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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101294

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101294

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101294
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2021, M. C B, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours administratif préalable et confirmé la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 9 823,39 euros au titre de la période du 1er novembre 2017 au 31 octobre 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du président du conseil départemental de l'Hérault du 24 novembre 2020 en tant qu'elle refuse de faire droit à sa demande de remise gracieuse de l'indu en litige ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 24 novembre 2020 est entachée d'incompétence en l'absence de délégation de signature de son auteur ;

- la décision notifiant le trop-perçu de revenu de solidarité active ne comporte pas la signature de son auteur ;

- cette décision ne précise pas le délai imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes due en violation de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

- le département a commis une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a déclaré en temps voulu ses capitaux placés ;

- sa bonne foi et la précarité de sa situation justifient qu'une remise de sa dette lui soit accordée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le département de l'Hérault, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête tendant à contester le bien-fondé de l'indu litigieux sont irrecevables ;

- aucun des moyens présentés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A

- les observations de Me Misslin, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. Par un courrier du 15 novembre 2019, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 823,39 euros au titre de la période du 1er novembre 2017 au 31 octobre 2019. Par courrier du 5 décembre 2019, l'intéressé a formé un recours tendant à contester cette décision. Par une décision du 2 février 2020, le président du conseil départemental a rejeté son recours et confirmé le bien-fondé de l'indu litigieux. Par un nouveau courrier du 12 octobre 2020, M. B a sollicité une remise de sa dette. Par la présente requête, ce dernier demande au tribunal d'annuler la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé de faire droit à cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". L'institution par cette disposition d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement le positionnement de l'administration.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article L. 412-4 du code des relations entre le public et l'administration : " La présentation d'un recours gracieux ou hiérarchique ne conserve pas le délai imparti pour exercer le recours administratif préalable obligatoire non plus que le délai de recours contentieux. ". Il en résulte que l'exercice d'un second recours gracieux faisant suite à un premier recours gracieux ne peut conserver le délai de recours contentieux lorsque ces recours ont été présentés par la même personne et ce alors même que l'exercice d'un recours administratif est un préalable obligatoire au recours contentieux.

4. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 5 décembre 2019, M. B a formé un recours administratif auprès de l'autorité départementale tendant à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Ce recours a été expressément rejeté par une décision du 2 février 2020 que le requérant reconnait avoir reçu début février. Ce courrier, versé au débat tant par M. B que par le département de l'Hérault comporte la mention des voies et délais de recours. Par un courrier du 12 octobre 2020, M. B a de nouveau formé un recours auprès du département afin de solliciter une remise de sa dette. Dès lors, la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental a refusé de faire droit à sa demande ne peut, s'agissant du bien-fondé de l'indu, qu'être regardée comme une décision purement confirmative de la décision du 2 février 2020 et n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux contre la décision du 15 novembre 2019. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. B tendant à contester le bien-fondé de l'indu litigieux sont tardives et doivent par suite être rejetées comme irrecevables. En revanche, M. B reste recevable à contester la décision du 24 novembre 2020 en tant qu'elle refuse de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.

Sur les conclusions à fin de remise de dette :

5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

7. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être énoncé que le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui se rattachent à un vice propre de la décision du 24 novembre 2020 est inopérant et ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article R.262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ".

9. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. B a pour origine la radiation rétroactive de ses droits à compter du 1er novembre 2017 suite à la prise en compte tardive, par les services de la caisse d'allocations familiales, des sommes déclarées par l'allocataire au titre de ses capitaux placés. Toutefois, cette circonstance est sans influence sur l'existence ni sur l'exigibilité de sa dette de revenu de solidarité active et ne donne pas à l'intéressé, par elle-même, un droit acquis à une remise du solde de ses dettes qui doit être appréciée au vu de sa situation de précarité.

10. En outre, pour contester la décision par laquelle le président du conseil départemental a refusé de lui accorder une remise de sa dette, le requérant fait valoir que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette dont le solde s'élève à 8 443,91 euros. Il résulte de l'instruction que M. B, qui déclare être célibataire, sans enfant à charge, exerce depuis le 1er mai 2020 un emploi de technicien support de niveau 1 pour lequel il perçoit un salaire d'environ 1 300 euros et bénéficie de la prime d'activité à hauteur de 132 euros par mois. Il résulte également de l'instruction que ce dernier, qui indique avoir hérité avec sa sœur d'un appartement qu'il occupe à titre gratuit, supporte des charges fixes d'environ 1 000 euros par mois. Dans ces conditions, et alors même que sa bonne foi n'est pas remise en cause, M. B ne justifie pas se trouver dans une situation de précarité telle qu'il serait dans l'impossibilité de rembourser le solde de l'indu de revenu de solidarité active restant à sa charge et pour lequel il lui appartient de solliciter, le cas échéant, un échelonnement de son remboursement. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander une remise de sa dette.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté y compris ses conclusions au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au département de l'Hérault et à Me Bautes.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 11 octobre 2022.

La greffière,

F. Roman

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