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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101777

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101777

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101777
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationmagistrat ROUSSEAU
Avocat requérantJEANNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 4 mai 2022, la société anonyme (S.A) Helvétia assurances et M. et Mme D, représentés par Me Jeannin, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'établissement public Voies Navigables de France (VNF) à payer à Helvétia assurances la somme de 4.946, 50 euros au titre des frais de réparation et de plongée et la somme de 2.329, 80 euros au titre des frais d'expertise ;

2°) de condamner VNF à payer à M et Mme D la somme de 1.020 euros au titre de la franchise ;

3°) de mettre à la charge de VNF la somme de 1.000 euros à verser à Helvétia assurances et à M. et Mme D en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée dès lors qu'ils justifient bien être propriétaires du bateau ainsi qu'en atteste l'acte de vente signé le 12 février 2019, produit au dossier ;

- la S.A Helvétia assurances, subrogée dans les droits des époux D à qui elle a versé une avance de 861,60 euros correspondant aux frais de plongée puis, après leur accord, la somme de 4.084,80 euros au titre des dommages après déduction d'une franchise de 750 euros, dispose, en vertu de l'article L. 172-29 du code des assurances, qualité pour agir ;

- la compagnie d'assurance a bien adressé une demande préalable à VNF le 5 février 2020 qui a été implicitement rejetée le 6 avril 2020 de sorte que la requête, enregistrée au greffe le 9 avril 2020, n'est pas tardive ;

- la juridiction administrative est bien compétente pour connaître du présent litige relatif à un recours de plein contentieux et alors que VNF est devenu, aux termes de la loi n° 2012-77 du 24 janvier 2012, un établissement public administratif ;

- en application de l'article L. 4311-1 du code des transports, VNF est responsable du défaut d'entretien du chenal et de la signalisation défectueuse ; VNF est responsable des dommages occasionnés au bateau de M. D pour défaut d'entretien de l'ouvrage public ; la présence dans le chenal navigable de la chaîne à l'origine de l'événement accidentel est anormale et l'expert a relevé par ailleurs sur le site que le panneau de signalisation était illisible et qu'une bouée de corps mort était dérivante ;

- une expertise amiable et contradictoire a été organisée en présence d'un expert délégué par VNF ; l'expert a constaté à flot, le vrillage du support de la roue dentée de transmission dans le coqueron arrière qui a entraîné le blocage de la chaîne de transmission, une remontée de la mèche de gouvernail qui a provoqué le vrillage ainsi qu'une remontée de la crapaudine due au talonnage sur haut fond, et la déformation et le ragage des trois pales d'hélice lors du blocage momentané de l'arbre d'hélice provoqués par la chaîne du corps-mort ;

- l'expert a constaté à Frontignan que le chenal d'entrée est rétréci en rive gauche par la présence d'embarcation de pêche avec de nombreuses bouées de corps mort alignées sur une largeur de 5 mètres et un rétrécissement en rive droite causé par la présence de bouées bâbord en amont du pont routier à environ 15 mètres de la rive droite et la présence d'un panneau de signalisation imposant une navigation à 17 mètres de la rive droite ; le chenal large initialement de 30 mètres se rétrécit de 17 mètres en rive droite et de 5 mètres en rive gauche, ce qui limite le chenal à 8 mètres de large, imposant une navigation à proximité des corps-morts sauvages non règlementaires ; en outre le panneau indiquant une limitation de chenal à 17 mètres en rive droite est tagué et le chiffre 1 n'est pas visible, ce qui est de nature à fausser l'appréciation des navigants ;

- ces éléments sont constitutifs d'un défaut d'entretien du chenal par VNF du fait de la présence d'un corps mort et sa chaîne dérivant qui n'est pas signalé par un avis à la batellerie ;

- la compagnie Helvétia assurances a réglé contre subrogation les sommes de 4084, 80 euros et de 861, 60 euros aux époux D et les frais d'expertise du cabinet Giouve à hauteur de 1735, 80 euros et 594 euros au titre du complément d'expertise ;

