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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102067

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102067

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102067
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 22 avril 2021 et 15 juillet 2022, la société par actions simplifiées (SAS) Quick Delices, représentée par Me Boulet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015, du supplément de taxe sur la valeur ajoutée et de l'amende pour distribution occulte mis à sa charge au titre de la période allant de mars 2014 à décembre 2015, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification du 28 juillet 2017 est insuffisamment motivée en faits ;

- la méthode de reconstitution est viciée dès lors que ses montants de marge brute, de la valeur ajoutée, et d'excédent brut d'exploitation, sont disproportionnés ;

- la reconstitution du service n'a pas de cohérence pour les sandwiches, élément le plus important, et elle a proposé dans ses observations une méthode plus précise et plus appropriée fondée sur la proportion de sandwiches vendus, menu et hors menu ;

- elle sollicite 35 %, non 30 %, pour le taux de perte de préparation des broches et de cuisson, découpe, et des déchets de dinde et veau, et 20 %, et non 10 %, pour la cuisson des frites, taux retenus par la commission.

Par mémoires, enregistrés les 15 septembre 2021 et 18 août 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 septembre 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 15 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- les observations de Me Boulet, représentant la SAS Quick Délices.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Quick Delices exploite un établissement de restauration rapide et a fait l'objet d'une vérification de comptabilité qui a duré du 5 octobre 2016 au 27 avril 2017. Elle demande la décharge ou la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de l'amende pour distribution occulte mis à sa charge au titre de la période de mars 2014 à décembre 2015, et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

3. Il résulte de l'examen de la proposition de rectification du 28 juillet 2017 que celle-ci explicite les motifs du rejet de la comptabilité de la SAS Quick Delices au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015 et la méthode retenue par le service pour reconstituer le chiffre d'affaires du restaurant, et qu'elle précise les montants et les motifs des redressements opérés en matière d'impôt sur les sociétés et de TVA en droits et pénalités, ainsi que l'exercice et la période concernés. La proposition a permis au contribuable de présenter ses observations utilement, ce qu'il a d'ailleurs fait le 25 septembre 2017. Par suite, et à supposer même comme le prétend la SAS Quick Delices que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires du service ait été erronée et incomplète, le moyen tiré du non-respect de l'article cité point 2 doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions et la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge / () ". Le service ayant suivi l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires, et la SAS Quick Delices ne contestant pas les graves irrégularités ayant entrainé le rejet de sa comptabilité, la charge de la preuve lui appartient.

5. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, non seulement apporter tous éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.

6. Pour reconstituer le chiffre d'affaires réalisé sur l'exercice 2014/2015 le vérificateur s'est fondé sur les factures établies par trois fournisseurs, Bircan, Promocash et Métro, sur trois produits, les boissons, les frites, et les sandwiches, et a distingué ces produits consommés en menu et en hors menu, retenant 70 % pour les sandwiches en menu. La société fait valoir que les sandwiches sont vendus au même prix, menu ou hors menu, et propose une répartition de 65 % pour les nans 15 % pour les tacos, 5 % de paninis, 5 % de burgers et 10 % d'assiettes diverses. Il résulte cependant de l'instruction que les taux retenus par le service pour les différentes variétés de sandwiches sont ceux indiqués par le gérant de la société dans son courrier du 3 avril 2017.

7. La société requérante ne conteste pas efficacement la méthode mise en œuvre par le vérificateur en se bornant à indiquer que les montants de marge brute, de la valeur ajoutée, et d'excédent brut d'exploitation fixés, sont disproportionnés, et supérieurs à la moyenne de ceux des entreprises de restauration rapide en Occitanie, sans apporter d'élément propre à l'entreprise. Si elle sollicite des taux de 35 %, non de 30 % pour le taux de perte de préparation des broches et de cuisson, de découpe et des déchets de dinde et de veau, et de 20 %, et non de 10 %, pour la cuisson des frites, elle n'apporte pas d'élément démontrant que ces taux, retenus en dernier lieu par le service après avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires, soient erronés. Dans ces conditions, la société doit être regardée comme n'apportant pas la preuve, qui lui incombe, de ce que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires était trop sommaire ou radicalement viciée, ou de l'exagération des bases d'imposition en découlant.

8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge ou la réduction, en droits et pénalités, du supplément d'impôt sur les sociétés et de rappel de taxe sur la valeur ajoutée mise à sa charge.

Sur les frais liés au litige :

9. les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge Etat, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SAS Quick Delices est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Quick Delices et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le président-rapporteur,

JP. GayrardL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

La greffière,

G. Munoz

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juin 2023,

La greffière,

G. Munoz

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