jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2102720 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COSTE-DAUDE-VALLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 26 mai 2021 et le 22 novembre 2021, Mme B A, représentée par la SCP Coste-Daudé-Vallet-Lambert, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Peret à l'indemniser de l'ensemble des préjudices liés à sa chute sur la voie publique le 9 septembre 2017 à hauteur de 169 383,97 euros ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Peret et de son assureur la SMACL une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la matérialité de l'accident est établie par plusieurs attestations et l'état de la voie publique ;
- un défaut d'entretien normal de la voie publique est à l'origine de sa chute ;
- il y a lieu de condamner la commune à l'indemniser de l'entièreté de son préjudice.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 21 octobre 2021 et le 29 novembre 2021, la commune de Peret et la SMACL, représentées par Me Philippe Audouin, concluent au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le préjudice subi soit ramené à de plus justes proportions et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros à verser à la commune de Peret d'une part et à la SMACL d'autre part sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la matérialité des faits n'est pas établie compte tenu notamment de l'absence de témoin, l'état de la voie avant l'accident n'est pas rapporté ;
- le lien de causalité entre la chute de Mme A et un défaut d'entretien normal de l'ouvrage n'est pas établi car les circonstances de la chute ne sont pas étayées ;
- le défaut d'entretien normal n'est pas établi alors qu'une voie peut comporter des imperfections et que la commune a rapidement réagi lorsqu'elle a été alertée d'une altération de la voirie ;
- Mme A a commis une faute en étant imprudente et en faisant un usage anormal de la voirie ;
- les préjudices de frais de santé futurs, de la perte de gains professionnels, de l'incidence professionnelle, de l'aide d'une tierce personne après consolidation, d'agrément ainsi que les préjudices esthétique et sexuel ne sont pas établis ;
- les autres préjudices sont surévalués au regard de l'expertise diligentée, des preuves apportées et du référentiel ONIAM.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- et les observations de Me Oustric, représentant Mme A et celles de Me Moukoko, substituant Me Audouin, représentant la commune de Peret et la SMACL.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 septembre 2017, Mme A, résidente de la commune de Peret, a chuté sur la voie publique. Par la présente requête elle demande la condamnation de la commune à l'indemniser de l'ensemble de ses préjudices à hauteur de 169 383,97 euros.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune :
2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre celui-ci et le préjudice invoqué. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit que cet ouvrage était en état d'entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Mme A soutient qu'aux environs de 18 heures 30 le samedi 9 septembre 2017, une partie de la voie publique s'est dérobée alors qu'elle se trouvait à proximité d'un poteau électrique implanté dans la chaussée sur lequel elle était en train d'accrocher un panneau de signalisation indiquant la localisation de son restaurant situé plus bas au 13 de la rue Alphonse Daudet. Si aucun témoin n'était alors présent, la requérante verse aux débats, d'une part, les éléments médicaux faisant état de sa prise en charge le 10 septembre 2017 par le service des urgences médicales pour une fracture de sa malléole externe, d'autre part, l'attestation d'une commerçante voisine, qui, informée le samedi de la chute de l'intéressée, s'est rendue le dimanche 10 septembre suivant sur les lieux en cause et a constaté l'existence d'une cavité profonde au droit du poteau. Enfin, et surtout, il ressort des pièces du dossier que la commune a été informée, deux jours après la chute de Mme A, de l'existence de cette cavité qu'elle a immédiatement sécurisée par l'installation d'une petite barrière, présente jusqu'en 2020, ainsi qu'en attestent plusieurs témoins.
4. Le fait que le revêtement de la voirie soit, au niveau du poteau électrique susmentionné, d'un aspect et d'une couleur inhabituels ne permettait pas à Mme A de présumer de son éventuelle fragilité, faute de toute indication ou information en ce sens. Par ailleurs, le fait que la commune ait rapidement sécurisé les lieux après avoir été informée de l'incident ne permet pas de rapporter la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage lorsqu'est survenu l'accident en litige.