- les époux D ont gardé à leur charge le montant de la franchise contractuelle de 750 euros ainsi que l'abattement de 270 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 juin 2021 et le 16 juin 2022, Voies Navigables de France, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge solidaire de Helvétia assurances et de M. et Mme D la somme de 726,60 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ; il ne ressort pas des pièces du dossier que le bateau à la devise " Allégria " leur appartienne en pleine propriété dès lors qu'est versé au dossier un simple compromis de vente, et à supposer qu'il le soit, ils n'ont pas satisfait à l'obligation de publicité légale prévue par l'article L. 4212-2 du code des transports de sorte que le transfert de propriété n'est pas opposable aux tiers ;

- les époux D ne peuvent donc agir dans la présente instance en sus de leur assureur, la S.A Helvétia ;

- la compagnie d'assurances Helvétia ne démontre pas son intérêt à agir à défaut de fournir les conditions générales du contrat souscrit par les époux D ;

- au moment du sinistre les époux D ne disposaient d'aucun titre de navigation à leur nom ;

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de l'action indemnitaire engagée par les requérants dans la mesure où l'exploitation et l'entretien des voies navigables et de leurs dépendances, confiés à Voies navigables de France par l'article 124 de la loi de finances pour 1990, ne ressortissent pas, en eux-mêmes, de prérogatives de puissance publique ;

- la décision implicite attaquée ne fait pas grief dès lors qu'elle concerne une décision confirmative ;

- la requête ne vise aucune décision administrative ; l'acte attaqué est inexistant ;

- sa responsabilité ne saurait être engagée dans la mesure où l'obligation d'entretien normal du domaine public ne concerne que les voies navigables situées dans le chenal de navigation ;

- la manœuvre du bateau Allégria en dehors du chenal de navigation est la cause des dommages ; au vu du règlement particulier de police de la navigation intérieure, et de la largeur du canal rapportée à la longueur du bateau de presque 24 mètres, la manœuvre de virement telle que celle réalisée par les consorts D a conduit nécessairement l'hélice à se trouver hors du chenal ;

- il n'est pas démontré par les requérants que le panneau de signalisation incriminé était tagué le jour du sinistre ni que ce panneau ait eu un quelconque effet dans la survenance du sinistre ;

- rien n'interdit la présence de bouées dans le périmètre réservé aux conventions d'occupations temporaires qui sont situées en dehors du chenal de navigation ;

- contrairement à ce qui est soutenu, le dommage allégué n'est aucunement imputable à un quelconque défaut de signalisation du chenal ;

- à supposer le panneau incriminé tagué le jour du sinistre ce qui n'est pas démontré, la lecture d'une largeur de 7 mètres au lieu de 17 mètres aurait nécessairement conduit les requérants à faire serrer le bateau en rive droite et non en rive gauche et donc à les éloigner de la zone de bateaux sous convention d'occupation temporaire avec bouées et mouillage de sorte que les époux D n'auraient pas accroché une bouée en dehors du chenal de navigation, en rive gauche ;

- aucun défaut d'entretien normal du canal ne peut être retenu ; un panneau C5 indiquant " chenal à 17m " est situé en rive droite pour indiquer aux bateaux montants la distance du chenal par rapport au panneau ;

- le fait générateur du dommage et le lien de causalité ne sont pas établis ; c'est l'hélice de la péniche qui, en manœuvrant dangereusement, s'est prise dans une chaine de mouillage en dehors du chenal de navigation et non un corps-mort qui serait apparu dans le chenal de navigation au moment où la péniche passait ;

- les multiples fautes commises par les navigants sont de nature à exonérer VNF de toute responsabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports ;

