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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102670

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102670

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102670
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBONIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 21 mai 2021, la SAS Clyclamen, représentée par Me Bonin, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement du crédit d'impôt recherche sollicité au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière pour méconnaître les dispositions de l'article R.45-B 1 du livre des procédures fiscales ;

- les dépenses de recherche engagées pour le projet " unité de traitement mobile " sont éligibles au régime du crédit recherche ;

- les amortissements auraient dû être pris en compte dans le crédit recherche éligible ;

- elle est une PME.

Par mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Cyclamen ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Cyclamen créée en 2013 est spécialisée dans l'extraction et la récupération des déchets triés et recherche les métaux issus des mâchefers d'incinération d'ordures ménagères. Elle a déposé une déclaration 2069-A-SD de crédit d'impôt en faveur de la recherche faisant apparaitre un crédit dont elle a demandé le remboursement immédiat au titre de deux projets pour l'année 2017. Après expertise diligentée à la demande de l'administration fiscale par un expert de la direction régionale de la recherche et de la technologie du Languedoc Roussillon qui a remis son rapport le 15 mai 2009, seul le projet " développement d'un processus de nettoyage et de purification des métaux non ferreux issus de mâchefer, de méthanisation ou d'autre provenance " a été reconnu partiellement éligible et donné lieu à un remboursement en partie du crédit d'impôt sollicité. Par la présente requête, la SAS Cyclamen demande au tribunal de prononcer le remboursement du crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2017 correspondant au second projet dénommé " unité de traitement mobile " et au montant des dotations aux amortissements correspondant aux deux projets.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L.45 B du livre des procédures fiscales : " La réalité de l'affectation à la recherche des dépenses prises en compte pour la détermination des crédits d'impôt définis aux articles 244 quater B et 244 quater B bis du code général des impôts peut, sans préjudice des pouvoirs de contrôle de l'administration des impôts qui demeure seule compétente pour l'application des procédures de rectification, être vérifiée par les agents du ministère chargé de la recherche et de la technologie. Un décret fixe les conditions d'application du présent article. ". Aux termes de l'article R 45 B-1 du même livre : " I La réalité de l'affectation à la recherche des dépenses prises en compte pour la détermination des crédits d'impôt mentionnés aux articles 244 quater B et 244 quater B bis du code général des impôts est vérifiée soit par un agent dûment mandaté par le directeur général pour la recherche et l'innovation, soit par un délégué régional académique à la recherche et à l'innovation ou, en Guyane, le délégué régional à la recherche et à la technologie ou un agent dûment mandaté par ce dernier. L'intervention des agents du ministère chargé de la recherche peut résulter soit d'une initiative de ce ministère, soit d'une demande de l'administration des impôts dans le cadre d'un contrôle ou d'un contentieux fiscal. ( ). () III. - L'avis sur la réalité de l'affectation des dépenses à la recherche est émis par les agents chargés du contrôle au vu de la réponse de l'entreprise à la demande d'éléments justificatifs qui lui a été adressée, des documents mentionnés au II, et, le cas échéant, des réponses aux demandes d'informations complémentaires et des éléments recueillis à l'occasion des échanges avec l'entreprise lors de l'entretien dans les locaux de l'administration ou de la visite sur place. (). ".

3. Il résulte de l'instruction que l'expert de la direction régionale de la recherche et de la technologie est intervenu non à la suite d'un contrôle mais à la suite de la déclaration 2069-A-SD faite par la SAS Cyclamen pour vérification de la validité des dépenses de recherche engagées par elle. Dans ces conditions, il ne résulte d'aucun texte la nécessité pour l'expert d'engager un entretien ou un débat oral avec le contribuable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R.45-B 1 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne l'éligibilité du projet " unité de traitement mobile " :

4. Aux termes du I de l'article 244 quater B du code général des impôts : " Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année (). Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III à ce code : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; / b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. / Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ". Ne peuvent être prises en compte pour le bénéfice du crédit d'impôt recherche que les dépenses exposées pour le développement ou l'amélioration substantielle de matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services, dont la conception ne pouvait être envisagée, eu égard à l'état des connaissances techniques à l'époque considérée, par un professionnel averti, par simple développement ou adaptation de ces techniques.

