lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2103809 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS BEDOIS BEKISSA |
Vu la procédure suivante :
I) A une requête, enregistrée le 20 juillet 2021 sous le n°2103803, Mme D E et M. F B, représentés A Me Bedois, demandent en leur qualité d'ayant-droit de leur enfant C, au juge des référés :
1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse (Haute-Garonne) et le centre hospitalier (CH) de Perpignan (Pyrénées-Orientales) à leur verser une indemnité provisionnelle de 179 587,39 euros en réparation de leurs préjudices résultant du décès de leur enfant ;
2°) de fixer un délai d'exécution à la décision et de prononcer une astreinte de cent euros A jour de retard ;
3°) de mettre les dépens d'instance à la charge du défendeur ;
4°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse et du CH de Perpignan une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
A un mémoire, enregistré le 27 juillet 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Garonne, représentée A la société civile professionnelle (SCP) Vinsonneau Palies, Noy, Gauer et Associés (VPNG), conclut à ce que le juge des référés :
1°) condamne solidairement le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan à lui payer A provision la somme de 9 131,05 euros au titre des prestations servies pour le compte de l'enfant C B ;
2°) condamne le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan au paiement de la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) condamne le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan à lui verser la somme de 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle expose que le montant de sa créance, résultant des prestations servies à raison des fautes commises A le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan, s'élève à la somme de 9 131,05 euros.
A des mémoires en défense, enregistrés les 5 août 2021 et 27 septembre 2021, le CHU de Toulouse, représenté A la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Montazeau et Cara, conclut à ce que le juge des référés :
1°) modère le taux de perte de chance et le montant des demandes provisionnelles ;
2°) rejette les demandes au titre des pertes de gains professionnels et des pertes de gains professionnels futurs;
3°) modère la créance de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne ;
4°) rejette la demande d'astreinte ;
5°) modère les demandes formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
A des mémoires en défense, enregistrés les 1er et 16 septembre 2021, le CH de Perpignan, représenté A la société civile professionnelle (SCP) Philippe Grillon, conclut à ce que le juge des référés :
1°) à titre principal, retienne un taux de perte de chance de 85% ;
2°) fixe le taux d'imputabilité en ce qui le concerne à 25% et à 75% pour le CHU de Toulouse ;
3°) à titre subsidiaire, rejette la demande au titre du déficit fonctionnel temporaire, de la perte de revenus et des dépenses de santé des proches et des troubles dans les conditions quotidiennes de l'existence, fixe à 4 250 euros le préjudice lié à la souffrance endurée, à 38,70 euros celui des frais de déplacement et à 3 187,50 euros le préjudice moral ;
4°) rejette les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne comme n'ayant aucun lien de causalité direct et certain avec le manquement pouvant lui être reproché ;
5°) limite la somme allouée au visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui ne pourra, en tout état de cause, excéder la somme de 1 500 euros ;
6°) rejette la demande au titre de l'astreinte.
II) A une requête, enregistrée le 20 juillet 2021 sous le n°2103809, Mme D E et M. F B, représentés A Me Bedois, demandent en leur qualité d'ayant-droit de leur enfant C, au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse (Haute-Garonne) à hauteur de 25% et le centre hospitalier (CH) de Perpignan (Pyrénées-Orientales) à hauteur de 75%, à leur payer la somme de 231 488,31 euros en réparation de leurs préjudices résultant du décès de leur enfant ;
2°) de fixer un délai d'exécution à la décision et de prononcer une astreinte de cent euros A jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse (25%) et du CH de Perpignan (75%) la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- dans le rapport remis le 31 août 2020 A l'expert désigné A la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux du Languedoc-Roussillon, la responsabilité du CH de Perpignan a été reconnue à hauteur de 75% sur un taux de perte de chance de 85%, en raison de l'absence de diagnostic d'occlusion dans un contexte de laparoschisis ;
- le CH de Perpignan en n'accomplissant pas toutes les diligences attendues, compte tenu de ses missions, de ses compétences et des moyens dont il disposait, a commis une faute en relation de causalité directe avec le décès, qui aurait pu être évitée si l'enfant avait été transféré à temps dans un service spécialisé ;
- dans son rapport, l'expert retient la responsabilité du CHU de Toulouse à hauteur de 25%, sur un taux de perte de chance de 85% en raison, d'une part, de l'absence d'information aux parents des risques ultérieurs de complications digestives et de la nécessité d'un suivi médical et, d'autre part, d'un défaut de transmission au CH de Perpignan des informations médicales nécessaires au diagnostic d'occlusion intestinale et à la mise en œuvre de tous les soins à l'enfant ;
- au titre du déficit fonctionnel temporaire, en tenant compte du coefficient de 85%, ils doivent être indemnisés à hauteur de 51 euros ;
- au titre des souffrances endurées A leur enfant, en tenant compte du coefficient de 85%, ils doivent être indemnisés à hauteur de 22 950 euros ;
- au titre de la perte de ses revenus professionnels, Mme E doit être indemnisée de la somme de 6 320,10 euros ;
- au titre des dépenses de santé, en tenant compte du coefficient de 85%, Mme E et M. B doivent être indemnisés de la somme de 124 955,70 euros ;
- au titre des frais de déplacement, en tenant compte du coefficient de 85%, Mme E et M. B doivent être indemnisés de la somme de 711,51 euros ;
- au titre du préjudice moral, en tenant compte du coefficient de 85%, Mme E et M. B doivent être indemnisés de la somme de 51 000 euros ;
- au titre des troubles dans les conditions d'existence, en tenant compte du coefficient de 85%, Mme E et M. B doivent être indemnisés de la somme de 25 500 euros.
