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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103782

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103782

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103782
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantODYSSEE DROIT AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 19 juillet 2021 et 17 novembre 2022, la société civile de construction vente (SCCV) Campus Pérols, représentée par Me Bartholomé, demande la restitution d'un crédit de 615 185,46 euros de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période 2018 et 2019, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ElIe soutient que :

- le taux réduit de 5,5% de TVA doit s'applique à sa résidence étudiante acquis en VEFA le 29 décembre 2016 par la société Fenouillet, date à laquelle ce taux était en vigueur ;

- le taux de 10% institué par l'article 278 sexies OA du code général des impôts à partir de 2018 ne s'applique pas, car le contrat et les appels de fonds sont intervenus avant le 1er janvier 2018, et le principe de sécurité juridique s'applique ;

- la signature du contrat de VEFA le 29 décembre 2016 constitue le fait générateur de la TVA.

Par mémoires, enregistrés les 10 novembre 2021 et 12 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés, le fait générateur, exécution des travaux, est postérieur au 1er janvier 2018 même si l'opération a été engagée avant.

Par ordonnance du 15 août 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n°2017-1837 du 30 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Bartholomé, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Campus Pérols a assuré la construction d'une résidence étudiante de 336 logements au profit la société EPP Fenouillet qui l'a acquise en vente en état futur d'achèvement le 29 décembre 2016. Faisant valoir qu'elle doit bénéficier du taux de TVA de 5,5%, et non de celui de 10%, elle demande la restitution d'un crédit de 615 185,46 euros de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période 2018 et 2019.

2. En vertu de l'article 278 sexies OA du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années 2018 et 2019 en litige : " Les taux réduits prévus à l'article 278 sexies sont égaux à : 1° 5,5 % pour les livraisons mentionnées aux 4,5,8,11,11 bis, 12 et 13 du I du même article 278 sexies et les livraisons à soi-même d'immeubles dont l'acquisition aurait bénéficié de ce taux ; 2° 10 % pour les livraisons mentionnées aux 1,2,3,6,7,7 bis et 10 du I dudit article 278 sexies et les livraisons à soi-même d'immeubles dont l'acquisition aurait bénéficié de ce taux ". En vertu de l'article 278 sexies du même code : " Les taux réduits de taxe sur la valeur ajoutée sont ceux mentionnés à l'article 278 sexies-0 A pour les opérations suivantes, réalisées dans le cadre de la politique sociale du logement :2. Les livraisons de logements sociaux neufs à usage locatif mentionnés aux 3° et 5° de l'article L. 351-2 du même code et qui bénéficient de la décision favorable prise dans les conditions prévues articles R.331-3 et R.331-6 du même code à compter du 1er octobre 1996, et dont l'ouverture de chantier est intervenue à compter de cette date, lorsque l'acquéreur bénéficie pour cette acquisition d'un prêt prévu à l'article R. 331-1 du même code ou d'une subvention de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine et a conclu avec l'Etat une convention en application des 3° ou 5° de l'article L. 351-2 du même code ;3. Le premier apport de logements sociaux à usage locatif dont la construction a fait l'objet d'une livraison à soi-même mentionnée au II, réalisé dans les cinq ans de l'achèvement de la construction au profit d'un organisme d'habitations à loyer modéré visé à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, à la condition que l'acte d'apport prévoie le transfert de la société cédante à la société bénéficiaire de l'apport, du prêt prévu à l'article R. 331-1 du même code et de la convention mentionnée aux 3° ou 5° de l'article L. 351-2 du même code ". Et en vertu de l'article 12 II A de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 : " Les 1° à 6° du I s'appliquent aux opérations dont le fait générateur intervient à compter du 1er janvier 2018 ".

3. Aux termes de l'article 1601-3 du code civil : " La vente en l'état futur d'achèvement est le contrat par lequel le vendeur transfère immédiatement à l'acquéreur ses droits sur le sol ainsi que la propriété des constructions existantes au fur et à mesure de leur exécution ; l'acquéreur est tenu d'en payer le prix à mesure de l'avancement des travaux () ". Aux termes du I de de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : /a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () / La taxe est exigible : () / a bis) Pour les livraisons d'immeubles à construire, lors de chaque versement des sommes correspondant aux différentes échéances prévues par le contrat en fonction de l'avancement des travaux () ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que, pour les ventes en l'état futur d'achèvement, le transfert de propriété des constructions résulte, non du contrat ou des appels de fonds comme le fait valoir la requérante, mais de l'exécution des travaux, et que la livraison, et donc aussi bien le fait générateur que la date d'exigibilité de la TVA, ne sont pas constitués à la date de l'acte qui constate l'opération mais à l'expiration de chacune des périodes auxquelles se rapportent les paiements successifs liés à l'avancement des travaux. Par suite, la requérante, qui admet que ces paiements sont intervenus après le 1er janvier 2018, ne peut utilement ni invoquer le principe de sécurité juridique, ni soutenir que le fait générateur de la TVA était antérieur au 1er janvier 2018, et que dès lors le taux de 10% prévu par l'article 278 l'article 278 sexies OA cité au point 2 ne lui était pas applicable.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la restitution d'un crédit de 615 185,46 euros de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période 2018 et 2019. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société civile de construction vente Campus Pérols est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile de construction vente Campus Pérols et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 octobre 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

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