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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104088

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104088

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104088
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS TZA TOULEMONT ZAPF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une réclamation reçue le 23 février 2021 soumise d'office au tribunal le 3 août 2021 par le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault et valant requête en application des articles R. 199-1 et R. 200-3 du livre des procédures fiscales et un mémoire enregistré le 21 janvier 2022, le groupement d'intérêt économique (GIE) Goodyear Mireval, représenté par Me Zapf, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe spéciale d'équipement, de la taxe pour la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (Gemapi) et de la taxe pour frais de chambres de commerce et industrie auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2020 dans le rôle de la commune de Mireval (Hérault).

Elle soutient que :

- le bien en litige doit être évalué selon la méthode tarifaire dans la catégorie SPE 2 dès lors qu'il est affecté à la pratique d'un sport ; c'est ce qu'avait retenu l'administration fiscale dans sa fiche de calcul ; depuis 2017, le contexte ayant conduit à la méthode de l'appréciation directe s'expliquant par le défaut de révision régulière des valeurs locatives est différent et la méthode tarifaire est devenue le principe ;

- la position de l'administration a été confirmée par les réponses ministérielles récentes selon lesquelles les circuits de karting doivent être classés dans les sous-groupes " établissement de spectacles, de sports et de loisirs " en catégorie 2 " établissements ou terrains réservés à la pratique d'un sport ou à usage de spectacles sportifs Rep. Min. à M. A n° 682.JO.AN Q.31 juillet 2018 ; rép. In. à Mouiller n° 2772 JO Q 2 août 2018 ;

- le montant du dégrèvement attendu est de 18 456 euros ;

- la réalité des valeurs locatives vénales retenues par l'administration n'est pas justifiée tant dans leur provenance que dans ce qu'elles représentent ; le calcul est illicite ;

- le calcul de la valeur locative non révisée aurait dû être fondé sur celui définitivement déterminé par l'autorité de la chose jugée par le tribunal de Montpellier au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties de 2014 à 2016.

Par un mémoire, enregistré le 3 août 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête du GIE.

Il soutient que :

- le bien litigieux était évalué jusqu'au 31 décembre 2016 selon la méthode de l'appréciation directe ; compte tenu des caractéristiques sortant de l'ordinaire, le bien relève des dispositions de l'article 1498 A du code général des impôts ;

- ces dispositions ne prévoient pas d'abattement au titre de la spécificité d'un immeuble ou de sa dépréciation immédiate ;

- faute de réponse à la demande de l'administration de faire connaître la valeur vénale du bien, il a été procédé à la mise à jour de celle-ci ;

- l'envoi d'une fiche d'évaluation automatisée portant sur les seuls éléments déclarés par le contribuable ne vaut pas validation par l'administration.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Goodyear Mireval, dont la siège est à Frontignan (Hérault), exploite un centre d'essai de pneumatiques avec un circuit automobile situé à Mireval. Estimant que l'administration n'a pas appliqué la bonne méthode pour évaluer la valeur locative de ce bien, elle a adressé à l'administration fiscale une réclamation contentieuse tendant à la réduction de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe spéciale d'équipement, de la taxe pour la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (Gemapi) et de la taxe pour frais de chambres de commerce et industrie auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2020. Après en avoir informé le GIE, le service a soumis d'office ladite réclamation au tribunal de céans compétent pour en connaître, en application du dernier alinéa de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

S'agissant du choix de la méthode pour la détermination de la valeur locative :

2. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " la cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu dues 11° et 12° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle () ". En application des II et III de l'article 1498 du code général des impôts dans sa rédaction applicable au 1er janvier 2019, la valeur locative est obtenue par application d'un tarif par mètre carré ou, à défaut de tarif, par la voie d'appréciation directe, la méthode tarifaire n'étant pas applicable aux propriétés présentant des caractéristiques exceptionnelles.

3. Dans le cadre de la détermination de la valeur locative des locaux, l'administration n'a pas retenu le rattachement de la SA Goodyear dans la catégorie " Etablissements de spectacles, de sport et de loisirs et autres locaux assimilables " (SPE 2) figurant dans sa déclaration mais a procédé à une appréciation directe de la valeur des locaux en les qualifiant de locaux à caractéristique exceptionnelle.

4. Il résulte de l'instruction que les locaux professionnels en litige sont ceux d'un centre d'essai, conçu pour tester la qualité des pneumatiques, et sont, selon la fiche d'évaluation versée au dossier, d'une surface réelle totale non contestée supérieure à 8 hectares. Eu égard à ses caractéristiques, ce centre n'est assimilable à aucune des catégories du sous-groupe VI " établissements de spectacles, de sport et de loisirs ", définies à l'article 1er du décret du 10 octobre 2011. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a appliqué la méthode de l'appréciation directe.