A un mémoire, enregistré le 27 juillet 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Garonne, représentée A la société civile professionnelle (SCP) Vinsonneau Palies, Noy, Gauer et Associés (VPNG), conclut à ce que le tribunal :
1°) condamne solidairement le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan à lui payer la somme de 9 131,05 euros au titre des prestations servies pour le compte de l'enfant C B ;
2°) condamne le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan au paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) mette à la charge du CHU de Toulouse et du CH de Perpignan la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle expose que le montant de sa créance, résultant des prestations servies à raison des fautes commises A le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan, s'élève à la somme de 9 131,05 euros.
A des mémoires en défense, enregistrés les 5 août et 30 septembre 2021, le CHU de Toulouse, représenté A la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Montazeau et Cara, conclut à ce que le tribunal :
1°) rejette les demandes au titre des pertes de gains professionnels, des dépenses de santé futures et des troubles dans les conditions d'existence ;
2°) modère la créance de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne ;
3°) rejette la demande d'astreinte ;
4°) modère les demandes formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il expose que :
- l'expert n'a pas pris en compte, dans la détermination du taux de perte de chance, la survenance d'un volvulus du grêle, complication exceptionnelle qui diminue les chances de survie ;
- au titre des souffrances endurées A l'enfant, en tenant compte du taux de perte de chance de 85% et de son imputabilité de 25%, la somme de 4 250 euros sera versée à Mme E et M. B ;
- la perte des revenus professionnels de Mme E ne peut être indemnisée, aucun élément objectif ne démontrant une incapacité de travail temporaire ou définitive ;
- au titre des dépenses de santé de Mme E, en tenant compte du taux de perte de chance de 85% et de son imputabilité de 25%, la somme de 114,75 euros lui sera versée ;
- au titre des frais de déplacement, en tenant compte du taux de perte de chance de 85% et de son imputabilité de 25%, la somme de 38,70 euros sera versée à Mme E et M. B ;
- au titre du préjudice moral, en tenant compte du taux de perte de chance de 85% et de son imputabilité de 25%, la somme de 6 375 euros sera versée à chacun des parents ;
- au titre des troubles dans les conditions d'existence, la demande doit être rejetée en l'absence d'une communauté de vie effective ;
- la créance de la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Garonne n'étant pas imputable à la faute mais à l'état antérieur de l'enfant, la demande doit être rejetée.
A un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2021, le CH de Perpignan, représenté A la société civile professionnelle (SCP) Philippe Grillon, conclut à ce que le tribunal :
1°) à titre principal, retienne un taux de perte de chance de 85% ;
2°) fixe le taux d'imputabilité en ce qui le concerne à 25% et à 75% pour le CHU de Toulouse ;
3°) à titre subsidiaire, rejette la demande au titre du déficit fonctionnel temporaire, de la perte de revenus et des dépenses de santé des proches et des troubles dans les conditions quotidiennes de l'existence, fixe à 4 250 euros le préjudice lié à la souffrance endurée, à 38,70 euros celui des frais de déplacement et à 3 187,50 euros le préjudice moral ;
4°) rejette les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne comme n'ayant aucun lien de causalité direct et certain avec le manquement pouvant lui être reproché ;
5°) limite la somme allouée au visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui ne pourra, en tout état de cause, excéder la somme de 1 500 euros ;
6°) rejette la demande au titre de l'astreinte ;
7°) statue sur ce que de droit sur les dépens.
