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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103807

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103807

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103807
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 5 octobre 2021, M. D C, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la faute de l'administration dans la mise en œuvre de ses obligations au titre du droit au logement opposable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; à défaut, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- n'ayant fait l'objet d'aucune offre de logement dans le délai imparti, en dépit de la décision de la commission départementale de médiation du 3 juillet 2018 par laquelle sa situation a été reconnue prioritaire et justifiant l'attribution en urgence d'un logement, la responsabilité de l'Etat est engagée ;

- au titre de ses troubles dans ses conditions d'existence, il est fondé à solliciter la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2021, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. C a été radié de la liste des demandeurs de logement social le 29 novembre 2018 faute d'avoir renouvelé sa demande ;

- malgré toutes ses diligences, la carence dans le relogement du requérant a perduré en raison du manque de logements sociaux de type T6 vacants et de la demande de M. C de demeurer sur la commune de Montpellier.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Misslin, représentant M. C et les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 3 juillet 2018 de la commission de médiation du département de l'Hérault. Il a été enjoint au préfet de l'Hérault, par jugement du tribunal de céans du 15 avril 2019, de reloger M C, conformément aux préconisations de la commission de médiation, sous astreinte de 50 euros par jours de retard à compter du 1er juillet 2019. M. C a saisi le préfet de l'Hérault, par courrier en date du 18 mars 2021, d'une demande indemnitaire préalable tendant à obtenir réparation des préjudices résultant pour lui du retard fautif à lui proposer le relogement auquel il avait ainsi droit. Une décision implicite de rejet est née sur sa demande. Par la présenté requête, M. C demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros à ce titre.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'urbanisme : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " ; qu'aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnait prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région, la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement / () Le représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région, désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondants à la demande. () / en cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservations () ".

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du même code : " I. Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. () ". En application de l'article R. 441-16-1 du même code, " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements contenant au moins une agglomération, ou une partie d'agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitat impartissent au préfet pour proposer une offre de logement, ainsi que de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

5. Il résulte de l'instruction qu'aucune proposition de logement n'a été soumise à M. C, qui a signé un bail le 9 octobre 2020, dans le délai de 6 mois après l'intervention de la décision du 3 juillet 2018 par laquelle la demande présentée par l'intéressé a été reconnue comme prioritaire et urgente par la commission de médiation de l'Hérault et que le jugement de ce tribunal rendu le 15 avril 2019, enjoignant au préfet de l'Hérault d'assurer le relogement du requérant sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du 1er juillet 2021, n'a pas été exécuté dans le délai imparti. Cette double carence est constitutive de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

6. Seul un comportement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation, qui serait de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision, peut délier l'administration de l'obligation de résultat qui pèse sur elle. Il n'en va ainsi que si la radiation résulte de l'exécution même de la décision de la commission de médiation ou si les faits ayant motivé cette radiation révèlent, de la part de l'intéressé, une renonciation au bénéfice de cette décision ou un comportement faisant obstacle à son exécution par le préfet.

7. Si le préfet produit un extrait du logiciel de suivi des demandes de logement social dont il ressort que la demande de M. C a fait l'objet d'une radiation le 29 novembre 2018 au motif que l'intéressé n'aurait pas renouvelé sa demande de logement, cette seule circonstance ne saurait avoir eu pour effet de délier l'Etat de l'obligation qui pèse sur lui d'assurer l'exécution de la décision de la commission de médiation en date du 3 juillet 2018 et, dès lors que M. C a déposé une nouvelle demande de logement social le 22 janvier 2019, il ne saurait être regardé comme ayant renoncé au bénéfice d'un logement ou que son comportement aurait fait obstacle à l'exécution de la décision de la commission de médiation. Dans ces conditions, le préfet n'est pas fondé à soutenir ne pas avoir pu assurer le relogement de M. C en raison du manque de diligences de ce dernier.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

8. M. C sollicite la réparation des troubles dans ses conditions d'existence qu'il a subis en l'absence de relogement. Il résulte de l'instruction que la commission de médiation de l'Hérault avait reconnu, le 3 juillet 2018, le caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement au motif qu'il se trouvait dans l'attente d'un logement dans un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral et qu'il occupait avec sa femme et leurs cinq enfants mineurs, un logement de 52 m² en situation de suroccupation et d'indécence. Compte tenu de la durée de la carence de l'Etat, du 3 janvier 2019 au 9 octobre 2020, et des conditions de logement de M. B et de sa famille, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 5 000 euros.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice résultant de la proposition de logement faite tardivement par les services de l'Etat.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépends, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n y'a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour de raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n y'a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () ".

11. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Bautes, son avocat, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C une somme de 5 000 euros.

Article 2 : L'Etat versera à Me Bautes, conseil de M. C, la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Bautes.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2022.

La magistrate désignée,

S. E La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne et à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 juillet 2022,

La greffière,

C. Arce lr

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