mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101285 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SEP D'AVOCATS ARMANDET - LE TARGAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Ceccotti demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser la somme de 6 496,56 euros en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge dans cet établissement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier la somme de 2 505,91 euros à verser à Mme A et à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Montpellier est à l'origine d'une infection nosocomiale de nature à engager la responsabilité de plein droit de l'établissement de santé en application des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- il y a lieu d'indemniser ses préjudices comme suit :
*déficit fonctionnel temporaire: 1 290,10 euros ;
*souffrances endurées : 5 000 euros ;
*frais divers : 206,46 euros.
- l'article 90 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle ne prévoyant aucune
rémunération pour l'assistance à une expertise ordonnée par le tribunal administratif,
elle a versé à son conseil la somme de 505,91€ à ce titre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2021, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me Armandet, déclare s'en remettre à l'appréciation souveraine du tribunal s'agissant de sa responsabilité au titre de l'infection nosocomiale apparue le 18 janvier 2018 à l'exclusion de toute faute ou manquement. Si une telle responsabilité devait être retenue, l'établissement demande à ce que les sommes allouées à la requérante soient ramenées à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- si le tribunal devait qualifier l'infection de nosocomiale, seule peut être prise en compte l'infection à staphylocoque épidermidis contractée après l'intervention chirurgicale du 13 décembre 2017 ; l'infection à propionibacterium acnes est étrangère au centre hospitalier de Montpellier puisqu'elle a très vraisemblablement débuté en 1996 ;
- cette infection n'est pas responsable des propositions thérapeutiques ultérieures et en
particulier de l'arthrodèse du genou ;
- les préjudices indemnisables strictement imputables à cette infection apparue le 18 janvier 2018 doivent être indemnisés comme suit :
*déficit fonctionnel temporaire : une base forfaitaire de 13 euros par jour doit être retenue, soit une indemnisation de 883 euros ;
*souffrances endurées : la somme de 2 000 euros apparaît satisfactoire compte tenu de la durée des souffrances limitée à trois mois environ ;
*frais divers : à l'appréciation du tribunal ;
- les frais irrépétibles ne sauraient être augmentés des frais divers dont il est demandé par ailleurs la réparation ; la somme à allouer ne saurait être supérieure à 1 500 euros.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire.
Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros par ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Montpellier du 28 août 2020.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
- et les observations de Me Ceccotti représentant Mme A et de Me Le Junter représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née en 1964, a présenté en 1996 une chondropathie rotulienne impliquant la pose d'une prothèse fémoro-patellaire du genou droit au sein d'une clinique privée, puis la pose d'une prothèse totale du genou droit en 2011. Elle est prise en charge à partir du mois de mars 2013 au centre hospitalier universitaire de Montpellier, où est diagnostiquée une infection à propionibacterium acnes sur un descellement de prothèse. Mme A est opérée du genou droit le 5 mars 2013 puis le 4 novembre 2015. Face à l'apparition de nouvelles douleurs, Mme A est opérée le 13 décembre 2017 afin de changer la prothèse de son genou droit. Du 19 au 26 janvier 2018, Mme A est hospitalisée en raison d'une infection à staphylocoque epidermidis nécessitant un lavage de la prothèse avec changement de l'insert en polyéthylène. Elle regagne son domicile le 23 mars 2018, puis bénéficiera d'une arthrodèse du genou le 13 décembre 2018. Mme A demande la condamnation du centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser la somme de 6 496,56€ en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge dans cet établissement de santé.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () ".
3. D'une part, en vertu des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. Toutefois, en vertu des dispositions de l'article L. 1142-1-1 du même code, les dommages résultant d'infections nosocomiales correspondant à un taux d'atteinte à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 %, ainsi que les décès provoqués par des infections nosocomiales, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale. D'autre part, doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. La présomption de responsabilité des établissements de santé en cas d'infection nosocomiale posée par le I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique vaut y compris en cas d'infection due à un germe présent dans l'organisme du patient avant l'intervention.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme A présente un tableau typique d'infection chronique à propionibacterium acnes, étrangère au centre hospitalier de Montpellier et qui a vraisemblablement débuté en 1996 après la pose d'une prothèse fémoro-patellaire dans un autre établissement. Il résulte également de l'instruction, et il n'est pas contesté, que Mme A a souffert d'une infection à staphylocoque épidermidis contractée au cours ou au décours de l'intervention chirurgicale du 13 décembre 2017 pratiquée au centre hospitalier universitaire de Montpellier en vue d'un remplacement total de sa prothèse du genou droit. L'infection, d'origine exogène selon l'expert, s'est manifestée le 18 janvier 2018 par un syndrome infectieux avec hyperthermie, augmentation de la protéine C-réactive et des globules blancs nécessitant une reprise chirurgicale le 20 janvier 2018 ainsi qu'une antibiothérapie jusqu'au 30 avril 2018. Il résulte par ailleurs de l'instruction que cette infection, survenue lors de la prise en charge de Mme A au sein du centre hospitalier universitaire de Montpellier, n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci et n'a pas d'autre origine que cette prise en charge. Cette infection doit dès lors être regardée comme présentant un caractère nosocomial. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise non contesté, que cette infection nosocomiale n'a pas entraîné d'atteinte à l'intégrité physique ou psychologique de Mme A à un taux supérieur à 25 %.
5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier doit être engagée sur le fondement des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et que doit être mise à sa charge la réparation des préjudices qu'elle a subis en lien avec cette infection nosocomiale.
En ce qui concerne les préjudices subis :
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 19 janvier au 23 mars 2018, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel, évalué par l'expert à 10% du 24 mars au 1er mai 2018. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant globalement à la somme de 1 358 euros, à raison de 20 euros par jour.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les souffrances endurées par Mme A en lien avec l'infection nosocomiale peuvent être évaluées à 3 sur une échelle de 0 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation de ses souffrances en la fixant à la somme de 4 000 euros.
8. Mme A sollicite par ailleurs, sans être contestée, la prise en charge des frais de déplacement exposés par sa fille, qu'elle a défrayée en conséquence, à l'occasion de l'expertise du 2 juillet 2020. La requérante, qui justifie avoir été convoquée dans le cadre de cette expertise, est fondée à demander le remboursement de ses frais de déplacements pour la somme totale de 206,46 euros.
9. Enfin, si Mme A demande le remboursement de la somme de 505,91 euros versée à son conseil au titre de l'assistance à expertise, la seule production d'une facture ne permet pas d'établir que la requérante a effectivement supporté ces frais. Par suite, il n'y a pas lieu de l'indemniser à ce titre.
10. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Montpellier doit être condamné à verser à Mme A la somme totale de 5 564,46 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la déclaration de jugement commun :
11. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, mise en cause, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'affaire, de mettre les frais d'expertise, soit 1 200 euros, à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, le versement à Me Ceccotti, conseil de Mme A, d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cet avocat renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
DECIDE :
Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier est condamné à verser la somme de 5 564,46 euros à Mme A.
Article 3 : Les frais d'expertise, soit 1 200 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera à Me Ceccotti une somme de 1 500 euros dans les conditions prévues au point 14 du jugement.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Ceccotti, au centre hospitalier universitaire de Montpellier et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Copie en sera transmise à l'expert.
Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Doumergue, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 mai 2023.
Le greffier,
F. Balicki
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026