S'agissant de la mise en œuvre de la méthode subsidiaire d'appréciation directe et des coefficients et autres mécanismes de lissage :

5. D'une part, il résulte de ce qui précède que, s'agissant de l'année d'imposition en litige, la valeur locative doit être calculée selon les règles prévues au II de l'article 1498 du code général des impôts. Le GIE invoque de façon inopérante l'autorité de chose jugée d'un arrêt rendu le 21 novembre 2017 par la cour administrative d'appel de Marseille et de cinq jugements rendus par le tribunal le 6 novembre 2017, ces décisions juridictionnelles concernant des années d'imposition antérieures et, appliquant les anciennes modalités de détermination de la valeur locative des locaux professionnels précédant celles mises en place par l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 entrées en vigueur pour les impositions établies au titre de l'année 2017. Dans ces conditions, et dès lors que ces mécanismes ne figurent pas dans les nouvelles modalités d'évaluation de la valeur locative, l'administration n'avait pas à prendre en compte l'abattement de 50% pour dépréciation immédiate et l'abattement de 20% de spécialisation exclusive, dont l'application est sollicitée sans autre précision par la société requérante.

6. D'autre part, en application du A du III de l'article 1498 du code général des impôts, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe en appliquant un taux de 8 % à la valeur vénale estimée au 1er janvier 2013 ou, pour celles créées après le 1er janvier 2017, au 1er janvier de l'année de leur création. En application du I et du II de l'article 1518 A quinquies du même code, la valeur locative des propriétés bâties est corrigée par un coefficient de neutralisation. Ce coefficient, déterminé au 1er janvier 2017 pour chaque taxe et chaque collectivité territoriale, s'applique à la valeur locative brute révisée de chaque local, jusqu'à l'intégration de la révision prévue des valeurs locatives des locaux d'habitation et, en application du III de l'article 1518 A quinquies du code général des impôts, pour les années 2017 à 2025, il est procédé à la réduction de moitié des variations des valeurs locatives, appréciées après application du coefficient de neutralisation. Enfin, pour la même période, en application du E de l'article 1518 de ce code, il est opéré un lissage par dixième des variations de cotisations, à la hausse ou à la baisse, constatées en 2017 pour chaque local.

7. L'administration a procédé en l'espèce, en application du A du III de l'article 1498 du code général des impôts, à l'application du taux de 8 % à la valeur vénale des locaux estimée au 1er janvier 2013, avant d'appliquer les coefficients de neutralisation, de réduction des variations locatives et de lissage des variations de cotisations. Si, au soutien de sa demande de réduction, la société requérante fait valoir qu'elle aurait dû se voir octroyer un dégrèvement à hauteur de la somme de 18 456 euros, dont 16 665 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la société aurait droit à une réduction de cotisations alors qu'elle s'est vu appliquer les mécanismes d'atténuation prévus par les dispositions en vigueur applicables depuis 2017. D'autre part, en se bornant à soutenir, sans proposer aucune autre méthode d'actualisation de la valeur vénale de l'immeuble, que l'administration ne pouvait légalement ajuster la valeur locative au 1er janvier 2013 en fonction de l'indice du coût de la construction donnée par l'INSEE, la société ne remet pas sérieusement en cause la valeur locative ainsi déterminée. Dans ces conditions, il ne résulte, dans l'appréciation de la valeur locative des locaux en litige, ni erreur de droit ni erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'application de la doctrine fiscale :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ".

9. Le GIE entend se référer aux réponses du ministre de l'action et des comptes publics aux questions du député Franck A et du sénateur Philippe Mouiller selon lesquelles les circuits de kartings doivent être classés dans le sous-groupe " établissement de spectacles, de sports et de loisirs " en catégorie 2 " établissements ou terrains réservés à la pratique d'un sport ou à usage de spectacle sportifs. ". Pour autant, eu égard à la circonstance que ses locaux professionnels doivent être assimilés à un centre d'essais pneumatiques équipé d'un circuit automobile et non à un circuit de karting, la société requérante n'entre pas dans les prévisions de cette interprétation administrative, appliquée littéralement, et ne peut, en tout état de cause, s'en prévaloir.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " la garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : 1° lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte spécial (). ".

11. Si le GIE requérant devait être regardé comme invoquant, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, une prise de position formelle de l'administration qui résulterait de la fiche de calcul lui ayant été adressée le 5 décembre 2017, ce moyen est infondé, en l'absence de toute mention sur le document, ou d'un courrier d'accompagnement produit au dossier indiquant que ce document retrace la position de l'administration fiscale sur les modalités d'évaluation du bien.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions en réduction présentées par réclamation par le GIE Goodyear Mireval doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 2 : La requête du groupement d'intérêt économique Goodyear Mireval est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au groupement d'intérêt économique Goodyear Mireval et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater première conseillère,

Mme Vialllet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 décembre 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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