mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101569 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | BAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 mars 2021, 30 mai 2022 et 2 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 4 942,11 euros pour la période du 1er octobre 2015 au 31 mars 2017 ;
2°) de lui accorder, à titre principal, une remise totale de sa dette ou, à titre subsidiaire, une remise partielle ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 19 janvier 2021 est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle n'indique pas précisément le délai imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes dues, en violation de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;
- la décision du 19 janvier 2021 est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne précise pas les éléments qui ont conduit le département à estimer qu'il avait volontairement omis de déclarer son patrimoine ;
- la décision du 19 janvier 2021 est entachée d'une erreur de droit ;
- il est de bonne foi et se trouve dans une situation de précarité ; dès lors, le département de l'Hérault a fait une inexacte application de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles en refusant de lui accorder une remise de dette ;
- il est incontestable que le calcul effectué par la caisse d'allocations familiales et le département est erroné dès lors qu'il a très rapidement utilisé la somme qu'il avait tiré de la vente de la donation ;
- il a été propriétaire d'un terrain en 2015 qu'il a vendu pour un montant de 125 175 euros ; il n'a pas placé cette somme d'argent mais l'a réinvesti dans l'achat d'un terrain et dans la construction d'une maison.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, le requérant n'ayant formulé, préalablement à la saisine du tribunal, qu'une demande de remise de dette, les moyens invoqués tendant à contester la régularité et le bien-fondé de l'indu sont irrecevables ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens présentés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Bazin, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, allocataire du revenu de solidarité active, a fait l'objet d'un contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault en janvier et février 2017. Il a alors été constaté que l'intéressé disposait, en vertu d'une donation, d'une somme non déclarée au titre de ses ressources de 125 175 euros depuis le mois de mai 2015, laquelle somme a été utilisée pour l'acquisition d'un terrain au mois de novembre 2016. Par une décision du 9 octobre 2017, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a notifié à M. B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 942,11 euros, pour la période d'octobre 2015 à mars 2017. Par un jugement du 12 novembre 2019, le tribunal administratif de Montpellier a considéré que le président du conseil départemental de l'Hérault avait, par sa décision du 15 janvier 2018 rendue sur recours préalable du requérant, méconnu les règles de prescription édictées par l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles en exigeant de M. B le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active portant sur la période antérieure au 1er octobre 2015. Le 19 janvier 2021, le département de l'Hérault a ainsi notifié à M. B une nouvelle décision, mentionnant le même montant au titre de l'indu de revenu de solidarité active pour la période comprise entre le mois d'octobre 2015 et le mois de mars 2017. M. B demande l'annulation de cette dernière décision ainsi qu'une remise totale ou partielle de sa dette.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi et dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
5. La décision du 19 janvier 2021 indique la nature de l'indu litigieux, son montant et la période à laquelle il correspond. En outre, il est précisé que le trop-perçu résulte de l'importance des sommes indûment perçues ainsi que du caractère prolongé et manifestement volontaire de la non déclaration par M. B de son patrimoine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.
6. En second lieu, l'absence de mention dans la décision attaquée du délai imparti à M. B pour s'acquitter de l'indu mis à sa charge demeure sans incidence sur sa régularité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale invoqué à l'encontre de la décision rejetant le recours préalable formé par M. B doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé :
7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " () Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article L. 132-1 du même code : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ", et aux termes de l'article R. 132-1 du même code : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".
8. Par ailleurs, aux termes enfin de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
9. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. B a pour origine l'absence de déclaration par ce dernier d'un capital de 125 175 euros qui résulte de la vente en mai 2015 d'un terrain reçu en donation et utilisé en novembre 2016 pour l'acquisition de sa résidence principale.
10. Le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. B a été reconnu par le tribunal administratif de Montpellier par un jugement du 12 novembre 2019 au motif que le capital dont disposait le requérant avait bien été pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active à hauteur de 3 % de son montant conformément aux dispositions de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Il a néanmoins été considéré que le président du conseil départemental de l'Hérault avait méconnu les règles de prescription édictées par l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles en exigeant de M. B le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active portant sur la période antérieure au 1er octobre 2015. Toutefois, en l'espèce, le département de l'Hérault reconnait avoir commis une erreur matérielle dans sa décision du 15 janvier 2018 en réclamant à M. B un indu portant sur la période de mai 2015 à septembre 2015, l'obligation de payer la somme litigieuse correspondant en réalité à la période allant du mois d'octobre 2015 au mois de mars 2017. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le département aurait commis une erreur de droit et méconnu l'autorité de la chose jugée en prenant une nouvelle décision mentionnant un indu de revenu de solidarité active dont le solde actuel s'élève à un montant de 3 142,11 euros pour la période comprise entre le mois d'octobre 2015 et le mois de mars 2017.
Sur la demande de remise de dette :
11. Au terme de l'alinéa 2 de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'État, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ()".
12. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
13. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.
14. En l'espèce, si M. B se prévaut de la précarité de sa situation, il résulte toutefois de l'instruction que le quotient familial de son foyer a été évalué par la caisse d'allocations familiales à 529 euros. Dans ces conditions, il n'établit pas se trouver dans l'impossibilité de rembourser l'indu mis à sa charge.
15. Il résulte tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 4 942,11 euros pour la période du 1er octobre 2015 au 31 mars 2017 et refusé de lui accorder une remise de sa dette.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département de l'Hérault.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le président,
D. ALa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 11 octobre 2022.
La greffière,
F. Roman
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026