mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2103291 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CHARRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 juin 2021, 16 février 2022 et 5 avril 2024, M. D B, agissant tant en son nom propre qu'en qualité de représentant légal de son fils mineur C, représenté par Me Charre, demande au tribunal, dans le dernier état :
1°) de condamner A à verser :
- 100 000 euros au titre du préjudice moral qu'il a subi ;
- 100 000 euros au titre du préjudice moral subi par son fils C ;
- 450 000 euros à M. B au titre du préjudice matériel subi ;
2°) de dire que l'indemnité totale payée par A sera augmentée des intérêts au taux légal à compter de la réclamation préalable et des intérêts de ces intérêts ;
3°) de mettre à la charge de A la somme de 4 000 euros à verser à son conseil, Me Charre, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie de sa renonciation à la perception de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- en application de l'article R. 312-14 du code de justice administrative, le présent tribunal est compétent pour connaître du litige et statuer sur sa demande indemnitaire ;
- il pèse sur A et les autres personnes publiques chargées de l'action sociale en faveur des personnes handicapées une obligation de résultat en matière de prise en charge pluridisciplinaire effective de toute personne atteinte d'un handicap résultant d'un trouble du spectre autistique et la carence de A dans l'accomplissement de sa mission engage sa responsabilité sans que l'administration puisse utilement se prévaloir de l'insuffisance des structures d'accueil existantes ;
- son fils C présente un trouble du spectre autistique diagnostiqué en 2018 qui n'a jamais été pris en charge par un établissement spécialisé depuis la décision d'orientation vers un service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) du 15 mai 2019, alors qu'il justifie avoir réalisé toutes les démarches possibles pour l'accueil de celui-ci dans un établissement spécialisé ;
- l'accueil en classe maternelle C durant deux demi-journées par semaine, au départ, et désormais d'une seule demi-journée par semaine, méconnaît son droit à l'éducation, est inadapté à son état de santé et ne peut compenser l'absence de prise en charge pluridisciplinaire. En outre, C n'est plus inscrit à la cantine depuis le 12 janvier 2021 en raison d'un manque de personnel et le maire lui a refusé une place réservée aux personnes handicapées devant l'école maternelle ;
- la carence de A lui a causé un préjudice tant matériel que moral, dans la mesure où il a été contraint de cesser toute activité professionnelle afin de se consacrer à la santé et aux soins de son fils et qu'il a engagé une équipe de spécialistes indépendants afin de compenser cette carence, ce qui le conduit à parcourir 780 kms par semaine. En outre, il prend en charge les dépenses d'aménagement d'une salle de travail à domicile et des espaces adaptés à l'état de santé C ; il se trouve désormais endetté et présente un état d'épuisement et de découragement ;
- les préjudices subis sont directement causés par la carence fautive de A dans la prise en charge de son fils ;
- la carence de A a également causé un préjudice moral à son fils.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2021, l'agence régionale de santé (ARS) Occitanie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- il ne lui appartient pas d'assurer la mise en œuvre effective du placement C au sein d'une structure d'accueil dès lors qu'elle est incompétence pour décider de son admission dans un établissement correspondant à ses besoins ;
- le requérant ne justifie pas avoir contacté l'ensemble des établissements susceptibles d'accueillir son fils C ;
- C est scolarisé à l'école maternelle de Roujan et bénéficie d'une aide individuelle à hauteur de 15 heures par semaine ;
- le lien de causalité direct entre les préjudices allégués et une hypothétique faute de A n'est pas démontré ;
- s'agissant de l'indemnisation des préjudices allégués, une personne morale de droit public ne saurait être condamnée à payer une somme qu'elle ne doit pas ;
- le requérant se borne à énumérer une série de préjudices sans pour autant démontrer le lien direct de causalité avec la faute alléguée ;
- aucun élément n'est versé au dossier permettant de qualifier et de quantifier le préjudice moral prétendument subi par le requérant et son fils ;
- le préjudice matériel et les troubles dans les conditions d'existence ne sont pas démontrés, le requérant n'étant pas tenu d'engager les dépenses en cause ; de plus, les sommes demandées ont été engagées antérieurement à toute demande d'orientation C et correspondent à des dépenses dépourvues de lien avec la carence alléguée par le requérant.
