lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2102242 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par requête et mémoire, enregistrés les 30 avril 2021 et 29 mars 2023, MM B et E et A H D, représentés par Me Miralves-Boudet, demandent au tribunal :
- de réserver les droits de M. B D sur la perte de gains professionnels futurs ;
- de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à payer à M. B D des sommes de 1 613,43 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 685 226,04 euros pour les frais divers, dont la tierce personne temporaire, 121 683,14 euros de tierce personne définitive, 22 400 euros d'incidence professionnelle, 5 600 euros de préjudice scolaire, 37 632,42 euros de déficit fonctionnel temporaire, 16 800 euros au titre des souffrances de 6 sur 7, 2 800 euros de préjudice esthétique temporaire, 97 020 euros de déficit fonctionnel permanent, 1 120 euros de préjudice esthétique permanent, et 9 800 euros de préjudice d'agrément ;
- à payer à M. et Mme D une somme de 9 800 euros à chacun réparant leurs préjudices extra-patrimoniaux ;
- à payer les dépens, et à payer une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'expert a déposé son rapport le 3 avril 2018, et il en résulte que la responsabilité du CHU est engagée à leur encontre, le centre a commis une faute ayant conduit à une perte de chance de 28% pour B d'échapper au volvolus, due à l'absence d'examen clinique par les Dr C et G ;
- durant les 24 1ères heures de sa vie, le 30 novembre 1998 B a présenté des signes d'occlusion intestinale du fait d'un volvulus ;
- ils évaluent les autres préjudices de B selon les conclusions de l'expert ;
- B a perdu une chance de promotion et a un risque accru de perte d'emploi ;
- leurs conditions de vie ont été lourdement affectés par le handicap de B, qu'ils ont accompagné à l'hôpital de nombreux mois, l'ont soutenu et poussé au niveau bac professionnel, leur préjudice est de 35 000 euros chacun, soit 9 800 euros chacun avec taux de perte de chance ;
- ils n'ont perçu qu'une provision de 10 000 euros mise à la charge du Dr G et de son assureur par ordonnance du 10 novembre 2016, et leur requête est recevable.
Par mémoires, enregistrés les 14 octobre 2021, 2 août 2022, et 17 mars 2023, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me Armandet, conclut au rejet du recours.
Il soutient que :
- la requête et l'intervention de la CPAM sont irrecevables pour défaut d'intérêt à agir, car les requérants ont obtenu du juge des référés du tribunal judiciaire de Montpellier une provision de 10 000 euros à la charge du Dr G et de son assureur réparant les préjudices ;
- la responsabilité du centre et le taux de perte de chance de 28% ne sont pas contestés ;
- la CPAM ne justifie pas de ses débours et de leur imputabilité au CHU ;
- le lien direct entre le volvulus et les frais divers n'est pas établi ;
- l'assistance à tierce personne doit être réduite ;
- B a obtenu un bac professionnel, et l'incidence professionnelle et le préjudice scolaire ne sont pas justifiés ;
- l'indemnisation des déficits fonctionnels et des souffrances, et le préjudice des parents, doivent être réduits ;
- l'expert exclut le préjudice esthétique temporaire et permanent imputable au CHU, et un préjudice d'agrément après consolidation.
Par mémoires, enregistrés les 29 juin 2021 et 11 juillet et 13 octobre 2022, la CPAM de l'Hérault, représentée par la SCP Cauvin-Leygues, demande dans le dernier état de ses écritures que le CHU de Montpellier soit condamné à lui rembourser ses débours, 378 255,19 euros, avec intérêts à taux légal capitalisés, à lui verser une indemnité forfaitaire de 1 080 euros, et à lui payer une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient justifier de ses débours.
Par mémoire, enregistré le 27 février 2023, l'ONIAM, représenté par Me De La Grange, conclut à sa mise hors de cause et à la mise à la charge de la partie perdante d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le préjudice de M. D découle de sa pathologie initiale, de l'erreur de diagnostic, et du retard de prise en charge des Dr C et G, et non d'un accident médical non fautif.
,
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rabaté, rapporteur ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.
- et les observations de Me Miralves-Boudet, pour les requérants, et de Me Le Junter, pour le CHU de Montpellier.
Considérant ce qui suit :
Sur l'exposé du litige :
1. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise ordonnée en référé par le tribunal judiciaire de Montpellier, établi le 3 avril 2018 par un médecin pédiatre, que lors de sa naissance le 30 novembre 1988 B D, suivi par les Dr C et Maestracchi à la polyclinique Saint-Roch de Montpellier, a présenté au cours de son 1er jour un volvulus et une occlusion intestinale. Arguant d'une prise en charge fautive, M. B D, et ses parents, M. E et Mme H D, demandent la condamnation du CHU de Montpellier à réparer leurs préjudices. La CPAM de l'Hérault demande au CHU de lui rembourser ses débours, soit 378 255,19 euros.