5. Enfin, la circonstance que Mme A était affairée à accrocher un panneau de signalisation de son restaurant sur le poteau électrique situé sur la voie publique ne permet pas de conclure que la requérante aurait fait un usage anormal de la chaussée ni qu'elle aurait illégalement agi de sorte que ses prétentions seraient illégitimes du fait d'agissements illégaux.
6. Dans ces conditions, et alors au demeurant que la SMACL avait, par courrier du 5 octobre 2017, initialement reconnu l'engagement de la responsabilité de la commune, il résulte de ce qui précède que sont établis la matérialité des faits ainsi que le lien de causalité entre la chute de Mme A et l'ouvrage public sans que la commune ne rapporte la preuve de son entretien normal. Dès lors, la responsabilité de la commune de Peret doit être engagée.
En ce qui concerne le préjudice :
7. Il résulte de l'instruction que la fracture de la malléole externe et l'entorse de la cheville droite de Mme A le 9 septembre 2017 ont eu sur son état de santé de longues répercussions du fait du développement d'une algodystrophie. Le médecin ayant suivi l'intéressée a attesté de sa consolidation le 19 août 2019. Si Mme A a été prise en charge à compter de juin 2019 pour une hernie discale, ayant nécessité une intervention chirurgicale, le lien avec l'accident en litige n'est pas établi alors qu'un certificat médical fait au demeurant état de l'existence de lombalgies chroniques invalidantes. Egalement, si Mme A soutient avoir été victime d'une pelade, le lien entre celle-ci, diagnostiquée en octobre 2018 et l'accident en litige n'est pas établi.
8. Une expertise amiable a été réalisée le 25 mai 2020 à la demande de l'assureur de la commune de Peret. L'expert a conclu à un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% du 9 septembre 2017 au 30 septembre 2017, de 25% du 1er octobre 2017 au 1er décembre 2017 et à hauteur de 10% du 2 décembre 2017 au 17 août 2019, date de consolidation de l'état de santé de l'intéressée. Il est par ailleurs fait état d'un arrêt de travail du 9 septembre 2017 au 1er décembre 2017 et d'un temps partiel thérapeutique du 1er décembre 2017 au 5 juin 2019. L'expert estime qu'une aide humaine temporaire est justifiée à hauteur d'une heure par jour du 9 septembre 2017 au 30 septembre 2017 puis à hauteur de 4 heures par semaine du 1er octobre 2017 au
1er décembre 2017. Il est enfin fait état d'un préjudice esthétique temporaire de 2/7 pendant le port de béquilles, de souffrances endurées évaluées à 2/7 et d'un déficit fonctionnel permanent à hauteur de 3%. Bien que l'expert retienne une date de consolidation au 17 août 2019, il se fonde sur le certificat médical du médecin de Mme A mentionnant une consolidation au 19 août 2019 et il importe donc de retenir, en l'espèce, cette dernière date.
9. Eu égard au déficit fonctionnel temporaire et permanent ci-dessus arrêté, il y a lieu d'allouer à Mme A les sommes de 700 euros et 2 800 euros au titre de ces préjudices. Il sera fait une juste appréciation du préjudice lié aux souffrances endurées, justifiant l'usage de béquilles pendant plus de cinq mois, des séances de kinésithérapie régulières pendant près de deux ans, la nécessité de semelles et la prise d'antalgiques en l'évaluant à la somme de 2 000 euros. S'agissant du préjudice esthétique temporaire, qui se limite à l'usage de béquilles, il en sera fait une juste appréciation en l'indemnisant à hauteur de 1 000 euros. Si l'expert a reconnu que subsistait une " raideur en fin de course ", il ne résulte pas de l'instruction que Mme A subirait un préjudice sexuel, esthétique ou d'agrément permanents. A ce titre, une pelade et une prise de poids en lien avec l'état de santé de Mme A ne sont pas établies il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait plus pratiquer d'activité physique comme elle a pu le faire par le passé.