Le ministre des solidarités et de la santé n'a pas produit d'observations en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juin 2020.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2103292 du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier en date du 10 décembre 2021.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de l'éducation ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau,
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,
- et les observations de Me Charre, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est le père du jeune C, né le 2 juillet 2015, pour lequel un diagnostic d'autisme avec retard global de développement a été posé en décembre 2018. C est scolarisé à l'école maternelle de Roujan depuis le mois de novembre 2018 et a bénéficié d'une auxiliaire de vie scolaire individuelle quinze heures par semaine jusqu'au 31 août 2021, sans toutefois avoir accès au service de restauration scolaire. M. B précise que le maire de la commune a refusé d'installer une place réservée aux handicapés devant l'école et que les heures où C était accueilli en classe ont été réduites à quatre heures et demie par semaine. La commission départementale de l'autonomie et des personnes handicapés (CDAPH) de l'Hérault a, par trois décisions des 15 mai 2019, 28 août 2020 et 29 octobre 2020, orienté le jeune C vers différents instituts médicaux éducatifs (IME) adaptés à son état de santé, sans qu'à ce jour C ait pu être effectivement accueilli dans l'un de ces instituts, ce qui a contraint M. B à faire appel à une équipe pluridisciplinaire de praticiens libéraux, éloignés géographiquement, pour s'occuper de son fils. Par une demande indemnitaire du 16 novembre 2020, réceptionnée le 20 novembre suivant, M. B a demandé à être indemnisé de ses préjudices et de ceux subis par son fils C résultant de la carence éducative et de l'absence de prise en charge en établissement spécialisé IME et de la déscolarisation de son fils. Le silence conservé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B, agissant tant en son nom propre qu'en qualité de représentant légal de son fils mineur C, demande de condamner A à leur verser la somme de 650 000 euros en réparation des préjudices résultant des carences constatées dans la prise en charge de la situation du jeune C.
2. En vertu de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, il incombe à la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), à la demande des parents, de se prononcer sur l'orientation des enfants atteints du syndrome autistique et de désigner les établissements ou les services correspondant aux besoins de ceux-ci et étant en mesure de les accueillir, ces structures étant tenues de se conformer à la décision de la commission. Eu égard aux compétences dont elle dispose à l'égard des IME, en application du b) du 2° de l'article L. 1431-2 du code de la santé publique, lesquelles se limitent à autoriser la création de ces établissements, à contrôler leur fonctionnement et à leur allouer des ressources, la responsabilité de l'agence régionale de santé ne saurait être recherchée. Ainsi, lorsqu'un enfant autiste ne peut être pris en charge par l'une des structures désignées par la CDAPH en raison d'un manque de place disponible, l'absence de prise en charge pluridisciplinaire qui en résulte est susceptible de révéler une carence, non pas de l'agence régionale de santé, mais de A dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cet enfant bénéficie effectivement d'une telle prise en charge dans une structure adaptée.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale, d'exercer sa citoyenneté ". Aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, A met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes handicapés ". Aux termes de l'article L. 351-1 du même code : " Les enfants et adolescents présentant un handicap ou un trouble de santé invalidant sont scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires et les établissements visés aux articles L. 213-2, L. 214-6, L. 422-1, L. 422-2 et L. 442-1 du présent code et aux articles L. 811-8 et L. 813-1 du code rural et de la pêche maritime, si nécessaire au sein de dispositifs adaptés, lorsque ce mode de scolarisation répond aux besoins des élèves. Les parents sont étroitement associés à la décision d'orientation et peuvent se faire aider par une personne de leur choix. La décision est prise par la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles, en accord avec les parents ou le représentant légal. () . Dans tous les cas et lorsque leurs besoins le justifient, les élèves bénéficient des aides et accompagnements complémentaires nécessaires ". Aux termes de l'article L. 351-2 du même code : " La commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles désigne les établissements ou les services ou à titre exceptionnel l'établissement ou le service correspondant aux besoins de l'enfant ou de l'adolescent en mesure de l'accueillir. / La décision de la commission s'impose aux établissements scolaires ordinaires et aux établissements ou services mentionnés au 2° et au 12° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles dans la limite de la spécialité au titre de laquelle ils ont été autorisés ou agréés ".
