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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103836

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103836

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103836
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationmagistrat ROUSSEAU
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 avril 2021 par laquelle le maire de Saint-Laurent de la Salanque lui a infligé un avertissement, ensemble la décision du 21 mai 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent de la Salanque la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant rejet de son recours gracieux n'est pas motivée en fait ;

- le maire a commis une erreur de fait en lui reprochant de ne pas avoir transmis les tableaux hebdomadaires " équivalents temps pleins " (ETP) dès lors qu'elle les a communiqués dès qu'elle en a été en mesure de le faire, compte tenu du surcroît de travail qu'elle devait assumer, alors même qu'elle était en mi-temps thérapeutique, et que la réglementation ne prévoit pas l'établissement d'un tableau ETP hebdomadaire ;

- il a commis une erreur d'appréciation, la sanction de l'avertissement étant disproportionnée au regard de ses états de service ; son retard à remettre à son supérieur hiérarchique des tableaux hebdomadaires ETP ne justifie pas le prononcé d'une sanction.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2021, la commune de Saint-Laurent de la Salanque, représentée par Me Garidou, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant rejet du recours gracieux est inopérant ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Garridou, représentant la commune de Saint-Laurent de la Salanque.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A, infirmière diplômée d'Etat, titulaire du grade de puéricultrice hors classe et directrice de la crèche de Saint-Laurent de la Salanque, demande l'annulation de la décision du 23 avril 2021 par laquelle le maire de Saint-Laurent de la Salanque lui a infligé un avertissement, ensemble la décision du 21 mai 2021 portant rejet de son recours gracieux.

2. L'exercice d'un recours gracieux n'a d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position et un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision du 21 mai 2021, portant rejet du recours gracieux formé par la requérante à l'encontre de la décision du 23 avril 2021 lui infligeant un avertissement, est inopérant, la décision du 23 avril 2021 étant au demeurant suffisamment motivée en droit et en fait, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté.

3. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. ()". Aux termes de l'article 25 de la même loi alors en vigueur : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité (). ". Aux termes de l'article 28 de la même loi : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. () ". Aux termes de l'article 29 de cette loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article 89 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : l'avertissement ; ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () Parmi les sanctions du premier groupe, seuls le blâme et l'exclusion temporaire de fonctions sont inscrits au dossier du fonctionnaire. Ils sont effacés automatiquement au bout de trois ans si aucune sanction n'est intervenue pendant cette période. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 19 novembre 2019, le directeur général des services de la commune de Saint-Laurent de la Salanque a demandé à Mme A de lui adresser, chaque fin de semaine, le tableau des équivalents temps plein des personnels de la crèche, en lui communiquant un tableau modèle sur lequel il lui appartenait de porter le nom et les horaires des agents. Mme A n'a pas procédé à cette transmission, malgré les demandes répétées du directeur général des services. Si la requérante invoque l'erreur de fait dont sont entachées les décisions attaquées en faisant valoir qu'elle a transmis le 17 mars 2021 le tableau hebdomadaire demandé antérieurement à l'engagement de la procédure disciplinaire à son encontre le 23 mars 2021, il ressort toutefois des pièces produites au dossier qu'elle ne s'est conformée aux instructions qui lui étaient données depuis fin 2019 qu'en raison de la perspective de l'engagement d'une telle procédure. Par ailleurs, si Mme A soutient que l'établissement des tableaux hebdomadaires des équivalents temps plein des personnels de la crèche et leur transmission à l'autorité hiérarchique ne sont prévus par aucune disposition réglementaire, l'exploitation de ces tableaux s'inscrit dans le cadre de la gestion des ressources humaines de la commune de Saint-Laurent de la Salanque et, eu égard au temps que requiert l'établissement de ces tableaux, Mme A ne peut justifier son refus d'exécuter la tâche demandée en raison de sa charge de travail en mi-temps thérapeutique. Mme A n'ayant ainsi pas déféré aux instructions qui lui étaient données par sa hiérarchie pendant plus d'un an, le moyen tiré de l'erreur de fait dont seraient entachées les décisions attaquées ne peut qu'être écarté.

5. Compte tenu de la méconnaissance par Mme A de son obligation d'obéissance hiérarchique et des fonctions de direction de la crèche municipale qu'elle occupe, l'infliction d'un avertissement, qui constitue la sanction la plus légère qui peut être prononcée à l'encontre d'un agent public, ne présente pas un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées en date des 23 avril 2021 et 21 mai 2021 doivent être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par Mme A, partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que demande la commune de Saint-Laurent de la Salanque en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Laurent de la Salanque en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à la commune de Saint-Laurent de la Salanque.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. ROUSSEAU

La greffière,

L. ROCHER La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 septembre 2023.

La greffière,

L. ROCHER

lr

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