et en application des dispositions de l'article D. 821-1 du code de l'éducation et de la circulaire du 6 juin 2016, qui conditionne l'octroi de la bourse à l'inscription dans une formation le permettant, ce motif est de nature à justifier la décision contestée et il y a lieu de procéder à la substitution de motifs sollicitée qui ne prive la requérante d'aucune garantie procédurale. La circonstance que la requérante produise un certificat médical établi par le service interuniversitaire de médecine préventive de Paris I indiquant que son état de santé justifie toutes les absences et défaillances depuis le début de l'année universitaire 2016-2017, est par suite sans incidence sur la légalité de la décision.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation du titre exécutoire et à la décharge de la somme de 3 885,70 euros doivent être rejetées.
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés. Dans les circonstances de l'espèce et en tout état de cause, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CROUS tendant à l'application des dispositions de cet article.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au recteur de l'académie de Paris et à la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Orientales.
Copie en sera adressée au centre régional des œuvres scolaires et universitaires de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
La rapporteure,
M. Couégnat
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 4 octobre 2022,
La greffière,
L. Salsmann
MF
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026