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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101833

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101833

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101833
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCP CHARREL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 avril 2021 et le 3 février 2022, la communauté d'agglomération de Béziers Méditerranée (CABM) représentée par la SCP Charrel et associés demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner la société SMA à lui payer la somme de 269 559,30 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la société SMA à lui payer, à titre de provision, la somme de 93 912 euros ;

3°) de condamner la société SMA à lui payer la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, son action n'étant au titre des deux déclarations de sinistre pas prescrite dès lors que plusieurs mises en demeure de payer ont été transmises à la société Sagema, assureur du dommage-ouvrage, la dernière en date du 27 mars 2019, interrompant ainsi la prescription biennale ;

- la société Sagema, aux droits de laquelle vient la SA SMA, a méconnu ses obligations imposées par l'article L. 242-1 du code des assurances, et reprises par le contrat en litige, en n'ayant pas respecté les différents délais prévus par ces dispositions notamment le délai de 60 jours à compter de la déclaration de sinistre au terme duquel elle devait transmettre sa décision de principe sur la mise en jeu de ses garanties, ainsi que le délai rallongé par accord express de 135 jours au terme duquel elle devait transmettre le rapport définitif d'expertise et l'offre d'indemnisation des sinistres ;

- la méconnaissance desdits délais entraine à titre de sanction, l'impossibilité pour l'assureur de refuser ou de contester l'application de ses garanties ;

- au demeurant, les désordres dénoncés sont couverts par le contrat dommages-ouvrage souscrit ainsi que par la garantie complémentaire relative aux dommages sur les parties existantes de l'ouvrage, notamment en ce qui concerne le désordre n°29 relatif à la toiture technique qui est soit incorporée dans l'ouvrage neuf et incluse à ce titre dans la garantie décennale, soit couverte par la garantie relative aux parties existantes ;

- le montant de 95 325,60 (TTC) de l'indemnisation proposée par la société SMA au titre des désordres retenus pour la première déclaration de sinistre est contesté qu'en ce qui concerne le désordre n°29 afférent à la toiture T5 et compris dans le dommage 3, en tant qu'il est insuffisant au regard des travaux de réparation réalisés à ses frais ; en l'absence d'offre formulée dans le délai imparti, la société SMA doit être condamnée à verser la somme de 260 916,90 euros au titre de ce premier sinistre ;

- le montant de l'indemnisation proposée par la société SMA de 3 780 euros (TTC) au titre des désordres retenus pour la seconde déclaration de sinistre est insuffisant au regard des devis que la communauté d'agglomération a fait établir par la société Casanova et la société SMA SA doit être condamnée à verser la somme de 8 642,40 euros (TTC).

Par des mémoires en défense enregistrés le 12 août 2021 et le 7 mars 2022, la société anonyme SMA SA, représentée par la SCP Logos Avocats conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et demande au juge des référés de condamner la communauté d'agglomération de Béziers Méditerranée à lui verser la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation est sérieusement contestable dès lors que la requête est irrecevable en ce qui concerne la contestation du premier sinistre, l'action étant prescrite selon l'article L. 114-1 du code des assurances ;

- elle a respecté les délais impartis par le code des assurances en ce qui concerne les décisions de principe sur la mise en jeu des garanties pour les deux déclarations de sinistre, dès lors qu'elles ont été transmises avant leur terme respectif ;

- le désordre n°29 pour lequel la CABM conteste l'indemnisation offerte n'entre pas dans sa totalité dans l'assiette de l'indemnisation de la garantie dommages-ouvrage qui n'englobe pas l'intégralité des bâtiments existants mais seulement ceux incorporés dans l'ouvrage neuf, la toiture ancienne, datant de 2003 et endommagée, n'ayant pas été incorporée dans sa totalité dans l'ouvrage neuf et le dommage résulte d'un défaut d'entretien et du vieillissement de sa membrane ;

- l'assurée retient une interprétation erronée de la garantie complémentaire relative aux parties existantes qui doit être lue avec les conditions générales de la police, en tout état de cause, l'interprétation dudit contrat ne relève pas du juge des référés et rend l'obligation sérieusement contestable ;

- l'assurée ne peut solliciter l'indemnisation des désordres sur la base de ses propres estimations.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 février 2022 à 12 heures.

Le président du tribunal a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement en date du 12 février 2013, la société d'équipement du Bitterois et de son Littoral (SEBLi ) agissant, en qualité de mandataire, au nom et pour le compte de la communauté d'agglomération Béziers Méditerranée (CABM), a souscrit à un contrat d'assurance " Dommages-ouvrage / constructeur non-réalisateur " auprès de la SAGENA Générale d'Assurances, aux droits de laquelle vient la société anonyme SMA, dans le cadre d'un marché public de travaux relatif à la réhabilitation de la piscine communautaire Léo Lagrange pour un coût prévisionnel de 11 473 159 euros (TTC). L'assiette du contrat d'assurance dommages-ouvrage comprend la garantie décennale obligatoire de base d'un montant de 81 843,73 euros (TTC) ainsi que des garanties complémentaires distinctes, au titre desquelles a notamment été prévue la garantie " dommages aux existants " d'une durée de dix ans à compter de la réception des travaux et dont le montant de la prime versée à l'assureur s'élève à 10 522,76 euros (TTC).