Il expose que :
- ne disposant ni de l'information ni des services nécessaires à la prise en charge de l'enfant, sa responsabilité doit être fixée à 25% ;
- au titre des souffrances endurées A l'enfant, sans en contester la réalité ni le taux retenu A l'expert, après application du taux de perte de chance de 25%, la somme de 4 250 euros sera versée à Mme E et M. B ;
- la perte des revenus professionnels de Mme E, sans contester l'importance de la douleur et l'impact psychologique de ce décès, n'est pas établie et ne peut donner lieu à une indemnisation ;
- les dépenses de santé de Mme E, sans contester l'importance de la douleur et l'impact psychologique de ce décès, ne sont pas établies ;
- au titre des frais de déplacement, en tenant compte du coefficient de 25%, la somme de 38,70 euros sera versée à Mme E et M. B ;
- au titre du préjudice moral, en tenant compte du coefficient de 25%, la somme de 3 187,50 euros sera versée à Mme E et M. B ;
- au titre des troubles dans les conditions d'existence, la demande apparait comme la réparation d'un préjudice moral déjà indemnisé ;
- la créance de la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Garonne n'étant pas imputable à la faute mais à l'état antérieur de l'enfant, la demande doit être rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Besle, président ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
- les observations de Me Bedois, représentant Mme E et M. B, de Me Roche, représentant le centre hospitalier de Perpignan, et de Me Montazeau, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes n° 2103803 et n° 2103809 tendent à l'indemnisation des mêmes préjudices et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour donner lieu à un seul jugement.
Sur la requête n° 2103809 :
En ce qui concerne la responsabilité du CHU de Toulouse et du CH de Perpignan :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Le 23 juin 2019, l'enfant C B est né au CHU de Toulouse, porteur d'un laparoschisis, diagnostiqué au troisième mois de la grossesse de Mme E. Opéré le jour même A le chirurgien pédiatre de l'établissement, les anses grêles de l'intestin sont replacées à l'intérieur de l'abdomen de l'enfant qui, après un séjour en réanimation, rejoint le domicile familial le 24 juillet 2019. Aucune information sur les risques de complication n'est communiquée aux parents A le CHU, l'interne se bornant à leur indiquer de consulter le CH de Perpignan en cas de vomissements bilieux. Le 28 juillet 2019, l'état de l'enfant se dégradant, les parents le conduisent au CH de Perpignan où le diagnostic, erroné, de reflux gastro-œsophagien est porté et le retour à domicile prescrit. Le 31 juillet 2019, l'état de l'enfant s'aggravant manifestement, les parents retournent au CH de Perpignan où un nouveau diagnostic, erroné, de gastroentérite est porté, corrigé une heure plus tard A un autre médecin pédiatre qui, suspectant une entérocolite nécrosante du nouveau-né, décide de sa prise en charge A le CHU de Toulouse vers lequel l'enfant est dirigé A hélicoptère et où une intervention est pratiquée dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2019. Le chirurgien constate alors une nécrose importante de l'intestin grêle consécutive à un volvulus et procède sur cinquante centimètres à la résection de l'organe nécrosé. Le 2 août 2019, l'enfant C décède des lésions incompatibles avec une autonomie digestive. Dans son rapport, l'expert médical désigné A la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux du Languedoc-Roussillon a relevé, d'une part, que le CHU de Toulouse n'avait pas informé Mme E et M. B des risques de complication digestive, notamment d'occlusion mécanique de l'intestin grêle pouvant survenir sur un nourrisson relevant d'un laparoschisis et s'était borné à leur recommander, en cas de vomissement, de se rendre au CH de Perpignan, qui n'est pas habilité à prendre en charge ce type de pathologie, d'autre part, que les erreurs de diagnostics du CH de Perpignan avaient conduit à la nécrose, puis à la perte totale de l'intestin grêle et au décès de l'enfant. Ces fautes, respectivement commises A le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan et au demeurant nullement contestées, sont de nature à engager leur responsabilité. Eu égard à une mortalité estimée à 15% en cas de complications secondaires pouvant survenir chez des nourrissons atteints de laparoschisis, il y a lieu de fixer, comme l'a retenu l'expert, à 85% la perte de chance subie A l'enfant C de survivre à ses complications et de l'imputer à hauteur de 25% au CHU de Toulouse et de 75% au CH de Perpignan.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
4. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires et permanents :
5. La caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Garonne établit, sur la base d'un état détaillé, avoir pris en charge des frais hospitaliers, médicaux et pharmaceutiques, pour un montant total de 9 131,05 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'en raison des complications subies A C suite à l'intervention chirurgicale pour laparoschisis, l'état initial de l'enfant aurait nécessité en toute hypothèse son hospitalisation. A suite, la caisse primaire d'assurance maladie n'établissant pas que ses débours sont en lien avec les fautes commises A les établissements hospitaliers, ce chef de préjudice ne peut être indemnisé.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que la dégradation de l'état de santé de C à la suite de l'opération subie lors de sa naissance impliquait en toute hypothèse son hospitalisation. A suite, le déficit fonctionnel temporaire de Mme E et M. B n'a pas de lien direct avec les fautes commises A les établissements hospitaliers.
7. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées A C ont été évaluées à 6 sur une échelle de 7. Il y a lieu, en tenant compte du coefficient de 85 % de perte de chance, d'allouer à Mme E et M. B une indemnité de 22 950 euros au titre de ce préjudice.
S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :
8. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme E serait, malgré l'épreuve, dans l'incapacité définitive d'exercer une activité professionnelle. A suite, la demande de réparation à ce titre ne peut être retenue.
S'agissant des frais futurs de suivi A un psychologue :
9. Il résulte de l'instruction que les dépenses de santé exposées A Mme E doivent être indemnisées, dans la limite des justificatifs versés au débat, en tenant compte du coefficient de 85% de perte de chance, à hauteur de la somme de 204 euros. En outre, il résulte de l'instruction que Mme E devra continuer des séances de psychothérapie. En conséquence, il y a lieu d'indemniser Mme E pour les frais qu'elle exposera à ce titre, sous réserve qu'ils soient justifiés annuellement auprès du CHU de Toulouse et du CH de Perpignan, à concurrence de leur part de responsabilité. Enfin, Mme E devra justifier qu'une partie de ces frais n'ait pas été prise en charge A l'assurance-maladie ou A sa mutuelle. Ces frais seront remboursés A le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan chaque année.
10. Il résulte de l'instruction que les frais de déplacement exposés A Mme E et M. B doivent être indemnisés, dans la limite des justificatifs produits, en tenant compte du coefficient de 85% de perte de chance, à hauteur de la somme de 154,79 euros.
11. En tenant compte du coefficient de 85% de perte de chance, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence de Mme E et de M. B, en leur allouant, à chacun, la somme de 35 000 euros.
En ce qui concerne les droits des parties :
12. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Toulouse est condamné à verser à Mme E et à M. B la somme de 23 327,20 euros et le CH de Perpignan la somme de 69 981,59 euros.
En ce qui concerne les autres conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne :
13. La caisse d'assurance maladie de la Haute-Garonne ne justifiant pas de débours en lien avec les fautes commises A le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan, elle ne peut bénéficier de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. A suite, ses conclusions à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne la demande d'astreinte :
14. Dès lors que les dispositions de l'article L. 911-9 du code de justice administrative, permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme que la partie perdante est condamnée à lui verser A cette même décision, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la première tendant à ce qu'il soit enjoint à celle-ci, sur le fondement de l'article L. 911-3 du code de justice administrative, de payer cette somme sous astreinte. Les conclusions de la requête tendant au prononcé d'une astreinte doivent dès lors être rejetées.
Sur la requête n° 2103803 présentée sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
15. Le présent jugement statuant sur le fond du litige, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2103803 de Mme E et M. B, qui sont devenues sans objet.
Sur les frais liés au litige :
16. En l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Toulouse une somme de 500 euros à verser à Mme E et à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la charge du CH de Perpignan une somme de 1 500 euros à leur verser sur ce même fondement.
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit allouée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne, qui est l'une des parties perdantes dans la présente instance, sur leur fondement.
DECID E
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2103803.
Article 2 : Le CHU de Toulouse est condamné à verser à Mme E et à M. B la somme de 23 327,20 euros.
Article 3 : Le CH de Perpignan est condamné à verser à Mme E et à M. B la somme de 69 981,59 euros.
Article 4 : Le CHU de Toulouse et le CH de Perpignan sont condamnés, chacun à proportion de leur part de responsabilité, à rembourser chaque année à Mme E, sous réserve pour elle de justifier des frais exposés et de ce qu'une part de ceux-ci n'est pas prise en charge A l'assurance-maladie ou A sa mutuelle, les séances de psychothérapie dont elle a besoin.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E et M. B est rejeté.
Article 6 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à M. F B, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, au centre hospitalier de Perpignan et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Besle, président,
- M. Verguet, premier conseiller,
- Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le président, rapporteur,
D. Besle
L'assesseur le plus ancien,
H. Verguet
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 juillet 2022.
Le greffier,
F. Balicki
Nos 2103803, 2103809
fb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026