- le règlement particulier de police de la navigation intérieure sur l'itinéraire canal du Rhône à Sète et petit Rhône ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, propriétaires depuis 2019 d'une péniche de 23,98 mètres de long et de 4,51 mètres de large à la devise " Allégria " qui stationne habituellement " ducs d'Albe " à Villeneuve-lès-Maguelone sur le canal du Rhône à Sète ont souscrit auprès de la compagnie Helvétia Assurances un contrat d'assurance bateaux-logements n° 91902518 couvrant notamment les dommages matériels susceptibles d'être occasionnés à leur bateau et garantissant leur responsabilité civile vis à vis des tiers à l'occasion des accidents de navigation. Le 25 septembre 2019 alors qu'ils naviguaient dans le chenal du canal du Rhône à Sète leur bateau a été victime d'une avarie suite à l'engagement de l'hélice dans une chaîne reliant une bouée immergée et un corps mort provoquant l'échouement partiel de la péniche. Estimant que cette avarie résulte d'un défaut d'entretien normal du domaine public fluvial, la compagnie Helvétia assurances, subrogée dans les droits de M. et Mme D, ainsi que ces derniers, à qui une franchise de 750 euros est restée à leur charge, demandent de condamner VNF à les indemniser des préjudices subis.

Sur l'exception d'incompétence :

2. En vertu de l'article L. 4311-1 du code des transports : " L'établissement public de l'Etat à caractère administratif dénommé " Voies navigables de France " : 1° Assure l'exploitation, l'entretien, la maintenance, l'amélioration, l'extension et la promotion des voies navigables ainsi que de leurs dépendances en développant un transport fluvial complémentaire des autres modes de transport, contribuant ainsi au report modal par le réseau principal et par le réseau secondaire ; / 2° Est chargé de la gestion hydraulique des voies qui lui sont confiées en conciliant les usages diversifiés de la ressource aquatique, ainsi qu'en assurant l'entretien et la surveillance des ouvrages et aménagements hydrauliques situés sur le domaine qui lui est confié ; () ".

3. La compétence juridictionnelle pour trancher un litige ayant trait à la réparation de dommages s'apprécie à la date du fait générateur desdits dommages. Au 25 septembre 2019 date de l'accident, Voies navigables de France était un établissement public administratif, en application de l'article 1er de la loi n° 2012-77 du 24 janvier 2012, entrée en vigueur le 1er janvier 2013. Le litige opposant un utilisateur du domaine public fluvial à un établissement public administratif chargé d'assurer l'entretien du domaine public fluvial au sujet des dommages causés à son bateau dont il impute la cause à un défaut d'entretien normal du canal relève de la compétence de la juridiction administrative. Ainsi, l'exception d'incompétence soulevée en défense doit donc être écartée.

Sur la responsabilité :

4. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu du fait d'un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de causalité entre cet ouvrage et le dommage dont il se plaint. La personne publique en charge de l'ouvrage doit alors, pour que sa responsabilité soit écartée, établir l'absence de défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure

5. Le canal du Rhône à Sète appartient au domaine public fluvial de l'Etat confié à Voies navigables de France, à charge pour cet établissement public d'assurer son exploitation, son entretien et sa maintenance.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport dressé contradictoirement le 7 novembre 2019 par l'expert mandaté par la compagnie Helvétia assurances et l'expert maritime mandaté par Voies Navigables de France faisant la synthèse de deux visites effectuées sur site à Frontignan les 27 septembre et 11 octobre 2019, d'une part, que l'expert Giouve intervenant pour le compte de la compagnie Helvétia mentionne " la sécurité du chenal non assurée selon le RPP du canal du Rhône à Sète et le RGPNI, impliquant la responsabilité de VNF : - par la présence de corps morts dérivant dans le chenal constituant un rétrécissement du chenal sans avis à la batellerie, - par la présence de signalisations de rétrécissement illisibles par défaut d'entretien, pouvant induire une erreur d'appréciation par les navigants ", d'autre part, que l'expert Guillou missionné par l'assureur de VNF mentionne pour sa part que " VNF n'a pas été informé qu'une bouée se trouvait dans la zone de navigation. Par ailleurs il n'est pas démontré que la péniche naviguait convenablement dans la zone dédiée à la navigation. Enfin, aucun élément ne permet de dire que le " tag " sur le panneau de signalisation était présent lors de l'évènement et que l'éventuelle perte d'information aurait pu influer sur la survenance de l'avarie ". Le rapport d'expertise dressé le 2 décembre 2019 par le cabinet Clément à la demande de l'assureur de VNF mentionne quant à lui, s'agissant de l'origine des dommages, que " Selon toute vraisemblance, alors que le bateau naviguait dans le canal en sortie de Frontignan et en direction du canal Rhône à Sète, sa ligne d'arbre a été engagée dans la chaîne d'un mouillage. VNF n'a pas été informé de la présence d'une bouée " déradée " se trouvant dans la zone de navigation. Il n'est pas démontré que le bateau naviguait convenablement dans la zone dédiée à la navigation. ".

