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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101764

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101764

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101764
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET MATTEI - AVOCATS A LA COUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des, mémoires enregistrés les 9 avril et 27 septembre 2021 et les 24 janvier et 20 mars 2023, la société par actions simplifiées Benama, représentée par Me Mattei demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices 2013, 2014 et 2015 et des intérêts de retard, amendes, majorations et pénalités correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de vérification de comptabilité est entachée d'irrégularité dès lors que le vérificateur a participé à une opération préalable de perquisition ;

- la procédure d'imposition est irrégulière pour non-respect des articles L. 13 et L. 47 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure est entachée d'irrégularité pour méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales et de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la procédure d'imposition est irrégulière en raison de la non interruption de la prescription et l'absence de mise en recouvrement régulière de l'imposition supplémentaire visant l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos le 31 décembre 2013 ;

- les motifs de rejet de la comptabilité manquent en fait ;

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires des activités accessoires de la société est viciée dès lors qu'elle est théorique, infondée et aboutit à de faibles écarts entre les recettes comptabilisées et déclarées et les recettes reconstituées ;

- les rectifications relatives aux charges et à la provision ne sont pas justifiées ;

- les pénalités appliquées ne sont pas justifiées.

Par les mémoires en défense, enregistrés les 17 septembre 2021, 28 octobre 2022 et 16 mars 2023, le directeur du contrôle fiscal sud Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1.. La SAS Magane exploite un supermarché sous l'enseigne Intermarché. La société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices 2013, 2014 et 2015 sur l'ensemble des déclarations et opérations susceptibles d'être contrôlées et en matière de TVA sur la période allant du 1er janvier au 31 août 2016. Le capital de la société est détenu à 99,5% par la SAS Benama, et cette dernière est la mère d'un groupe fiscalement intégré au sens de l'article 223-4 du code général des impôts. La société Benama demande la décharge de l'ensemble des impositions et des pénalités et majorations correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 17 septembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur du contrôle fiscal sud Pyrénées a accordé un dégrèvement de 46 232 euros à la requérante, relatif à l'exercice clos 2013. Dès lors, les conclusions de la requête sont, à concurrence de cette somme, devenues sans objet.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, la participation du vérificateur aux opérations de perquisition ne permet pas de considérer que l'impartialité de ce dernier ait été méconnue. Par suite le moyen tiré du défaut d'impartialité du service doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ". Aux termes de l'article L. 47 du même livre : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix ".

5. En deuxième lieu, les activités concernant la rôtisserie, les ventes d'articles de plein air, et la vente de vins locaux, ne se distinguent pas de l'activité de supermarché, même si elles sont saisonnières. Par suite le service n'a pas commis d'irrégularité en contrôlant la comptabilité de l'ensemble de l'activité de la société, y compris de ces trois stands. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 13 et L. 47 du livre des procédures fiscales doit donc être écarté.

6. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut fonder le redressement des bases d'imposition d'un contribuable sur des renseignements ou documents qu'elle a obtenus de tiers sans l'avoir informé, avant la mise en recouvrement, de l'origine et de la teneur de ces renseignements. Il résulte de l'instruction que si le service a communiqué partiellement les éléments sollicités par la requérante, il a en revanche transmis l'intégralité des éléments ayant permis de fonder les rectifications envisagées dès lors que les documents non transmis relèvent de l'enquête judiciaire n'ayant pas d'influence sur la régularité de la procédure d'imposition.

7. D'autre part, aux termes de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ". Il résulte du principe du respect des droits de la défense issu de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne en ce qu'il n'impose pas à l'administration fiscale une obligation générale de fournir un accès intégral au dossier dont elle dispose, mais exige que l'assujetti ait la possibilité de se voir communiquer, à sa demande, les informations et les documents se trouvant dans le dossier administratif et pris en considération par cette administration en vue d'adopter sa décision, lesquels incluent en principe non seulement l'ensemble des éléments du dossier sur lesquels l'administration fiscale entend fonder sa décision mais aussi ceux qui, sans fonder directement sa décision, peuvent être utiles à l'exercice des droits de la défense. Eu égard à ce qui a été dit, la SAS Benama n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition serait entachée d'irrégularité au regard des dispositions de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aux motifs qu'elle n'aurait pas eu accès, à ce stade, aux mêmes éléments que ceux pris en considération par l'administration fiscale.