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations, et, notamment, d'examiner si les opérations de recherche apportent une contribution théorique ou expérimentale à la résolution de problèmes techniques, ou bien présentent un caractère de nouveauté au sens de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts.

6. Il résulte de l'instruction que la requérante s'est spécialisée dans la récupération de métaux sur des sites d'importance réduite ne disposant pas d'unité de séparation et de récupération fixe et s'est donnée pour objectif de mettre au point une unité mobile transportable sur camion. La société est de petite taille et ne dispose pas de structure de recherche et développement, l'amélioration de ses procédés se fait au travers d'essais réalisés sur l'outil de production. Le personnel composé de 12 agents n'a pas de formation dans le domaine de la recherche et ne s'appuie pas sur des structures extérieures en complément pour la recherche. Pour contester le constat fait par l'expert d'un état de l'art dressé par l'entreprise très insuffisant, la SAS fait valoir avoir " une activité de niche " en volume d'activité et en développement technologique, que les références bibliographiques accessibles sont ainsi rares et que son activité suscite la curiosité d'un expert reconnu. Toutefois, en ne produisant pas d'état détaillé des solutions déjà proposées et des analyses universitaires, scientifiques et professionnels au niveau international, la société requérante ne donne ni son positionnement exact dans l'état de l'art, des problématiques et de la technologie, ni le détail des verrous que la recherche tend justement à dépasser et que l'entreprise aurait particulièrement visé dans le domaine de la séparation des mâchefers. Si la requérante souligne la mobilité des équipements et la fabrication d'une grave acceptable, il est davantage question d'adaptations pour répondre aux exigences du client, de la typologie et des contraintes que d'innovation réelle. En réponse au motif de rejet tiré de ce que l'activité de l'entreprise est plus la recherche d'un bon réglage du dispositif utilisé qu'une opération de recherche et développement, la société fait valoir avoir mis au point sa propre usine qu'elle améliore en permanence et souligne la complexité des " réglages " nécessitant de comprendre les phénomènes pour définir les paramètres d'intervention. Toutefois, s'il n'est pas contesté que l'entreprise parvient à de bons résultants, il apparait que ses recherches font davantage appel au professionnalisme de ses agents en vue d'augmenter ses performances plutôt qu'à une démarche à caractère scientifique ou technique. Dans ces conditions, si la réponse proposée par la société devrait permettre de faire évoluer les techniques dans un domaine de compétences très fermé, le développement de ce projet s'inscrit davantage dans un processus d'amélioration de techniques existantes dépourvues de caractère substantiel et ne présente ainsi pas le caractère d'une innovation, au sens des dispositions précitées, qui pourrait justifier la qualification d'activité de recherche éligible au dispositif de crédit d'impôt recherche.

7. Par suite, le projet " unité de traitement mobile " en litige n'est pas éligible au crédit d'impôt en faveur de la recherche prévue par les dispositions précitées de l'article 244 quater B du code.

En ce qui concerne les amortissements :

8. Aux termes du II de l'article 244 quater B du code général des impôts : " Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation de prototypes ou d'installations pilotes. () ; ".

9. Pour rejeter la totalité des dotations aux amortissements concernant les deux projets soumis par la SAS Cyclamen, l'administration a retenu l'impossibilité de déterminer une répartition des dotations sur chaque projet et le quota dévolu à la recherche sur le matériel à usage mixte recherche-fabrication. Il ne résulte pas de l'instruction, en particulier des pièces comptables produites par la requérante, qu'il soit possible de connaître les biens affectés directement à la réalisation d'opération de recherche tant en matériel qu'en temps effectif d'utilisation s'agissant du matériel mixte dans le cadre du projet " développement d'un processus de nettoyage () ". Dans ces conditions, l'administration était fondée à ne pas prendre en compte les amortissements dans le crédit recherche éligible.

En ce qui concerne la qualité de PME :

10. Si les dispositions du II de l'article 199 ter B permettent aux PME de demander le remboursement immédiat de la créance de crédit impôts recherche, compte tenu de ce qui est jugé aux points précédents, une telle demande est sans objet, et dès lors, le moyen tiré de ce qu'elle est une PME doit être écarté pour être inopérant.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que la SAS Cyclamen demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Cyclamen est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Cyclamen et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater premier conseiller,

Mme Vialllet, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 septembre 2023

Le greffier,

S. Sangaré

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