7. Si l'administration est tenue d'assurer un entretien des voies navigables permettant un usage de ces voies conforme à leur destination, cette obligation à l'égard de ces voies ne s'étend qu'au chenal et passes aménagées pour les besoins de la navigation comme tels dans les documents officiels destinés aux usagers, soit pour ce qui concerne la branche secondaire de Frontignan à l'étang de Thau du canal du Rhône à Sète une largeur de 8 mètres et ne s'étend pas à tout le lit du canal. A cet effet, si le chenal peut être délimité à l'aide de balises fixes, en revanche, il n'existe aucune obligation de baliser les obstacles situés hors du chenal, notamment ceux tenant à la présence de bouées d'amarrage ou de corps morts situés dans les zones destinées à l'occupation temporaires des bateaux. Les requérants exposent qu'à Frontignan à l'approche d'un pont routier avec rétrécissement du chenal marqué par des balises de VNF, ils ont ressenti une baisse de régime du moteur suivi d'un blocage de l'hélice, qui a entraîné une perte de manoeuvrabilité provoquant l'échouement partiel de leur péniche que leur bateau étant immobilisé, ils ont fait appel à une société, la société Boissel Marine Service, qui a dépêché un scaphandrier, qui a dégagé de l'hélice plusieurs mètres de chaîne entre un ancien corps mort en béton et une bouée de mouillage partiellement immergée, que n'ayant pas constaté de désordre sur l'inverseur et le moteur ils ont pu se déséchouer et gagner un quai de Frontignan avant inventaire des dommages et que lors de la manœuvre, pensant que le gouvernail était indemne, ils ont ressenti une difficulté de giration, ont perdu le contrôle de leur bateau lequel a heurté un petit bateau de plaisance appartenant à la société de location Le Boat. Toutefois sans d'ailleurs qu'ils n'avertissent le service gestionnaire de VNF de cet incident comme le leur imposaient pourtant les prescriptions des articles R. 4241-18 et R. 4241-22 du code des transports, les requérants n'apportent pas d'éléments circonstanciés sur le lieu exact de l'incident, ne démontrent pas que le bateau naviguait bien à l'intérieur même du chenal aménagé pour les besoins de la navigation ni même que le corps mort incriminé était situé dans la zone de navigation alors que les pièces produites au dossier par VNF démontrent que les zones destinées à l'occupation temporaire du domaine public fluvial (COT) sont très nettement distinctes de la zone de navigation du chenal. Les circonstances de l'accident ne sont pas établies. Si l'on s'en tient d'ailleurs à la pièce n° 3-b de la requête présentant le sens de navigation du bateau " Allégria " avant le sinistre, alors que le bateau est présenté, post avarie, à l'immobilisation en amont du pont de la RD 612 dans le sens inverse à celui indiqué sur la planche photographique, la largeur de 8 mètres figurant en vert sur ce plan est nettement distincte de la zone à COT tant en amont qu'en aval du pont de la route départementale 612. Il s'ensuit que la prise de la ligne d'arbre de la péniche dans une chaîne de mouillage s'est effectuée, selon toute vraisemblance, en dehors du chenal dédié à la navigation des bateaux.