Sur la recevabilité des conclusions :
2. Lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher devant le juge administratif la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes à réparer l'intégralité de son préjudice. L'un des coauteurs ne peut alors s'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en invoquant l'existence de fautes commises par l'autre coauteur. Par suite, la victime peut demander la condamnation d'une personne publique à réparer l'intégralité de son préjudice lorsque la faute commise portait normalement en elle le dommage, alors même qu'une personne privée, agissant de façon indépendante, aurait commis une autre faute, qui portait aussi normalement en elle le dommage au moment où elle s'est produite. Il n'y a, dans cette hypothèse, pas lieu de tenir compte du partage de responsabilité entre les coauteurs, lequel n'affecte que les rapports réciproques entre ceux-ci, mais non le caractère et l'étendue de leurs obligations à l'égard de la victime du dommage. Il incombe à la personne publique, si elle l'estime utile, de former une action récursoire à l'encontre du coauteur personne privée devant le juge compétent, afin qu'il soit statué sur ce partage de responsabilité.
3. Il appartient en conséquence au juge de déterminer l'indemnité due au requérant, dans la limite des conclusions indemnitaires dont il est saisi, laquelle s'apprécie au regard du montant total de l'indemnisation demandée pour la réparation de l'entier dommage, quelle que soit l'argumentation des parties sur un éventuel partage de responsabilité. Il s'ensuit que le fait que les requérants aient obtenu, par ordonnance du 10 novembre 2016 du juge des référés du tribunal de grande instance de Montpellier, à la charge du Dr G et de son assureur, une provision de 10 000 euros réparant leurs préjudices, ne peut les priver du droit de poursuivre le CHU. Dès lors, les conclusions indemnitaires du recours et celles de la CPAM de l'Hérault dirigées contre le CHU de Montpellier sont recevables.
Sur la responsabilité pour faute :
4. En vertu de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
5. L' expert, non contesté par les parties, estime fautive l'absence d'examen clinique du bébé par le Dr C, qui a procédé à l'accouchement à 7h50 et ne s'est pas déplacé par la suite, par le Dr G, qui l'a examiné le soir de l'accouchement, et n'a appelé le SAMU que le lendemain à 6H46, malgré les rejets du bébé et les inquiétudes des parents, et par l'hôpital Arnaud de Villeneuve de Montpellier, où le bébé a été transporté, dont le retard à la détorsion du volvulus a été de 2H30, ce qui n'a pas permis de limiter les séquelles du volvulus. Dans ces conditions, il convient de suivre ses conclusions, et de considérer que la prise en charge inadaptée du patient par l'hôpital Arnaud de Villeneuve, qui a contribué à la survenance d'un volvulus important qui est à l'origine des préjudices d'Hugo D, constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier à réparer la totalité des dommages subis par les requérants.
Sur l'ONIAM :
6. Aucune conclusion n'étant dirigée contre l'ONIAM, dont la responsabilité ne peut être engagée au titre de la solidarité nationale, il convient de mettre cet office hors de cause.
S'agissant du lien de causalité et la nature du préjudice indemnisable :
7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue. Lorsqu'une pathologie prise en charge dans des conditions fautives a entraîné une détérioration de l'état du patient ou son décès, c'est seulement lorsqu'il peut être affirmé de manière certaine qu'une prise en charge adéquate n'aurait pas permis d'éviter ces conséquences que l'existence d'une perte de chance ouvrant droit à réparation peut être écarté.
8. L'expert, non contesté par les parties sur ce point, estime que les manquements fautifs du CHU constatés point 5 ont amené une perte de chance pour B d'éviter et limiter le volvulus, et fixe le taux de perte de chance à 28 %, taux qu'il convient de retenir.
Sur les préjudices subis par la victime :
9. Il résulte de l'instruction que l'état de M. B D est consolidé le 19 septembre 2017, à l'âge de presque 19 ans.
Quant aux dépenses de santé actuelles :
10. La CPAM de l'Hérault justifie, par la production de ses débours définitifs et d'une attestation d'imputabilité établie le 1er septembre 2022 par son médecin-conseil, de frais d'hospitalisation, de frais médicaux et pharmaceutiques, et de frais de transport pendant la période totale allant du 29 décembre 2010 au 9 novembre 2016 s'élevant à 348 954,49 euros. Dès lors, la créance de la CPAM au titre des dépenses de santé actuelles s'élève à 97 707, 26 euros après application du taux de perte de chance.
