jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101923 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | FONT & TRILLES AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 avril 2021, le 28 avril 2021, le 22 août 2022, les 14 et 21 septembre 2022, M. D C demande au tribunal d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Aude, d'une part, a tacitement confirmé le bien-fondé d'un indu de 737,38 euros de prime d'activité pour la période du 1er octobre 2020 au 31 janvier 2021 et, d'autre part, a refusé de faire droit à sa demande de remise gracieuse de dette.
Il soutient que :
- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'il n'a vécu avec sa compagne dans leur appartement commun qu'à compter du 1er janvier 2021 ;
- il est de bonne foi et se trouve dans une situation précaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 juillet 2022, le 3 septembre et le 15 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aude, représentée par la SELARL Olivier Trilles Victor Font, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de M. C ;
2°) de condamner solidairement M. C et Mme A à lui verser la somme de 655,74 euros en remboursement du solde de l'indu en litige ;
3°) de mettre à la charge de M. C la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est allocataire de la prime d'activité dans le département de l'Aude. Suite à la déclaration par sa compagne d'une situation de concubinage à compter du 1er octobre 2020, la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Aude lui a notifié un indu de 737,38 euros de prime d'activité pour la période du 1er octobre 2020 au 31 janvier 2021. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Aude, d'une part, a tacitement confirmé le bien-fondé de cet indu et, d'autre part, a refusé de faire droit à sa demande remise gracieuse de dette.
Sur le bien-fondé de l'indu :
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à la prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité ". Aux termes de l'article L. 842-3 du code précédemment cité : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° ". Selon l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
4. En outre, l'article 515-8 du code civil dispose que : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
5. Il résulte des dispositions citées au point 3 que, pour le bénéfice de la prime d'activité, le foyer s'entend notamment du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
6. Il résulte de l'instruction que l'indu mis à la charge de M. C résulte de la prise en compte d'une situation de concubinage déclarée par sa compagne à compter du 1er octobre 2020. Pour contester l'indu mis à sa charge, M. C soutient que le couple n'a emménagé dans un appartement commun qu'à compter du 1er janvier 2021. Toutefois, il résulte tant de l'instruction que des écritures du requérant que M. C a hébergé sa compagne gracieusement du 1er octobre au 28 décembre 2020 dans l'attente de leur emménagement définitif dans un nouvel appartement à compter du 1er janvier 2021. C'est par suite à bon droit que la caisse d'allocations familiales de l'Aude a pu considérer que M. C devait être regardé en situation de concubinage à compter du 1er octobre 2020.
Sur la demande de remise de dette :
7. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
8. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.
9. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur les droits de l'intéressé à la prime d'activité, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 précédent que l'indu mis à la charge de M. C résulte de l'absence de déclaration par ce dernier d'une situation de concubinage du 1er octobre 2020 au 31 janvier 2021. Pour établir sa bonne foi, M. C fait valoir que le couple n'a commencé à vivre maritalement dans un appartement commun qu'à compter du 1er janvier 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier de sa déclaration de situation effectuée le 8 janvier 2021, que M. C a persisté, en dépit de cet emménagement, à se déclarer seul. Par suite, dès lors que M. C n'a pu légitimement ignorer qu'il était tenu de déclarer cette situation, la réitération de cette omission à déclarer sa situation maritale est de nature à caractériser une fausse déclaration. Dans ces conditions et quelle que soit la situation de précarité dans laquelle il allègue se trouver, M. C n'est pas fondé à demander la remise gracieuse de la dette de 737,38 euros restant à sa charge.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aude :
12. En application du principe selon lequel une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la caisse d'allocations familiales de l'Aude n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner le requérant au paiement d'une somme de 655,74 euros en remboursement du solde de l'indu litigieux, dès lors, notamment, qu'elle dispose du pouvoir d'émettre une contrainte qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement pour le recouvrement de cet indu. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées en ce sens par la caisse d'allocations familiales de l'Aude doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aude sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aude à titre reconventionnel et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Aude.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le président,
D. BLa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 novembre 2022.
La greffière,
F. Roman
No 2101923
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026