8. Dès lors qu'aucune erreur n'a été commise dans la procédure d'établissement des impositions maintenues à sa charge, la société Benama n'est pas fondée à demander le bénéfice des dispositions de l'alinéa 1er de l'article L. 80-CA du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions à l'impôt sur les sociétés :

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité des trois stands saisonniers :

9. Il résulte de l'instruction que les recettes des stands de ventes saisonnières étaient globalisées journellement, faute pour la société de détenir des bandes détaillées de caisse enregistreuse ou des copies des notes clients. Cette seule circonstance était de nature à ôter à la comptabilité tout caractère probant. En outre, les écritures manuscrites, à les supposer de date certaine, ne comportent pas la totalité du détail des recettes et ne permettent donc pas de connaître de manière précise les recettes détaillées de chaque activité. Le chemin de révision comptable n'était donc pas fiable. La comptabilisation distincte des activités annexes des ventes réalisées en supermarché, ne constitue pas un obstacle pour l'administration fiscale au rejet de la comptabilité des trois stands saisonniers, et, par suite, à une reconstitution des recettes afférentes à cette seule activité, alors même que l'écart entre le chiffre d'affaires reconstitué et celui comptabilisé est faible. Dans ces conditions, le rejet de la comptabilité des activités annexes saisonnières par le service est fondé.

En ce qui concerne la méthode de reconstitution de recettes des trois stands saisonniers :

10. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge / () ". Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, non seulement apporter tous éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.

11. Pour reconstituer le chiffre d'affaires réalisé par le stand de vente de vins, ouvert temporairement aux mois de juillet et d'août, le vérificateur s'est fondé, d'une part, sur les factures établies par le fournisseur Vignerons Gruissanais. De ces factures, permettant de distinguer les cinq références destinées au stand au cours de la période vérifiée, et des variations du stock, retracées par la comptabilité matières, il a déduit les quantités vendues, en ne retenant pas les bouteilles offertes par le fournisseur, dont il a été considéré qu'elles étaient gratuitement proposées à la dégustation. D'autre part, le vérificateur a examiné les ventes de bouteilles réalisées dans le magasin, telles que retracées par le logiciel de caisse. Après avoir constaté que ces ventes étaient en nombre significativement inférieur aux données issues de la comptabilité des stocks, il a estimé que les écarts correspondaient à des ventes réalisées au stand temporaire. Il a abondé d'autant les quantités regardées vendues par ce dernier. L'ensemble des quantités ainsi déterminées a ensuite été valorisé sur le fondement des prix de ventes constatés dans les données de la caisse. La société requérante ne conteste pas efficacement cette méthode mise en œuvre par le vérificateur en se bornant à se prévaloir de créneaux d'ouverture du stand, six heures par jour six jours sur sept du 5 juillet au 31 août. Elle n'apporte pas d'éléments suffisants pour permettre de considérer que les bouteilles offertes par le fournisseur, exclues du chiffre d'affaires comme il a été dit, seraient insuffisamment représentatives des pertes, casses et offerts. Enfin, alors qu'il a été relevé que les recettes du stand étaient globalisées par journée, la société ne conteste pas plus efficacement la reconstitution en se bornant à faire valoir que ces justificatifs de recettes seraient "suffisamment complets, précis et détaillés".

12. Pour reconstituer le montant des ventes réalisées en 2014 et 2015 par la société Magane sur le stand saisonnier de vente d'articles de plein air, le vérificateur s'est fondé sur une méthode de reconstitution consistant à évaluer les recettes à partir des achats revendus comptabilisés par la boutique et les achats revendus non comptabilisés, obtenus par la différence entre le compte analytique de la boutique de vente d'articles de plein air et le compte des fournisseurs exclusifs à ce stand, auquel il a appliqué un coefficient de marge moyen réalisé à partir des relevés effectués sur place lors des opérations de contrôle. La société requérante ne conteste pas efficacement la méthode mise en œuvre par le vérificateur en se bornant à préciser qu'aucune pondération pour vol, casse et perte n'était prise en compte.

