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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101696

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101696

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101696
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOCATS VERBATEAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoires, enregistrés le 6 avril 2021 et 8 et 17 juin et 19 août 2022, M. A B, représenté par Me Pons, demande au tribunal :

1°) - la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;

2°) - la mise à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé de l'intention du service de procéder à l'annulation de l'imposition primitive et n'a reçu aucun avis de dégrèvement avant l'émission d'une nouvelle proposition de rectification ;

- en application de l'article 80 duodecies du code général des impôts, la somme de 100 000 euros qu'il a perçue au titre d'un protocole de rupture conventionnelle et d'un accord transactionnel n'est pas imposable.

Par mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet 2021 et 20 juillet et 20 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code du travail ;

- la décision n°2013-340 QPC du 20 septembre 2013 du Conseil constitutionnel ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, rapporteur ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2016.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ". Enfin, l'article L. 189 du même livre dispose que : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ". Il résulte de ces dispositions relatives à la procédure contradictoire, notamment de celle des articles L. 57 et suivants de ce livre, qu'après avoir prononcé le dégrèvement d'une imposition, l'administration ne peut établir, sur les mêmes bases, une nouvelle imposition sans avoir préalablement informé le contribuable de la persistance de son intention de l'imposer. De plus, si aucune disposition du code général des impôts ne fait obstacle à ce que l'administration, après avoir reconnu, à la suite notamment d'une réclamation contentieuse du contribuable, l'irrégularité de la procédure de redressement suivie, reprenne cette procédure dans la seule mesure nécessaire à sa régularisation et dans le délai imparti par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, afin de parvenir à la fixation de l'imposition dans des conditions régulières, cette faculté ne lui est cependant ouverte qu'autant qu'elle a expressément constaté l'irrégularité de la première procédure en notifiant le dégrèvement de l'imposition précédente.

3. Il résulte de l'instruction que l'administration a adressé le 26 mars 2018 à M. B une proposition de rectification concernant ses bases imposables à l'impôt sur le revenu de l'année 2016. Toutefois, constatant l'irrégularité de la procédure d'imposition liée à ce que le pli n'avait pas été notifié à l'adresse du contribuable, l'administration a, par une décision du 4 décembre 2019, procédé à un dégrèvement d'office de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à sa charge. Cette procédure a été reprise par la notification d'une nouvelle proposition de rectification le 9 décembre 2019, se référant à la proposition de rectification du 26 mars 2018 et précisant que " cette nouvelle proposition de rectification annule et remplace celle du 26 mars 2018 ". Ainsi, l'administration a régulièrement informé M. B de la reprise de la procédure relative à la détermination de ses bases imposables à l'impôt sur le revenu de l'année 2016. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait entaché d'irrégularité la procédure d'imposition doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

4. D'une part, aux termes du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts dans sa rédaction alors applicable : " Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes. Ne constituent pas une rémunération imposable : 1° Les indemnités mentionnées aux articles L. 1235-1, L. 1235-2, L. 1235-3 et L. 1235-11 à L. 1235-13 du code du travail ; () 6° La fraction des indemnités prévues à l'article L. 1237-13 du code du travail versées à l'occasion de la rupture conventionnelle du contrat de travail d'un salarié lorsqu'il n'est pas en droit de bénéficier d'une pension de retraite d'un régime légalement obligatoire, () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 1235-3 du code du travail : " Si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise, avec maintien de ses avantages acquis. Si l'une ou l'autre des parties refuse, le juge octroie une indemnité au salarié. Cette indemnité, à la charge de l'employeur, ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois. Elle est due sans préjudice, le cas échéant, de l'indemnité de licenciement prévue à l'article L. 1234-9. ".

6. Pour l'application et l'interprétation d'une disposition législative, aussi bien les autorités administratives que le juge sont liés par les réserves d'interprétation dont une décision du Conseil constitutionnel, statuant sur le fondement de l'article 61-1 de la Constitution, assortit la déclaration de conformité à la Constitution de cette disposition.

7. Il résulte de la réserve d'interprétation énoncée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n°2013-340 QPC du 20 septembre 2013 statuant sur la conformité à la Constitution du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts que les dispositions de cet article, qui définissent les indemnités versées à l'occasion de la rupture du contrat de travail bénéficiant, en raison de leur nature, d'une exonération totale ou partielle d'impôt sur le revenu, ne sauraient, sans instituer une différence de traitement sans rapport avec l'objet de la loi, conduire à ce que le bénéfice de l'exonération varie selon que l'indemnité a été allouée en vertu d'un jugement, d'une sentence arbitrale ou d'une transaction et qu'en particulier, en cas de transaction, il appartient à l'administration et, lorsqu'il est saisi, au juge de l'impôt, de rechercher la qualification à donner aux sommes objet de la transaction.

8. A cet égard, les sommes perçues par un salarié en exécution d'une transaction conclue avec son employeur ne sont susceptibles d'être regardées comme des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse mentionnées à l'article L. 1235-3 du code du travail que s'il résulte de l'instruction que la rupture des relations de travail est assimilable à un tel licenciement. Dans ce cas, les indemnités accordées au titre d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse sont exonérées. La détermination par le juge de la nature des indemnités se fait au vu de l'instruction et conformément à la jurisprudence établie du juge du travail.

9. Lorsqu'a été conclue et homologuée une convention de rupture du contrat de travail régie par les dispositions des articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du code du travail, cette rupture conventionnelle, exclusive du licenciement et de la démission, fait en principe obstacle à ce que l'indemnité allouée au salarié par une transaction intervenant ultérieurement puisse être regardée comme une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse et exonérée d'impôt sur le revenu à ce titre. Toutefois, il résulte des mêmes dispositions que la remise au salarié d'un exemplaire de la convention de rupture est nécessaire à la fois pour que chacune des parties puisse demander l'homologation de la convention, dans les conditions prévues par l'article L. 1237-14 du code du travail, et pour garantir le libre consentement du salarié, en lui permettant d'exercer ensuite son droit de rétractation en connaissance de cause. Il s'ensuit qu'à défaut d'une telle remise, la convention de rupture est nulle et produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

10. Il résulte de l'instruction que M. B s'est vu remettre le 9 juin 2016 un exemplaire du protocole de rupture conventionnelle de son contrat de travail et le 7 septembre 2016 un exemplaire du protocole additionnel lui permettant d'exercer les droits énoncés au point précédent. Il est constant que M. B, né le 27 janvier 1952, avait atteint l'âge légal de la retraite aux dates auxquelles il a signé le protocole de rupture conventionnelle et le protocole additionnel. En outre, il ne résulte pas de la lecture de ces protocoles que les sommes allouées à M. B entreraient dans les exonérations prévues par les dispositions précitées de l'article 80 duodecies du code général des impôts. Par suite, les conclusions de la requête de M. B tendant à la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2016, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 13 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Rabaté, président,

- Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

- Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

Le rapporteur,

V. Rabaté

L'assesseure la plus ancienne,

D. Teuly-Desportes

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 mars 2023.

Le greffier,

F. Balicki fb

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