2. Le 30 décembre 2013, la SEBLi a fait une première déclaration de sinistre, réputée constituée au 8 janvier 2014, concernant 67 désordres, au titre de l'assurance dommages-ouvrage. Le 6 mars 2014, la société SAGENA a notifié son rapport préliminaire d'expertise à la SEBLI. Par courrier en date du 7 mars 2014, notifié le 10 mars 2014, la société SAGENA a accepté le principe de la mise en jeu de ses garanties au titre de cette première déclaration de sinistre. Par courrier en date du 14 avril 2014, la CABM a accepté la demande de prolongation de 135 jours du délai de remise du rapport d'expertise définitif et de présentation de l'offre indemnitaire, formulé lors d'une réunion du 3 mars 2014, ce délai courant ainsi jusqu'au 21 août 2014 pour les groupes de dommages 2 et 3, comprenant notamment, pour le dernier, le désordre n°29 " toiture terrasse technique " situé sur la toiture T5. Par courrier notifié le 9 octobre 2015, la CABM a mis en demeure l'assureur de présenter une offre indemnitaire et de produire le rapport d'expertise définitif. Par courrier en date du 13 janvier 2016, et en l'absence de réponse, la CABM a informé la société SMA que des travaux conservatoires relatifs au désordre n°29 avaient été confiés à la société SN Casanova Service pour un montant de 18 020 euros (HT) et que l'évaluation de la reprise du désordre n°29 avait été estimée par son expert à un montant de 223 969, 69 (TTC). Le 20 juillet 2016, la société SAGENA a notifié à la CABM son rapport d'expertise définitif accompagné de son offre d'indemnisation pour ce premier sinistre d'un montant total de 98 325,60 euros (TTC) comprenant notamment les frais déjà réglés par l'assuré pour les travaux et investigations antérieurement réalisés ainsi que la somme de 8 856 euros au titre du désordre n°29. Par courrier du 2 novembre 2016, la CABM a refusé cette proposition en ce qui concerne le désordre 29 et a sollicité en conséquence la reprise des opérations d'expertise. Par courrier du 28 juin 2017, et en l'absence de réponse, la CABM a mis en demeure son assureur de lui régler la somme de 143 223,64 euros (TTC) au titre du désordre n°29 et de la toiture T5 et en l'absence de réponse, elle a adressé une seconde mise en demeure le 27 mars 2019.

3. Par courrier en date du 5 novembre 2014, notifié le 7 novembre 2014, la CABM a déclaré un second sinistre relatif à la même construction. Par courrier du 29 décembre 2014, la SMA lui a notifié son rapport préliminaire d'expertise et, par courrier du 6 janvier 2015 réceptionné le 7 janvier 2015, elle a accepté le principe de la mise en jeu de ses garanties. Par courrier du 27 janvier 2015, la CABM a accepté le report du délai de remise du rapport définitif d'expertise au 2 mars 2015. En l'absence de rapport et d'offre notifiés dans le délai prolongé, la CABM a mis en demeure la société SMA de lui transmettre lesdits documents par courrier notifié le 13 janvier 2016. Par courrier du 9 février 2016, la société SMA a transmis le rapport définitif d'expertise de son expert et a formulé une offre d'indemnisation à hauteur de 3 780 euros laquelle a fait l'objet d'un refus de la part de la CABM par courrier du 18 mai 2016 notifié le 23 mai 2016. Le 18 juillet 2017, un rapport complémentaire d'expertise a été établi et la SMA a, par courrier du 24 mars 2020, proposé une seconde offre indemnitaire d'un montant de 9 032,40 euros au titre dudit sinistre à la CABM, laquelle doit être regardée comme n'ayant pas été acceptée par celle-ci à défaut de signature.

4. Par la présente requête, la CABM demande au juge de condamner la société SMA, à lui verser, à titre principal, la somme totale de 269 559,30 euros au titre de l'ensemble des désordres affectant la piscine communautaire " Leo Lagrange " et, à titre subsidiaire, la somme de 93 312 euros, correspondants aux sommes admises par son assureur.

5. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

Sur le cadre juridique applicable au litige :

6. Aux termes, d'une part, de l'article L. 242-1 du code des assurances en vigueur à la date de souscription du contrat en cause dans le présent litige : "Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792-1, les fabricants et importateurs ou le contrôleur technique sur le fondement de l'article 1792 du code civil. / Toutefois, l'obligation prévue au premier alinéa ci-dessus ne s'applique ni aux personnes morales de droit public () lorsque ces personnes font réaliser pour leur compte des travaux de construction pour un usage autre que l'habitation. / L'assureur a un délai maximal de soixante jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, pour notifier à l'assuré sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties prévues au contrat. / Lorsqu'il accepte la mise en jeu des garanties prévues au contrat, l'assureur présente, dans un délai maximal de quatre-vingt-dix jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, une offre d'indemnité, revêtant le cas échéant un caractère provisionnel et destinée au paiement des travaux de réparation des dommages. En cas d'acceptation, par l'assuré, de l'offre qui lui a été faite, le règlement de l'indemnité par l'assureur intervient dans un délai de quinze jours / () ". Les dispositions précitées instituent une procédure spécifique de préfinancement des travaux de réparation des désordres couverts par la garantie décennale avant toute recherche de responsabilité. L'assurance dommages-ouvrage garantit notamment le paiement intégral des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs de l'article 1792-1 du code civil. La police dommages-ouvrage qui a été souscrite par la communauté d'agglomération de Béziers Méditerranée alors qu'elle n'y été pas tenue s'agissant de travaux de construction pour un usage autre que l'habitation a pour objet de garantir le paiement des travaux de réparation des dommages qui entrent dans le cadre de la responsabilité décennale.

Sur la fin de non-recevoir :

7. Aux termes de l'article 114-1 du code des assurances : " Toutes actions dérivant d'un contrat d'assurance sont prescrites par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance ". Et l'article 114-2 du même code dispose : " La prescription est interrompue par une des causes ordinaires d'interruption de la prescription et par la désignation d'experts à la suite d'un sinistre. L'interruption de la prescription de l'action peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception adressée par l'assureur à l'assuré en ce qui concerne l'action en paiement de la prime et par l'assuré à l'assureur en ce qui concerne le règlement de l'indemnité. ". Il résulte de l'instruction, notamment de l'acte interruptif de prescription du 27 mars 2019, que la communauté d'agglomération de Béziers Méditerranée est fondée à soutenir que la prescription de son action ne peut lui être utilement opposée par la société SMA sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 114-1 du code des assurances.

Sur l'obligation de la société SMA :

8. En premier lieu, aux termes du CCTP: " Le contrat a pour objet de garantir, en dehors de toute recherche de responsabilité, le paiement des travaux de réparation des dommages à l'ouvrage réalisé ou qui en deviennent techniquement indivisibles, au sens du II de l'article L. 243-1-1 du Code des Assurances () / Les existants divisibles et indivisibles seront garantis séparément dans le cadre d'une garantie spécifique " existant ". Le candidat devra préciser la définition des existants qu'il retient, le montant du capital assuré, la prime appliquée à cette garantie. ". Et, l'article 2 " documents contractuels " du CCAP vise les " conventions spéciales et conditions générales de l'assureur " dans laquelle la définition des existants : " par existants, il faut entendre les parties anciennes d'une construction existant avant l'ouverture du chantier sur sous ou dans laquelle sont exécutés vos travaux de construction " Il ressort de l'instruction que la somme de 167 163,74 euros TTC, dont la communauté d'agglomération de Béziers Méditerranée sollicite le versement, au titre de la réparation, qu'elle a elle-même fait estimer, du désordre n° 29 de la déclaration de sinistre du 30 décembre 2013 relatif à reprise de la toiture T5, correspond, au regard des conclusions de l'expert, en majorité, à des travaux sur une partie de la toiture n'ayant pas été incorporée dans sa totalité dans l'ouvrage neuf et que le dommage, qui résulte d'un défaut d'entretien et du vieillissement de la membrane de cette toiture, ne concerne donc pas des travaux " techniquement indivisibles " ou des " parties existantes " au sens du contrat d'assurance en cause. Par suite, en l'état de l'instruction, en tant qu'elle excède la part admise en garantie de ce sinistre par la société SMA, la demande de la requérante présente un caractère sérieusement contestable. Et il n'y a donc lieu, d'accorder, à titre de provision, que la seule somme de 85 269,60 euros TTC admise par la société SMA en réparation de ce préjudice.

9. En second lieu, en ce qui concerne le second sinistre en date du 7 novembre 2014, la somme de 8 642,40 euros, dont la communauté d'agglomération de Béziers Méditerranée sollicite le versement à titre de provision correspond à celle réclamée le 27 mars 2019 auprès de la société SMA et que celle-ci avait acceptée de lui régler le 24 mars 2020. Compte tenu de l'absence de prescription de la présente action, l'obligation n'étant pas sérieusement contestable, il y a lieu de faire droit à cette demande.

10. Il résulte de ce qui précède que la société SMA est condamnée à verser, à titre de provision, la somme totale de 93 912 euros à la communauté d'agglomération de Béziers Méditerranée.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il est laissé à chaque partie la charge de ses propres frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La société SMA versera la somme de 93 912 euros à la communauté d'agglomération Béziers Méditerranée à titre de provision.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la communauté d'agglomération Béziers Méditerranée et les conclusions de la société SMA sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la communauté d'agglomération Béziers Méditerranée et à la société anonyme SMA.

Fait à Montpellier, le 20 juillet 2020.

Le juge des référés,

E. Souteyrand

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 20 juillet 2022.

La greffière,

M.-A. Barthélémy

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