Quant aux frais d'assistance par tierce personne :
11. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas réellement soutenu par le CHU, que les requérants, qui le contestent, aient bénéficié d'aides ou de prestations destinées à pourvoir aux dépenses d'assistance à la tierce personne engagées. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les soins ont nécessité la présence d'un adulte 11 heures par jour pendant la période de nutrition parentérale d'Hugo, qui a duré du 1er avril 1999 au 1er novembre 2001, et du 28 février 2009 au 4 juillet 2016, soit 3 539 jours. Pendant les autres périodes hors hospitalisation, allant du 1er septembre 2001 au 27 février 2009, et du 5 juillet 2016 au 19 septembre 2017, soit 3 179 jours, cette aide doit être évaluée à une heure par jour. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de retenir pour l'indemnisation, sur la base d'une année de 412 jours, un taux horaire de 13 euros par jour pour l'aide non spécialisée requise. Les frais liés à l'assistance temporaire par une tierce personne non spécialisée jusqu'à la consolidation doivent ainsi être évalués à la somme globale de 617 891,64 euros, soit 173 009,66 euros après application du taux de perte de chance.
12. Il résulte de l'instruction que le besoin d'assistance temporaire par une tierce personne non spécialisée dont a eu besoin le requérant, de sa consolidation, le 19 septembre 2017, jusqu' au jour du jugement, soit 2 059 jours, peut être estimé à une heure par jour. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de retenir pour l'indemnisation, sur la base d'une année de 412 jours, un taux horaire de 13 euros par jour pour l'aide non spécialisée requise jusqu'au 31 décembre 2017, de 14 euros par jour pour la période 2018-2020, et de 15 euros à compter du 1er janvier 2021. Les frais liés à l'assistance temporaire par une tierce personne non spécialisée pour cette période doivent ainsi être évalués à la somme globale de 33 393,06 euros, soit 9 349,22 euros après application du taux de perte de chance.
13. Pour la période ultérieure au jugement, sur les fondements d'une heure par jour, de 15 euros par heure, et de 412 jours par an, ce besoin représente un montant annuel de 6 180 euros, à capitaliser selon le barème de la gazette du Palais paru en 2020, soit un coefficient au taux d'actualisation pour un homme de 24 ans à la date du jugement de 55,639 euros. Dès lors, ce préjudice, après application de la perte de chance, doit être évalué à 95 810,52 euros.
Quant aux frais futurs :
14. La CPAM fournit une attestation de frais futurs viagers établie le 8 septembre 2022 et certifiés imputable aux manquements fautifs du CHU par attestation du 1er septembre 2022 de son médecin conseil, pour un montant de frais échus de 2 082,68 euros par an. Après application du taux de perte de chance, ce montant sera évalué à 583,15 euros. Les frais non échus, d'un montant annuel de 520,67 euros, donneront lieu à un remboursement par le CHU de Montpellier, sur présentation de justificatifs à la fin de chaque année échue, et dans la limite du montant total de 145,79 euros par an fixé après application du taux de perte de chance.
Quant aux déficits fonctionnels :
15. Il résulte de l'instruction, et du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel total de M. B D correspond à une période d'hospitalisation d'un an 4 mois, soit 485 jours, qu'un déficit partiel au taux de 75% doit être pris en compte pour des périodes allant du 1er avril 1999 au 1er novembre 2001 et du 28 février 2009 au 5 juillet 2016, soit 3 631 jours, un déficit partiel de 50% pour une période de 3 ans, soit 1 095 jours, et un déficit de 60% sur des périodes du 2 novembre 2004 au 27 février 2009 et du 6 juillet 2016 au 19 septembre 2017, soit 2 020 jours. Sur le fondement de 20 euros par jour, ces préjudices seront évalués, après application du taux de perte de chance fixé au point 7, à 27 819,40 euros.
16. L'expert retient un taux de 60 % au titre du déficit fonctionnel permanent (DFP) subi par M. B D. Compte tenu de ce DFP, de l'âge de presque 19 ans qu'avait le patient à la consolidation, il convient d'évaluer son préjudice afférent au DFP à la somme de 211 000 euros, soit 59 080 euros après application du taux de perte de chance.
Quant aux autres préjudices :
17. Il y a lieu de retenir au titre des souffrances endurées le taux de 6 sur une échelle de 1 à 7, proposé par le rapport d'expertise. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 7 500 euros, après application du taux de perte de chance fixé au point 7.
