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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103360

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103360

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103360
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantGIMENEZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et des pièces, enregistrées le 29 juin 2021 et le 13 décembre 2022 sous le n° 2103360, Mme C E, représentée par Me Gimenez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté sa demande de remise de dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 14 168,37 euros pour la période du 1er août 2017 au 31 juillet 2020 ;

2°) de lui accorder une remise totale ou partielle de sa dette.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'a pas volontairement omis de déclarer les aides versées par ses parents ;

- elle se trouve dans une situation de grande précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2021.

II - Par une requête et des pièces, enregistrées le 5 juillet 2021et le 13 décembre 2022 sous le n° 2104151, Mme C E, représentée Me Gimenez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault lui a infligé une amende administrative d'un montant de 1 000 euros ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2021.

III - Par une requête et des pièces, enregistrées le 3 août 2021 et le 13 décembre 2022 sous le n° 2104121, Mme C E, représentée par Me Gimenez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer n° 8111 émis le 3 juin 2021 par le président du conseil département de l'Hérault pour le recouvrement d'une amende administrative d'un montant de 1000 euros ;

2°) de la décharger du paiement de la somme demandée ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signé ;

- l'avis des sommes à payer est insuffisamment motivé dans la mesure où il ne précise pas les bases de liquidation de la créance ;

- la décision du 4 mai 2021 lui notifiant une amende administrative est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ; il en résulte que la décision attaquée est fondée sur une décision illégale. ;

- la décision attaquée a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Gimenez, représentant Mme E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2103360, n° 2104121 et n° 2104151 présentées par Mme E présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2.

Mme E a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. A la suite d'un contrôle de sa situation, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié, par une décision du 18 août 2020, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 14 168,37 euros. Estimant que cette décision avait pour origine de fausses déclarations de l'intéressée, le président du conseil départemental de l'Hérault lui a notifié, par une décision du 4 mai 2021, une amende administrative d'un montant de 1 000 euros et a émis un titre exécutoire le 3 juin 2021 pour le recouvrement de cette somme. Par les présentes requêtes, Mme E demande l'annulation de l'amende administrative notifiée le 4 mai 2021 ainsi que de l'avis des sommes à payer du 3 juin 2021. Elle demande également que lui soit accordée une remise de sa dette correspondant à l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

Sur les conclusions fin d'annulation :

En ce qui concerne l'amende administrative :

S'agissant de la régularité :

3. En premier lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative inflige une amende administrative est au nombre des décisions prononçant une sanction et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. La requérante soutient que la décision du 4 mai 2021 est insuffisamment motivée. La décision attaquée mentionne que l'amende administrative résulte de l'absence de déclaration par l'intéressée d'aides financières importantes et régulières versées par son père depuis janvier 2017, considérées comme des pensions alimentaires, et que l'intéressée a pu faire valoir ses observations par courriel du 18 mars 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du sixième, devenu septième alinéa du I de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, auquel il est ainsi renvoyé : " () Le directeur de l'organisme concerné notifie le montant envisagé de la pénalité et les faits reprochés à la personne en cause, afin qu'elle puisse présenter ses observations écrites ou orales dans un délai d'un mois. A l'issue de ce délai, le directeur de l'organisme prononce, le cas échéant, la pénalité et la notifie à l'intéressé () ". Il résulte de ces dispositions qu'une amende administrative ne peut être infligée par le président du conseil départemental à un allocataire du revenu de solidarité active sans que ce dernier ait été mis en mesure de présenter ses observations écrites ou orales et, notamment, sans qu'il ait été fait droit à la demande d'audition qu'il aurait formée en vue de présenter des observations orales, alors même qu'il aurait également présenté des observations écrites.

5. Il résulte de l'instruction que Mme E a été invitée, par une lettre du 12 mars 2021, à présenter des observations écrites. Alors, par ailleurs, qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait formulé auprès de l'administration une demande tendant à ce qu'elle puisse formuler des observations orales, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le département aurait méconnu le principe du contradictoire.

S'agissant du bien-fondé :

6. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le président du conseil départemental peut sanctionner, par l'amende administrative qu'elles prévoient, des fausses déclarations ou des omissions délibérées de déclaration ayant abouti à un versement indu du revenu de solidarité active. La fausse déclaration ou l'omission délibérée au sens de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

8. A l'appui de sa requête, Mme E se prévaut uniquement de son état de santé, de sa situation financière précaire et prétend ne pas avoir fraudé. Il résulte de l'instruction que l'amende administrative d'un montant de 1 000 euros a été prononcée au motif qu'elle n'avait pas déclaré la perception d'aides financières mensuelles de sa famille, de montants allant de 400 à 850 euros depuis 2017. Alors que le formulaire de déclaration trimestrielle de ressources comporte les items " pensions alimentaires perçues ", " aides et secours financiers réguliers ", " autres ressources ", Mme E ne peut sérieusement soutenir qu'elle ignorait devoir déclarer les aides financières qu'elle percevait régulièrement. Eu égard au caractère prolongé et réitéré des omissions déclaratives, Mme E doit être regardée comme ayant commis des fausses déclarations au sens des dispositions de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, et alors que l'invocation de son état de santé et de sa situation financière est dépourvue d'incidence sur le bien-fondé de l'amende en litige, c'est à bon droit que le président du conseil départemental de l'Hérault a infligé à Mme E la sanction prévue par les dispositions précitées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault lui a infligé une amende administrative d'un montant de 1 000 euros.

En ce qui concerne l'avis des sommes à payer :

10. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

11. Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

12. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer adressé à Mme E mentionne que le titre n° 8111, rendu exécutoire le 3 juin 2021, est émis par Mme B D, cheffe du service RSA. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'extrait de l'application comptable produit par le département, que le bordereau de ce titre de recettes a été signé par cette même personne de façon électronique. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le titre exécutoire litigieux a méconnu les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

13. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, alors même qu'il n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des disposition des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

14. En l'espèce, l'avis des sommes à payer mentionne clairement dans son objet : " AMENDES RSA NOTIF LE 04/05/21 ". Dès lors, il est fait référence au courrier du 4 mai 2021 par lequel le président du conseil départemental de l'Hérault a notifié à Mme E une amende administrative de 1 000 euros au motif, indiqué dans ce courrier, qu'elle n'avait pas déclaré des aides financières importantes et régulières versées par son père depuis janvier 2017. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été régulièrement informée des bases de liquidation de la créance litigieuse.

15. En dernière lieu, et alors que la reconnaissance de la régularité et du bien-fondé de l'amende administrative notifiée à Mme E résulte des points 3 à 8 du présent jugement, Mme E n'est pas fondée à soutenir que l'avis des sommes à payer se fonde sur une décision illégale.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 3 juin 2021.

Sur la demande de remise de dette :

17. Au terme de l'alinéa 2 de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'État, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ()".

18. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

19. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme E ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de sa requête, du vice d'incompétence dont serait entachée la décision du 12 janvier 2021.

21. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, Mme E s'est rendue coupable de fausses déclarations. Ainsi, la requérante, quelle que soit la précarité de sa situation, n'est pas en mesure de bénéficier d'une remise de sa dette.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au département de l'Hérault.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2022.

La greffière,

F. Roman

Nos 2103360, 2104121, 2104151

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