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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103665

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103665

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103665
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBETROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, M. D A C, représenté par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 19 800 euros en réparation des préjudices subis du fait des accidents de service dont il a été victime les 12 décembre 2016 et 26 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il détient une créance sur l'Etat, même en l'absence de faute de sa part, car il a été victime d'accidents de travail les 12 décembre 2016 et 26 décembre 2019, dont l'imputabilité au service a été reconnue, et dont les experts médicaux ont évalué l'incapacité permanente partielle en découlant respectivement à 10 % et 3 % ;

- il est en droit d'obtenir la réparation de ses préjudices extrapatrimoniaux afférents à ces incapacités, à hauteur de la somme globale de 19 800 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant ne peut se prévaloir d'une créance au titre des préjudices extrapatrimoniaux qu'il estime avoir subis du fait de l'accident de service du 12 décembre 2016, dès lors que cet accident n'a entraîné aucune incapacité permanente partielle ;

- le requérant ne peut davantage se prévaloir d'une créance au titre des préjudices extrapatrimoniaux qu'il estime avoir subis du fait de l'accident du 26 décembre 2019, dès lors que la commission de réforme n'a pas rendu son avis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C surveillant brigadier au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone, a été victime d'accidents les 27 août 1994, 12 décembre 2016 et 26 décembre 2019, qui ont, pour les deux premiers, été reconnus imputables au service. Par un courrier du 24 mars 2021, reçu le lendemain, M. A C a adressé à l'Etat une demande indemnitaire préalable tendant à obtenir la réparation des préjudices extrapatrimoniaux causés par ces deux accidents, laquelle a été implicitement rejetée. Par sa requête, il demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 19 800 euros, en réparation des préjudices extrapatrimoniaux afférents aux incapacité permanentes partielles (IPP) résultant de ces deux accidents.

Sur la responsabilité :

2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent la réparation des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit du fait de l'accident ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité d'une personne publique ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.

3. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ".

4. Constitue un accident de service, pour l'application de ces dispositions, tout évènement, quelle qu'en soit la nature, survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il en est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci, sauf si des circonstances particulières ou une faute personnelle du fonctionnaire titulaire ou stagiaire détachent cet événement du service.

5. D'une part, M. A C demande d'abord la réparation des préjudices résultant de l'accident de service dont il a été victime le 12 décembre 2016, qui lui aurait occasionné une IPP de 10 %. S'il est constant que l'administration a reconnu l'imputabilité au service de cet accident, par une décision du DISP de Toulouse du 6 juillet 2017, il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier de l'avis du 21 février 2017 du Dr B., médecin agréé, ainsi que du questionnaire médical du 22 août 2017, que cet accident n'a entraîné aucune invalidité pour le requérant. Il ressort également de l'avis émis par la commission de réforme émis le 25 avril 2017 que le taux d'IPP de 10 % dont se prévaut le requérant est une réévaluation du taux antérieur d'IPP de 3 % attribué au titre de l'accident du 27 août 1994. Dans ces conditions, M. A C ne démontre pas avoir subi un préjudice extrapatrimonial du fait de l'accident de service du 12 décembre 2016.

6. D'autre part, M. A C demande la réparation des préjudices résultant de l'accident dont il a été victime le 26 décembre 2019, qui lui aurait occasionné une IPP de 3 %. Il ressort des pièces du dossier que si le ministre de la justice, par une décision du 3 juin 2020, a reconnu l'imputabilité au service de ce dernier, cette décision ne mentionne aucun taux d'incapacité permanente partielle qui en aurait résulté. Certes, un rapport de l'expert médical, intervenu postérieurement à cette décision de reconnaissance d'imputabilité, soit le 30 juillet 2020, a fixé ce taux d'incapacité permanente partielle à 3%. Néanmoins, en l'absence de décision administrative entérinant la reconnaissance de ce taux, et alors même que la commission de réforme, toujours en cours de saisine, ne s'est pas encore prononcée, le requérant n'établit pas que ledit accident entraîne pour lui un taux d'IPP de 3 %. Il s'ensuit que sa demande indemnitaire afférente à cet accident doit être rejetée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête et, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

A. BayadaLe président,

J.P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 2023.

La greffière,

B. Flaesch

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