13. La méthode de reconstitution de recettes utilisée par le service du stand de la rôtisserie saisonnière est distincte selon la catégorie de produits. D'une part, concernant les recettes de poulets rôtis, le service a retenu le montant des achats revendus des fournisseurs par lequel est multiplié le prix de vente en appliquant ensuite un taux de 30% de perte et casse. A ce chiffre d'affaires propre à la rôtisserie, est ajouté le chiffre d'affaires issus des poulets rétrocédés par le rayon boucherie dont le fournisseur exclusivement la centrale d'achat de l'enseigne d'Intermarché. En l'absence d'une traçabilité comptable des produits rétrocédés par la boucherie, le vérificateur a constaté les écarts issus de la différence entre le stock final et le stock initial et les ventes comptabilisées par le logiciel caisse lesquels, sont considérés ainsi comme des produits rétrocédés à la rôtisserie en période estivale. Le prix de vente appliqué au nombre de poulets rétrocédés auquel une pondération de 30% pour perte et casse est appliquée, permet d'obtenir le chiffre d'affaires de poulets rôtis vendus par le stand rôtisserie. Le chiffre d'affaires total de la vente de poulets rôtis par le stand est obtenu par l'addition des deux chiffres d'affaires dont la méthode a été précisée sur ce point. D'autre part, le vérificateur a appliqué la méthode à l'aide des factures d'achats des produits identifiés par le service, auquel un taux de 10% correspondant de perte a été appliqué et multiplié par le prix de vente afin d'obtenir un chiffre d'affaires relatifs aux produits identifiées autres que les poulets vendus par le stand. Enfin la méthode de calcul des produits non identifiés consiste à prendre un plat référencé tous les jours et divisé par 7 correspondant à la fréquence de la proposition dudit plat par la rôtisserie sur la semaine. En outre, la méthode concernant les produits annexes consiste à prendre en compte le montant comptabilisé de produits rétrocédés par la boulangerie, constitués par des baguettes. Le service a retenu un tiers de ces produits transformés en sandwich et le restant vendu en l'état. Une baguette permettant de produire deux sandwichs permet par la multiplication avec le prix de vente d'obtenir le chiffre d'affaires. Le prix d'une boisson est ajouté au chiffre d'affaires tous les deux sandwichs vendus. La société requérante ne conteste pas efficacement la méthode de reconstitution en se bornant à préciser qu'une seule personne est présente sur le stand pour la vente et la préparation des commandes et que l'approvisionnement du stand n'a pas de fournisseur exclusif. Elle n'apporte pas d'éléments suffisants pour contester la méthode de reconstitution des recettes relatives aux produits annexes.

14. Si le chiffre d'affaires des trois stands saisonniers constitue une faible proportion eu égard au chiffre d'affaires de l'activité totale, le montant des recettes des stands reste significatif et n'a pas d'incidence quant à la cohérence et la pertinence de la méthode de reconstitution appliquée par le service. Dans l'ensemble de ces conditions, le service doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, de ce que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires des trois stands saisonniers n'est ni trop sommaire ni radicalement viciée, et que les bases d'impositions ne sont pas exagérées. Par conséquent le moyen tiré de la contestation de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires doit être écarté.

En ce qui concerne la déductibilité des charges relatives à la convention d'assistance et de prestations de services :

15. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée.

16. Il résulte de l'instruction que la société Magane a comptabilisé au titre de l'exercice clos en 2014 des charges facturées par la société Benama, sa société mère qui détient 99,95% de son capital, sur le fondement d'une convention d'assistance et de prestations de services conclue le 1er juin 2010. La convention prévoit que la société Benama effectue des prestations de gestion comptable, de gestion financière, de politique commerciale et de publicité et gestion administrative et juridique. En contrepartie la société Magane verse à la société requérante la somme de 136 000 euros hors taxes, revalorisée chaque année. Après avoir relevé que l'unique salarié de la société Benama était également le dirigeant de la société Magane, qui le rémunérait en tant que tel, le service a estimé que les prestations facturées correspondaient à la direction de cette société et ne pouvaient être admises en déduction.

17. Si la société soutient que les prestations facturées n'étaient pas seulement réalisées par le dirigeant de la SAS Magane, il ne résulte pas de l'instruction que les fonctions du dirigeant de la SAS Magane ne permettaient pas d'assurer les prestations prévues par la convention. Par suite, la société Magane ne pouvait pas déduire des frais d'une part tenant à la rémunération du dirigeant et d'autre part des charges relatives aux fonctions de direction alors que le dirigeant avait un mandat de dirigeant et percevait une rémunération pour exécuter ces fonctions. Par conséquent il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que les charges relatives à la convention d'assistance et de prestations de services de la société Benama présentent un caractère déductible.

En ce qui concerne la provision pour risques et charges :

18. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. / () Les provisions qui, en tout ou en partie, reçoivent un emploi non conforme à leur destination ou deviennent sans objet au cours d'un exercice ultérieur sont rapportées aux résultats dudit exercice. Lorsque le rapport n'a pas été effectué par l'entreprise elle-même, l'administration peut procéder aux rectifications nécessaires dès qu'elle constate que les provisions sont devenues sans objet ". Il résulte de ces dispositions qu'une provision faisant l'objet d'un emploi non conforme à sa destination ou devenue sans objet au cours d'un exercice doit être réintégrée au bilan de clôture de ce même exercice ou, si cet exercice est prescrit, dans les bilans des exercices non prescrits à l'exception du bilan d'ouverture du premier de ces exercices. Toutefois, lorsque cette provision ne satisfaisait pas, dès l'origine, aux conditions de déductibilité, cette erreur initiale, pour autant qu'elle ne revête pas, pour le contribuable, un caractère délibéré, doit être corrigée dans le bilan de clôture de l'exercice au cours duquel elle a été irrégulièrement constituée ou, si cet exercice est prescrit, dans les bilans des exercices non prescrits à l'exception du bilan d'ouverture du premier de ces exercices, rendant ainsi sans objet sa reprise ultérieure pour emploi non conforme ou perte d'objet.

