vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104093 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET TEISSONNIERE - TOPALOFF - LAFFORGUE - ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2021 et le 13 juin 2023, M. B A, représenté par le cabinet Teissonnière - Topaloff - Lafforgue - Andreu et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a rejeté la réclamation préalable indemnitaire adressée le 21 avril 2021 ;
2°) de condamner le département des Pyrénées-Orientales à lui verser la somme totale de 250 000 euros en réparation des préjudices subies en raison de la maladie professionnelle dont il est atteint ;
3°) d'assortir le montant de cette somme des intérêts de droit à compter de la date de la première demande d'indemnisation avec capitalisation des intérêts à compter de cette même date ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Pyrénées-Orientales la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'administration est engagée à raison des conséquences de sa maladie contractée en service ;
- les souffrances physiques et morales endurées doivent être évaluées à 100 000 euros ;
- son préjudice esthétique doit être évalué à 50 000 euros ;
- son préjudice d'agrément doit être évalué à 50 000 euros ;
- son préjudice sexuel doit être évalué à 50 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 septembre 2021, le 14 janvier 2022, le 6 juillet 2023 et le 6 septembre 2023, le département des Pyrénées-Orientales, représenté par le cabinet D4 avocats associés, conclut :
1°) avant dire droit, à ce qu'une expertise soit ordonnée aux fins de se faire communiquer et prendre connaissance de l'entier dossier médical ainsi que d'apprécier la réalité et l'intensité de l'ensemble des préjudices liés à la maladie professionnelle contractée par M. A et de distinguer, pour chacun des préjudices retenus, la part imputable à la maladie professionnelle ;
2°) à titre principal, à être mis hors de cause ;
3°) à titre subsidiaire, à ce que l'Etat soit appelé à le garantir et de le condamner au paiement de l'intégralité de l'indemnisation et de ramener les prétentions indemnitaires du requérant à de plus justes proportions.
Il soutient, d'une part, qu'il doit être mis hors de cause dès lors que l'Etat est responsable des préjudices subis par le requérant et, d'autre part, qu'en l'état de l'instruction, il n'est pas possible d'évaluer l'étendue des préjudices subis par M. A.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut, à titre principal, au rejet des conclusions à fin d'appel en garantie et, à titre subsidiaire, à la désignation d'un expert chargé de déterminer le juste montant de l'indemnisation due à M. A.
Il soutient que :
- en l'absence de condamnation du département, il manque une condition pour accueillir l'appel en garantie exercé contre l'Etat ;
- il y a lieu d'établir un lien de causalité entre les préjudices invoqués et la maladie professionnelle contractée par le requérant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Teuly-Desportes,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bernardot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, agent polyvalent des routes au sein de l'agence routière de Céret (Pyrénées-Orientales), était chargé de l'entretien des routes nationales et départementales, de 1991 au 4 octobre 2018, date de sa mise à la retraite pour invalidité. Souhaitant obtenir réparation des préjudices résultant de sa maladie professionnelle, contractée le 15 septembre 2004, il a, par une réclamation préalable, présentée le 21 avril 2021 et implicitement rejetée, a demandé au département des Pyrénées-Orientales la prise en charge de ses souffrances physiques et morales, ainsi que de ses préjudices esthétiques, d'agrément et sexuel. Par la présente requête, enregistrée le 3 août 2021, M. A doit être regardé comme sollicitant l'indemnisation de ses préjudices tandis que le département des Pyrénées-Orientales sollicite, à titre principal, la mise en cause de l'Etat et sa mise hors de cause et, à titre subsidiaire, que son appel en garantie soit accueilli.
Sur la responsabilité sans faute :
En ce qui concerne la personnes publique responsable :
2. En premier lieu, l'Etat ayant été mis en cause dans la présente instance et le département des Pyrénées-Orientales sollicitant sa condamnation, en ses lieu et place, la responsabilité de l'Etat peut être recherchée, alors même que M. A n'a présenté aucune conclusion à son encontre.
3. En deuxième lieu, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. En troisième lieu, les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Elles déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
5. Il résulte de l'instruction que M. A est atteint d'une leucémie lymphoïde chronique diagnostiquée le 15 septembre 2004. Il est constant que, dans le cadre de son emploi d'agent d'exploitation de la route, il a été exposé au benzène issu des gaz d'échappement, des émanations de carburants, ainsi qu'à différents solvants et qu'il a été en contact avec de nombreux produits phytosanitaires, plusieurs fois par jour, depuis 1991, lors de l'entretien des routes nationales et départementales et dans le cadre de ses missions d'élagage, de débroussaillage et de désherbage des accotements. En outre, par un arrêté du 6 septembre 2012, l'affection de M. A a été reconnue imputable au service. Par suite, le requérant est fondé à demander à son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci, la réparation des préjudices personnels subis en lien direct avec la maladie professionnelle ainsi constatée.