8. En vertu de l'article L. 4412-1 du code des transports : " () les propriétaires de bateaux de plaisance d'une longueur supérieure à 5 mètres ou dotés d'un moteur d'une puissance égale ou supérieure à 9,9 chevaux sont assujettis, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à des péages perçus au profit de Voies navigables de France lorsqu'ils naviguent sur le domaine public qui lui est confié. () ". Selon le premier alinéa de l'article R. 4412-3 de ce code : " Les propriétaires de bateaux de plaisance mentionnés à l'article L. 4412-1 acquittent un péage lorsque ces bateaux naviguent à l'intérieur des limites du domaine confié à Voies navigables de France. Les tarifs du péage sont fonction des sections des voies navigables empruntées, des caractéristiques du bateau, de la durée d'utilisation des voies ainsi que, le cas échéant, de la période d'utilisation du réseau, que ce bateau relève du régime de la navigation intérieure ou de celui de la navigation maritime. " et en vertu du premier alinéa de l'article R. 4461-3 du code précité : " Lors de tout contrôle effectué dans les conditions prévues à l'article L. 4462-4, () le propriétaire d'un bateau de plaisance doit produire un exemplaire de la déclaration de chargement ou de la déclaration de navigation ou le document attestant du paiement du péage forfaitaire. " sous peine de faire l'objet, en vertu de l'article R. 4463-1 du même code, d'une contravention de 5ème classe.

9. Dans le cas où la faute de l'administration et celle d'un tiers ont concouru à la réalisation d'un même dommage, le tiers co-auteur qui a délibérément commis une faute d'une particulière gravité ne peut se prévaloir de la faute que l'administration aurait elle-même commise en négligeant de prendre les mesures qui auraient été de nature à l'empêcher de commettre le fait dommageable.

10. Les époux D, outre le fait qui n'est pas contesté qu'ils ne disposent d'aucun titre les habilitant à stationner aux ducs d'Albe à Villeneuve-lès-Maguelone, ne possédaient pas, à la date de l'accident, de vignette de circulation valide les autorisant à circuler sur le canal du Rhône à Sète dès lors que le péage-plaisance dont s'était acquitté l'ancien propriétaire de la péniche ne valait que pour la seule période du 18 au 24 février 2019, ni ne disposaient de certificat communautaire de navigation intérieure délivré à leur nom. Les dommages dont se plaignent les requérants se rattachent directement et étroitement à la situation irrégulière dans laquelle ils se trouvaient le jour de l'accident alors même qu'ils exposent que, de manière toute aussi irrégulière, plusieurs embarcations sont amarrées sur des poteaux sauvages fichés en bordure du chenal en des endroits ou le stationnement est prohibé par les dispositions de l'article A. 4241-54-2 du code de transports.

11. Il résulte ainsi de ce qui vient d'être dit aux points 7 et 10 et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées à la requête, que la S.A Helvétia assurances et les époux D ne sont pas fondés à demander la condamnation de VNF à les indemniser des préjudices subis.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

13. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge de Voies navigables de France, qui n'est pas la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Il y a lieu de mettre à la charge in solidum de la S.A Helvétia assurances et de M. et Mme D la somme de 582 euros à verser à Voies Navigables de France au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la S.A Helvétia assurances et de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : La S.A Helvétia assurances et M. et Mme D E A verseront in solidum une somme de 582 euros à l'établissement public Voies Navigables de France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société anonyme Helvétia assurances, à M. et Mme B D et à Voies Navigables de France.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

M. CLa greffière,

M-A. BARTHELEMY

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

Montpellier, le 13 juillet 2022.

La greffière,

M-A. BARTHELEMY

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