vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2102466 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mai 2021, M. B D, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'avis des sommes à payer n° 2139 émis le 15 avril 2021 par la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 524,59 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2020 ;
3°) de le décharger du paiement de la somme de 17 524,59 euros correspondant à cet indu ;
4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge du conseil départemental des Pyrénées-Orientales une somme de 1 500 euros à payer à Me Desfarges au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signé, la décision litigieuse méconnait les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- le titre litigieux est insuffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le caractère contradictoire de la procédure prévu par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu ;
- la dette réclamée est inexistante dès lors qu'il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens présentés par M. D n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département des Pyrénées-Orientales. A la suite d'un contrôle de sa situation, ses droits à cette prestation ont été révisés et un trop-perçu d'un montant de 17 677,04 euros pour la période d'octobre 2017 à septembre 2020 lui a été notifié. Un titre exécutoire a été émis le 15 avril 2020 pour le recouvrement de cette somme. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ce titre exécutoire.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité :
3. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".
4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 3, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
5. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer adressé à M. D mentionne que le titre n° 2139 rendu exécutoire le 15 avril 2021 est émis, par délégation, par M. C E, directeur du pôle pilotage financier et appui stratégique. Il résulte également de l'instruction, notamment d'une copie d'écran extraite de la plateforme XéMéLios, que le bordereau du titre de recettes a été signé par cette même personne de façon électronique. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le titre exécutoire litigieux méconnait les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
6. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
7. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire litigieux mentionne qu'il correspond à un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2020. Il résulte en outre de l'instruction que M. D avait été préalablement rendu destinataire de la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales du 16 octobre 2020, à laquelle le titre exécutoire fait implicitement mais nécessairement référence, lui notifiant un indu de revenu de solidarité active, pour la période mentionnée par le titre exécutoire ainsi que les éléments de calcul de cet indu et ses motifs. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le titre litigieux est insuffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
8. En dernier lieu, le requérant soutient que la procédure contradictoire issue de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été mise en œuvre, entachant ainsi d'irrégularité l'avis des sommes à payer contesté.
9. Toutefois, il résulte de l'instruction que, dans le cadre du contrôle administratif dont M. D a fait l'objet, ce dernier s'est entretenu avec un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales qui lui a communiqué tous les éléments recueillis dans le rapport. Il résulte également de l'instruction que le requérant a pris connaissance des conséquences de la prise en compte d'une résidence hors du territoire français et de l'indu qui lui serait notifié et qu'il a été en mis en mesure de contester le rapport d'enquête et l'indu mis à sa charge. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le caractère contradictoire de la procédure prévu par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu.
En ce qui concerne le bien-fondé :
10. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ".
11. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
12. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'un contrôle de situation réalisé en octobre 2020, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a estimé, sur le fondement des conclusions du rapport d'enquête établi par un agent assermenté, que M. D ne remplissait pas la condition de résidence stable et effective en France prévue par les dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles précité et qu'il avait ainsi bénéficié indument de 17 677,04 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2017 à septembre 2020.
13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête du 9 octobre 2020 établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales et dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. D ne réside plus à Latour de Carol depuis cinq ans, qu'il dispose d'une domiciliation bancaire en Espagne auprès de la Société Générale depuis le 4 octobre 2003 et d'un numéro NIE et qu'il a déclaré une adresse en Espagne où il possède deux logements et où il a, au vu de ses relevés bancaires, réalisé des opérations tous les mois depuis mai 2017. Si M. D, qui reconnait se rendre régulièrement en Espagne pour faire des économies sur ses achats, fait valoir qu'il habite en France à Latour de Carol, qu'il a hérité d'un appartement en Espagne où il ne vit pas, qu'il est propriétaire d'un appartement en Espagne acquis lorsqu'il y vivait et qu'il n'a pas changé d'adresse auprès de la Société Générale par négligence, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à remettre en cause les constatations du rapport d'enquête.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer n° 2139 émis le 15 avril 2021 par la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 524,59 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et de décharge présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département des Pyrénées-Orientales, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le président,
D. A
La greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Montpellier, le 1er juillet 2022.
La greffière,
F. Roman
No 2102466
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026