18. Il ne résulte pas de l'instruction, et du rapport d'expertise, que les manquements fautifs du CHU soient à l'origine d'un préjudice esthétique temporaire et permanent pour B. Par suite, ce chef de préjudice sera écarté.
19. Il sera fait une justice appréciation du préjudice d'agrément subi par B D, retenu par l'expert du fait de l'absence de pratique sportive régulière et de son isolement social, en l'évaluant à 800 euros après application du taux de perte de chance.
20. A ces troubles, s'ajoute une perturbation de la scolarité du jeune B, qui, du fait de ses longues périodes d'hospitalisation et des séquelles qu'il conserve, n'a pu bénéficier de la scolarité à laquelle il aurait pu prétendre en l'absence de fautes médicales dans sa prise en charge, l'expert indiquant une scolarisation difficile avec passage en classe supérieure malgré l'absence d'acquis, et l'obtention d'un simple baccalauréat professionnel. Ce préjudice scolaire peut être fixé, après taux de perte de chance retenu, à la somme de 5 500 euros.
21. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les séquelles dont B reste atteint nécessiteront pour lui un emploi aménagé. Il y a lieu, après application du taux de perte de chance retenu, d'évaluer l'incidence professionnelle ainsi subie à la somme de 5 500 euros.
Sur les préjudices des victimes indirectes :
22. Si les requérants demandent le remboursement d'un montant de 1 500 euros de frais de location meublée à Paris en mars 2009, d'un montant de 339,50 euros d'achat pampers justifié par une facture non datée, et de frais d'aérosol pèse bébé de 260 euros, ils ne justifient pas du fait qu'ils soient directement imputables aux manquements fautifs du CHU. Dès lors ces chefs de préjudice seront écartés.
23. Il résulte du courrier adressé le 30 avril 2001 par l'hôpital parisien Necker aux requérants qu'un montant de 34 420 euros de frais séjour d'Hugo à cet hôpital est resté à leur charge. Et les parents d'Hugo D justifient aussi avoir engagé 498,50 euros de frais de repas et d'hébergement à cet hôpital. Par suite, ces chefs de préjudice seront évalués à 34 918,50 euros, soit 9 777,18 euros à la charge du CHU après application du taux de perte de chance.
24. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection et moral de M. et Mme E et F D en le fixant, pour chacun d'eux, à la somme de 20 000 euros, soit un montant indemnisable global de 11 300 euros après application du taux de perte de chance.
25. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Montpellier doit être condamné à verser aux requérants une somme de 405 445,97 euros en réparation de leurs préjudices, et la somme de 98 290,41 euros à la CPAM de l'Hérault au titre des prestations servies à son assuré.
Sur les intérêts capitalisés :
26. La CPAM a droit aux intérêts à taux légal de cette somme à compter du 29 juin 2021, date de réception de sa demande formée à l'enregistrement de son premier mémoire, et à la capitalisation des intérêts au 29 juin 2022, date à laquelle il est dû une année d'intérêts.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
27. Aux termes de l'article 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ". L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 fixe à 1 162 euros le montant maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
28. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à verser à la CPAM de l'Hérault la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais liés au litige :
29. Il n'appartient pas au juge administratif de statuer sur la charge définitive des frais d'une expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal de grande instance, devenu tribunal judicaire, de Montpellier. Par suite, les conclusions du recours à cette fin doivent être rejetées.
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Montpellier une somme de 1 500 euros à verser à MM et A D, et la somme de 800 euros demandée à payer à la CPAM de l'Hérault, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'ONIAM au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier est condamné à payer une somme de 405 445,97 euros à MM et A D.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier est condamné à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault une somme de 98 290,41 euros, avec intérêts au taux légal au 29 juin 2021 et capitalisation des intérêts au 29 juin 2022.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier est condamné à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 5 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier remboursera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, sur présentation des justificatifs à la fin de chaque année échue, les frais futurs exposés par elle au titre des dépenses de santé de M. B D, dans la limite d'une somme de 145,79 euros.
Article 6 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera une somme de 1 500 euros à MM et A D, et une somme de 800 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à MM B et E D et à Mme H D, au centre hospitalier universitaire de Montpellier, à l'ONIAM, et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Copie en sera transmise au président du tribunal judicaire de Montpellier.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Rabaté, président,
- Mme Pater, première conseillère,
- Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
Le président,
V. Rabaté
L'assesseure la plus ancienne,
B. Pater
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 mai 2023.
Le greffier,
F. Balicki fb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026