6. Pour autant, ainsi que le soutient le département des Pyrénées-Orientales en défense, la personne publique responsable des conséquences financières d'une maladie professionnelle est celle qui employait l'agent au moment où la maladie a été contractée.
7. Il résulte de l'instruction que M. A a été employé comme agent de l'Etat pour l'entretien des routes entre 1991 et 2007 avant d'être intégré dans la fonction publique territoriale au 1er janvier 2008, en application de la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, pour exercer les mêmes fonctions au sein des services du département des Pyrénées-Orientales et que la maladie professionnelle de M. A est apparue en 2004, période pendant laquelle l'intéressé était agent de l'Etat et où les symptômes ont été confirmés. Il suit de là que l'Etat, au service duquel se trouvait l'agent lors de l'apparition de sa maladie professionnelle, doit supporter les conséquences financières de la détérioration de son état de santé, alors même que celui-ci s'est détérioré lorsqu'il était employé par le département des Pyrénées-Orientales.
8. Il résulte de ce qui précède que le département des Pyrénées-Orientales est fondé à soutenir qu'il ne doit pas supporter les conséquences financières des suites de la maladie professionnelle de M. A dès lors qu'à la date à laquelle ce dernier l'a contractée, en 2004, il exerçait ses fonctions comme agent de l'Etat. En conséquence, il y a lieu, d'une part, de déclarer l'Etat, en sa qualité d'employeur de l'agent, à cette date, responsable des conséquences financières à l'origine de la détérioration de l'état de santé de M. A au cours de sa carrière professionnelle et de prononcer, ainsi qu'il le sollicite à titre principal, la mise hors de cause du département des Pyrénées-Orientales.
En ce qui concerne les conclusions présentées à titre subsidiaire par le département des Pyrénées-Orientales :
9. Le département ayant obtenu satisfaction sur ses conclusions principales, les conclusions qu'il présente à titre subsidiaire tendant à ce que son appel en garantie soit accueilli sont dépourvues d'objet.
Sur le préjudice :
10. A termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".
11. L'état du dossier, au regard notamment de l'expertise médicale réalisée le 6 octobre 2017, ne permet pas au tribunal de statuer sur la réalité et l'étendue des préjudices en lien direct avec la maladie professionnelle dont M. A demande réparation. Par suite, il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une expertise, aux fins indiquées à l'article 1er du dispositif du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu de surseoir sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative par le requérant.
D E C I D E :
Article 1er : Le département des Pyrénées-Orientales est mis hors de cause.
Article 2 : L'Etat est responsable des préjudices en lien direct avec la maladie professionnelle contractée par M. A.
Article 3 : Il sera, avant de statuer sur le montant du préjudice de M. A en lien avec sa maladie professionnelle imputable au service, contractée le 15 septembre 2004, procédé à une expertise, confiée à un médecin spécialiste en hématologie, aux fins :
- de se faire communiquer, l'entier dossier médical de M. A ainsi que les rapports médicaux et pièces administratives de toutes nature en rapport avec la maladie imputable au service dont il souffre ;
- de décrire l'état de santé de M. A, de fixer la date de stabilisation de la maladie et, de manière générale, de donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur la réalité et l'importance des préjudices subis par M. A à raison de la maladie professionnelle dont il est atteint, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
- de décrire et évaluer chaque chef de préjudice sollicité, à savoir, les souffrances physiques et morales, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel ;
- de donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité des préjudices précités et subis par M. A à raison de la maladie professionnelle.
Article 5 : L'expert spécialiste sera désigné par le président du tribunal. Il prendra connaissance des motifs du présent jugement et accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expertise sera réalisée au contradictoire de M. A, du département des Pyrénées-Orientales et du préfet des Pyrénées-Orientales.
Article 7 : Les conclusions présentées à titre subsidiaire par le département des Pyrénées-Orientales sont rejetées.
Article 8 : Les frais liés au litige sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 9 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au département des Pyrénées-Orientales.
Copie, pour information, en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023 .
La rapporteure,
D. Teuly-Desportes
La présidente,
S. Encontre La greffière,
L. Rocher
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 janvier 2024
La greffière,
L. Rocher
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026