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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101906

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101906

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101906
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantSCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021, M. E C, représenté par la SCP Vial - Pech de Laclause - Escale - Knoeffler - Piret - Huot - Joubes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 31 décembre 2020 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant 4 253,82 euros pour la période du 1er septembre 2018 au 30 juin 2019 ;

2°) de prononcer la décharge du solde de l'indu en litige ;

3°) de mettre à la charge de la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Orientales et du département des Pyrénées-Orientales solidairement une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre exécutoire est dépourvu de la signature de son auteur ;

- le titre est entaché d'une insuffisance de motivation faute d'exposer les bases de la liquidation ;

- la prescription biennale fait obstacle au recouvrement de la somme réclamée par ce titre ;

- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'il est indiscutable qu'il n'a perçu aucun revenu en 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier du 10 juin 2022 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active de 4 253,82 euros, en ce que le titre exécutoire attaqué n'a pas été précédé d'un recours administratif préalable en application des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles (A, 5 février 2018, n° 403650).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Agier, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Pyrénées-Orientales depuis le mois de septembre 2018. Par une décision du 23 janvier 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a notifié à M. C un indu de 4 346,47 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2018 au 30 juin 2019. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 31 décembre 2020 pour le recouvrement du solde de cette créance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité du titre :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 2, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

4. Il résulte de l'instruction que l'extrait du titre exécutoire émis à l'encontre de M. C et adressé à ce dernier comportait les nom, prénom et qualité du directeur des finances, M. D F, qui l'a signé. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'extrait de l'application comptable produit par le département, que le bordereau de ce titre de recettes a été signé par cette même personne de façon électronique. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le titre exécutoire litigieux a méconnu les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ou de l'article L. 111-2 du code des relations du public et de l'administration auxquelles elles se réfèrent.

5. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

6. D'une part, le titre exécutoire n° 7761 émis le 31 décembre 2020 mentionne qu'il correspond à indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er septembre 2018 au 30 juin 2019. D'autre part, il résulte de l'instruction que par courrier du 23 janvier 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a adressé à M. C, à l'occasion de la notification de cet indu, les motifs et les éléments ayant conduit à son calcul et auquel le titre contesté fait nécessairement référence. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été régulièrement informé des bases et éléments de calcul de la dette dont le recouvrement est poursuivi.

En ce qui concerne la prescription de la créance :

7. Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance. / La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles L. 553-2, L. 821-5-1 ou L. 845-3 du code de la sécurité sociale, L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ou L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation. ". Selon l'article L. 262-46 du même code : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () ". L'article 2234 du code civil dispose que : " () La prescription ne court pas ou est suspendue contre celui qui est dans l'impossibilité d'agir par suite d'un empêchement résultant de la loi, de la convention ou de la force majeure. ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 3° L'action des comptables publics chargés de recouvrer les créances des régions, des départements, des communes et des établissements publics locaux se prescrit par quatre ans à compter de la prise en charge du titre de recettes. / Le délai de quatre ans mentionné à l'alinéa précédent est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part des débiteurs et par tous actes interruptifs de la prescription () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que, sauf fraude ou fausse déclaration, le délai de prescription applicable à l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou au département est de deux ans et, d'autre part, que le délai de prescription applicable au comptable public pour poursuivre le recouvrement est de quatre ans à compter de la prise en charge du titre de recettes.

8. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active concerné par le titre exécutoire en litige a été mis à la charge de M. C par une décision du directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales du 23 janvier 2020. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'avis de sommes à payer émis le 31 décembre 2020 a méconnu le délai de prescription applicable au comptable public pour poursuivre le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active de 4 253,82 euros restant à sa charge.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

9. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

10. Une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental.

11. En l'espèce, par une décision du 23 janvier 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a réclamé à M. C le paiement d'une somme de 4 346,37 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er septembre 2018 au 30 juin 2019. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait préalablement à la présente saisine du tribunal contesté le bien-fondé de la créance réclamée. Par suite, en l'absence de toute preuve de présentation de la réclamation préalable prévue à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, le moyen tiré du mal-fondé de l'indu pour le recouvrement duquel l'avis de sommes à payer en litige a été émis est irrecevable et doit par suite être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 31 décembre 2020.

Sur les frais du procès :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département des Pyrénées-Orientales, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E C, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le président,

D. B

La greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Montpellier, le 1er juillet 2022.

La greffière,

F. Roman

No 2101906

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