19. Il résulte de l'instruction que la société Magane avait comptabilisé et déduit de ses résultats, au titre de l'exercice 2013 prescrit, une provision pour risques et charges en vue de faire face au litige existant avec l'ancien expert-comptable du groupe auquel elle appartient. Toutefois lors des opérations de contrôle le service a constaté que l'éventuel litige concernant la société Bristef, membre du groupe de société Benama. Par conséquent l'administration fiscale a estimé à juste titre que cette provision pour impôt à payer n'était pas fiscalement déductible dès lors que la société Magane n'était pas concernée par ce risque.

En ce qui concerne les charges contestées :

20. Il résulte des articles 38 et 39 du code général des impôts que le bénéfice imposable est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion commerciale normale. Les renonciations à recettes et abandons de créances consentis par une entreprise au profit d'un tiers ne relèvent pas, en règle générale, d'une gestion commerciale normale, sauf s'il apparaît qu'en consentant de tels avantages, l'entreprise a agi dans son propre intérêt. S'il appartient à l'administration d'apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer que les avantages octroyés par une entreprise à un tiers constituent un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties. Dans l'hypothèse où l'entreprise s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration d'apporter la preuve que cet avantage est, contrairement à ce que soutient l'entreprise, dépourvu de contrepartie, qu'il a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour l'entreprise ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

21 Il résulte de l'instruction que la SAS Magane a porté en déduction de son résultat des dépenses de véhicules motorisés notamment des dépenses relatives à des frais d'entretiens d'un pick-up de marque Toyota, une voiture de marque Mercédès et un véhicule Kimko ainsi qu'une remorque. La société requérante soutient que ces véhicules sont d'une part, estampillés du logo et sont utilisés à des fins publicitaires. L'un de ces véhicules est mis à la disposition de l'attachée à la direction de la société. Le service a remis en cause la déductibilité des charges relatives aux véhicules cités, considérant qu'elles correspondaient à des dépenses non engagées dans l'intérêt de l'entreprise, constitutives d'un acte anormal de gestion tout en admettant la déductibilité des frais de véhicules motorisés mis à la disposition de son directeur et de son président. En se bornant à indiquer que ces charges ont été exposées dans l'objectif de favoriser le développement de la société par la prospection de nouveaux clients, la société requérante n'établit pas l'existence et la valeur de la contrepartie retirée. Dès lors, l'administration, qui doit être regardée comme apportant la preuve que cette prise en charge de véhicules constitue un acte anormal de gestion, était fondée à réintégrer les charges correspondantes dans le résultat de l'entreprise. Elle n'apporte pas plus la preuve que les charges déduites de factures d'une machine à cloche, de factures de la marque Tridome et d'habillement sont destinées à des fins professionnelles.

Sur les pénalités :

22. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ".

23. Pour justifier la majoration de 40% pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur l'existence répétée d'anomalies comptables sur les trois années consécutives vérifiées. Le service a également relevé que M. B, dirigeant et unique associé de cette société, ne pouvait ignorer les manquements dans le chemin de révision comptable notamment.

24. Les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objet de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration. Le service a constaté de graves irrégularité comptables notamment par la globalisation des recettes journalière des trois stands et par l'absence de tickets Z remis à la personne chargée de la comptabilité. Le directeur du supermarché n'ignorait pas l'absence de schéma comptable certain et fiable. Il ressort des faits qui viennent d'être rappelés que la société Magane a mis en œuvre un procédé ayant pour but d'égarer l'administration dans l'exercice de son pouvoir de contrôle. Ainsi, l'administration établit l'existence de manœuvres frauduleuses de nature à justifier, par application de l'article 1729 du code général des impôts, la majoration de 80 % dont ont été assortis les droits en litige.

25. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur les sociétés et des pénalités mises à sa charge au titre des exercices 2014 et 2015.

Sur les frais liés au litige :

26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Bénama présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions du recours, à concurrence d'une somme de 46 232 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Benama est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Benama et au directeur du contrôle fiscal Sud Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Doumergue, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

V. AL'assesseure la plus ancienne,

C. Doumergue

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 mai 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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