4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que, le droit à l'éducation étant garanti à chacun quelles que soient les différences de situation, et, d'autre part, que l'obligation scolaire s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants handicapés ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Ainsi, il incombe à A, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants handicapés, un caractère effectif. La carence de A dans l'accomplissement de cette mission est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité, sans que l'administration puisse utilement se prévaloir de l'insuffisance des structures d'accueil existantes ou du fait que des allocations compensatoires sont allouées aux parents d'enfants handicapés, celles-ci n'ayant pas un tel objet.
5. Aux termes de l'article L. 146-3 du code de l'action sociale et des familles : " () il est créé dans chaque département une maison départementale des personnes handicapées. () ", laquelle, en vertu de l'article L. 146-4 du même code, " est un groupement d'intérêt public constitué pour une durée indéterminée, dont le département assure la tutelle () ". Aux termes de l'article L. 146-9 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Une commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées prend, sur la base de l'évaluation réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, des souhaits exprimés par la personne handicapée ou son représentant légal dans son projet de vie et du plan de compensation proposé dans les conditions prévues aux articles L. 114-1 et L. 146-8, les décisions relatives à l'ensemble des droits de cette personne, notamment en matière d'attribution de prestations et d'orientation, conformément aux dispositions des articles L. 241-5 à L. 241-11 ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I. ' La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : / 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ; / 2° Désigner les établissements ou les services correspondant aux besoins de l'enfant ou de l'adolescent ou concourant à la rééducation, à l'éducation, au reclassement et à l'accueil de l'adulte handicapé et en mesure de l'accueillir ; ()/ III. () La décision de la commission prise au titre du 2° du I s'impose à tout établissement ou service dans la limite de la spécialité au titre de laquelle il a été autorisé. () ". L'article L. 241-9 du même code, dans sa rédaction alors applicable, prévoit que : " Les décisions relevant du 1° du I de l'article L. 241-6 prises à l'égard d'un enfant ou un adolescent handicapé, ainsi que celles relevant des 2°, 3° et 5° du I du même article peuvent faire l'objet de recours devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire.() " Enfin, aux termes de l'article R. 241-31 du même code : " Les décisions de la commission () sont prises au nom de la maison départementale des personnes handicapées () ".
6. Il résulte des dispositions précitées du code de l'éducation et du code de l'action sociale et des familles que le droit à une prise en charge pluridisciplinaire est garanti à toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique, quelles que soient les différences de situation. Si, eu égard à la variété des formes du syndrome autistique, le législateur a voulu que la prise en charge, afin d'être adaptée aux besoins et difficultés spécifiques de la personne handicapée, puisse être mise en œuvre selon des modalités diversifiées, notamment par l'accueil dans un établissement spécialisé ou par l'intervention d'un service à domicile, c'est sous réserve que la prise en charge soit effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état et à l'âge de la personne atteinte de ce syndrome. Il résulte également de ces dispositions qu'il incombe à la CDAPH, à la demande des parents, de se prononcer sur l'orientation des enfants atteints du syndrome autistique et de désigner les établissements ou services correspondant aux besoins de ceux-ci et étant en mesure de les accueillir, ces structures étant tenues de se conformer à la décision de la commission. Ainsi, lorsqu'un enfant autiste ne peut être pris en charge par l'une des structures désignées par la CDAPH en raison d'un manque de place disponible, l'absence de prise en charge pluridisciplinaire qui en résulte est, en principe, de nature à révéler une carence de A dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cet enfant puisse bénéficier effectivement d'une telle prise en charge dans une structure adaptée. En revanche, lorsque les établissements désignés refusent d'admettre l'enfant pour un autre motif, ou lorsque les parents estiment que la prise en charge effectivement assurée par un établissement n'est pas adaptée aux troubles de leur enfant, A ne saurait, en principe, être tenu pour responsable de l'absence ou de l'insuffisance de la prise en charge, lesquelles ne révèlent pas nécessairement, alors, l'absence de mise en œuvre par A des moyens nécessaires. Il appartient alors aux parents, soit, s'ils estiment que l'orientation préconisée par la CDAPH n'est pas adaptée aux troubles de leur enfant, de contester la décision de cette commission, qui rend ses décisions au nom de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), groupement d'intérêt public, devant la juridiction judiciaire en application de l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles, soit, dans le cas contraire, de mettre en cause la responsabilité des établissements désignés n'ayant pas respecté cette décision en refusant l'admission ou en n'assurant pas une prise en charge conforme aux dispositions de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles.