10. S'agissant de l'aide humaine temporaire, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
11. Il n'est pas contesté que l'état de santé de Mme A a pu nécessiter l'aide d'une tierce personne à hauteur d'une heure par jour du 9 au 30 septembre 2017 puis à hauteur de 4 heures par semaine pour les mois d'octobre et novembre 2017. Dans les circonstances de l'espèce et au regard par ailleurs des justificatifs versés par l'intéressée, une indemnisation à hauteur de 13 euros par heure, telle que demandée par Mme A, est adaptée. Dès lors, ce chef de préjudice doit être indemnisé à hauteur de 741 euros.
12. En revanche, si Mme A établit avoir eu recours à un emploi familial à compter de janvier 2018, rémunéré sous la forme de chèque emploi service, la nature de cette intervention n'est pas précisée et son utilité n'est pas établie eu égard aux séquelles dont elle était alors victime.
13. Pour ce qui est des dépenses de santé avant consolidation, il y a lieu de condamner la commune à rembourser à Mme A la somme de 389,32 euros correspondant aux frais acquittés, en lien direct avec son accident, après déduction de la part minimale prise en charge par l'assurance maladie. Conformément aux éléments ci-dessus développés, ces frais ne peuvent inclure, ainsi que le sollicite Mme A, les dépenses en lien avec la pelade, avec son hospitalisation en juin 2019 du fait d'une hernie discale et avec le traitement d'insomnies. Il n'y a pas lieu de condamner la commune à indemniser Mme A de dépenses de santé acquittées après consolidation de son état dans la mesure où le lien entre ces dépenses et l'accident en litige n'est pas rapporté. De la même manière, si Mme A fait état de " frais divers ", celle-ci ne peut prétendre qu'aux frais de transport en lien direct avec les soins résultant de l'accident, soit 2 457,62 euros, à l'exclusion des frais de procédure, de défense et d'achats de fourniture dont elle fait état.
14. Enfin, Mme A sollicite l'indemnisation de ses pertes de gains professionnels et de l'incidence professionnelle de son état de santé à raison de son activité de chef du restaurant qu'elle exploite sous le statut d'autoentrepreneur. Les pièces qu'elle produit, suffisamment détaillées et probantes quant aux résultats de l'année 2017 permettent d'établir que sur la période de son arrêt de travail, elle a subi une perte de chance de réaliser un bénéfice et d'obtenir une rémunération à hauteur des mois précédents pour un total de 5 462 euros. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de cette perte de chance en l'évaluant à 5 000 euros. Par ailleurs, alors que Mme A s'est vu octroyer un temps partiel thérapeutique, il y a lieu de condamner la commune à rembourser les frais de 3 763,18 euros, dûment justifiés, correspondant à l'emploi d'un salarié, exposés par l'intéressée, sur la période allant de décembre 2017 à juin 2019. En revanche, l'existence d'une perte de gains professionnels à compter de décembre 2017 n'est pas établie alors que Mme A était à même, au moins à temps partiel, de travailler et qu'elle ne fait pas état, le cas échéant, de l'impossibilité d'aménager ses conditions de travail à son état de santé. De la même manière, si Mme A soutient qu'elle ne peut pas, après consolidation, se maintenir de façon prolongée en position debout elle ne l'établit pas et ne démontre pas que son état de santé justifierait des aménagements nécessaires.
15. Dès lors, il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune à verser à Mme A une somme de 18 351,12 euros compte tenu du versement d'une provision de 500 euros déjà acquittée.
Sur les frais du litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par la commune de Peret et la SMACL au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la commune de Peret et de la SMACL une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Peret est condamnée à verser à Mme A la somme de 18 351,12 euros en réparation des préjudices subis.
Article 2 : La commune de Peret et la SMACL verseront solidairement à Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Peret et la SMACL sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune de Peret, à la SMACL et la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 février 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026