7. Aux termes de l'article L. 216-1 du code de l'éducation : " Les communes, départements ou régions peuvent organiser dans les établissements scolaires, pendant leurs heures d'ouverture et avec l'accord des conseils et autorités responsables de leur fonctionnement, des activités éducatives, sportives et culturelles complémentaires. Ces activités sont facultatives et ne peuvent se substituer ni porter atteinte aux activités d'enseignement et de formation fixées par A. Les communes, départements et régions en supportent la charge financière. Des agents de A, dont la rémunération leur incombe, peuvent être mis à leur disposition ".
8. Lorsqu'une collectivité territoriale organise un service de restauration scolaire ou des activités complémentaires aux activités d'enseignement et de formation pendant les heures d'ouverture des établissements scolaires ou encore des activités périscolaires sur le fondement des dispositions citées au point précédent, il lui incombe de veiller à assurer que, sans préjudice du respect des conditions prévues pour l'ensemble des élèves, les élèves en situation de handicap puissent, avec, le cas échéant, le concours des aides techniques et des aides humaines dont ces élèves bénéficient au titre de leur droit à compensation en application du code de l'action sociale et des familles et du code de la sécurité sociale, y avoir effectivement accès.
9. Si en vertu des dispositions précitées du code de l'éducation, l'organisation matérielle de la restauration scolaire relève de la compétence des communes, départements ou régions, elle ne se confond pas avec l'accès adapté à ce service pour les élèves en situation de handicap, lequel relève de la responsabilité de A. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la CDAPH aurait prescrit, dans sa décision, l'accompagnement C pendant le temps de la restauration scolaire. Il s'ensuit que le refus opposé par le maire de la commune de Roujan ne saurait engager la responsabilité de A.
10. Si M. B fait valoir que, par courrier du 12 janvier 2021, le maire de Roujan a refusé d'installer une place réservée handicapé devant l'école maternelle où est scolarisé son fils, une telle circonstance n'est pas davantage susceptible d'engager la responsabilité de A.
11. Il résulte de l'instruction, notamment du document " Geva-Sco " établi le 22 octobre 2020, que le jeune C né le 2 juillet 2015, diagnostiqué en décembre 2018 comme atteint d'un trouble du spectre autistique, est scolarisé à l'école maternelle de Roujan depuis le mois de novembre 2018 et qu'il a bénéficié d'une auxiliaire de vie scolaire individuelle (AVSI) à raison de quinze heures hebdomadaires jusqu'au 31 août 2021 et qui, selon M. B, a été ramenée à 4,5 heures hebdomadaires.
12. La CDAPH de l'Hérault a, par une décision du 15 mai 2019, orienté C vers le SESSAD SOL-N situé à Boujan-sur-Libron pour la période du 1er mai 2019 au 31 août 2023 ou vers tout autre établissement ou service médicosocial équivalent autorisé à accueillir ce genre de déficience. Si par courrier du 18 septembre 2019, confirmé par un courrier du 10 janvier 2020, le SESSAD SOL-N indiquait avoir placé C sur liste d'attente faute de place disponible dans l'établissement, le requérant n'établit pas s'être rapproché d'autres établissements équivalents, susceptibles d'accueillir son fils comme l'y invitait pourtant la décision, le requérant ayant seulement écrit à la présidence de la République, à l'ARS Occitanie et au secrétariat A chargé des personnes handicapées au début de l'année 2020. Dans ces conditions, aucune carence fautive de A ne peut être retenue sur ce point.
13. Par une deuxième décision du 28 août 2020, qui se substitue à la précédente, la CDAPH de l'Hérault a confirmé l'orientation C en SESSAD pour la période du 1er mai 2019 au 31 août 2023, vers l'unité d'enseignement en maternelle autisme (UEMA) du SESSAD SOL-N à Boujan-sur-Libron, classe d'un IME implanté dans une école maternelle pour permettre un encadrement conséquent et donc une scolarisation adaptée pour la période du 1er septembre 2020 au 31 août 2021. Toutefois, par un courrier du 24 septembre 2020, cet établissement a refusé la candidature C au titre de ce dispositif, faute de place.
14. La CDAPH de l'Hérault a ensuite, par décision du 29 octobre 2020, orienté C vers deux IME pour la période du 28 octobre 2020 au 31 décembre 2024. Cette décision indique qu'il appartient à M. B de contacter ces établissements, en l'occurrence les établissements " La Maison de Sol-N ", situé à Nissan Lez Enserune, et " Les Hirondelles de Sauvian ", ainsi que " tout autre établissement ou service médico-social autorisé à accueillir ce type de déficience " dont la liste était jointe en annexe. Par courriers des 9 décembre 2020 et 13 octobre 2021, l'IME " La Maison de Sol-N ", a placé C sur liste d'attente. Si le requérant n'établit pas avoir contacté l'IME " Les Hirondelles de Sauvian ", désigné par la décision du 29 octobre 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B établit avoir essuyé neuf refus d'établissements équivalents listés en annexe de la décision précitée, notamment l'UNAPEI qui gère plusieurs établissements.
15. Il résulte ainsi de ce qui précède que A a manqué à son obligation dans la prise en charge médicale et éducative C à compter du 24 septembre 2020 jusqu'à la date du présent jugement ce qui constitue une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne le préjudice matériel :
16. M. B fait valoir qu'il a engagé des frais afin de pallier la carence de A en encadrant C d'une équipe de professionnels de santé et en engageant une puéricultrice pour les mercredis et samedis après-midi. Toutefois, les factures produites au dossier portent sur la période de janvier 2019 à mai 2020 et ne peuvent donc être prises en compte dès lors que ces pièces justificatives ne sont pas liées à la prise en charge médicale et éducative de son fils sur la période de responsabilité retenue au point 15 et que le tableau récapitulatif de dépenses pour un total annuel de 69 330,56 euros, dont il est précisé que les chiffres sont basés sur 52 semaines de prestations ou 26 quinzaines de jours, n'est pas assorti des justificatifs nécessaires pour justifier que les frais mentionnées auraient effectivement été exposés par M. B et seraient restés à sa charge.
17. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il a cessé toute activité professionnelle pour se consacrer à la santé et aux soins de son fils, il ne produit aucun élément relatif à la situation professionnelle à laquelle il aurait renoncé et ne justifie pas, dès lors, d'un préjudice susceptible d'ouvrir droit à indemnisation à ce titre.
En ce qui concerne le préjudice moral :
18. L'absence de scolarisation en IME C sur la période courant du 24 septembre 2020 à la date du présent jugement a causé à cet enfant un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, dont il sera fait une juste appréciation en évaluant l'indemnité à verser à la somme de 26 000 euros. Il sera fait une juste appréciation de ces troubles et du préjudice moral subi par M. B en lui allouant la somme de 10 000 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
19. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes dues à compter du 23 novembre 2020, date de réception de sa réclamation préalable par l'administration, jusqu'à la date de versement de la provision de 3 000 euros qui lui a été accordée par l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier du 10 décembre 2021, en ce qui concerne ce montant, et jusqu'à la date du versement du surplus des sommes dues. La capitalisation des intérêts est due à compter du 23 novembre 2021, date à laquelle il était déjà dû un an d'intérêts. Il y a donc lieu, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, de faire droit à cette demande à compter de cette date et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
20. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de A une somme de 1 500 euros à verser au conseil du requérant sur le fondement des dispositions de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve, pour ce dernier, de renoncer à percevoir la part contributive allouée par A.
D E C I D E :
Article 1er : A est condamné à verser à M. B la somme de 26 000 euros au titre des préjudices subis par son fils C et la somme de 10 000 euros au titre de ses propres préjudices, sous déduction de la provision d'un montant de 3 000 euros qui lui aurait été versée en exécution de l'ordonnance n° 2103292 du 10 décembre 2021.
Article 2 : Ces sommes porteront intérêt au taux légal à compter du 23 novembre 2020, date de réception de sa réclamation préalable par l'administration, jusqu'à la date de versement de la provision de 3 000 euros qui a été accordée par l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier du 10 décembre 2021, en ce qui concerne ce montant, et jusqu'à la date du versement du surplus des sommes dues. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 23 novembre 2021 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 3 : A versera à Me Charre une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. D B, à l'agence régionale de santé Occitanie et au ministre des solidarités et de la santé.
Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller,
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
M. Rousseau
La présidente,
S. Encontre La greffière,
C. Arce
La République mande au ministre de la santé et des solidarités, chargée des personnes âgées et des personnes handicapées en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 mai 2024
La greffière,
C. Arce
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026